Relève impossible
Journaliste: Denis Guénette
Réalisateur: Martin Matte
25 avril 2004

«Au Québec, la ferme familiale est devenue de plus en plus inaccessible. Rien d'étonnant, lorsqu'on considère que la ferme moyenne vaut plus de 1 million de dollars. Le Québec perd en moyenne 10 fermes par semaine.»


Carl Laliberté a été, pendant 10 ans, copropriétaire d'une ferme près de Montmagny. Une ferme de taille moyenne, qu'il souhaitait acquérir un jour. En mars dernier, son rêve s'est évanoui au cours d'un encan. Après plus de 40 ans de production laitière, Calixte Laliberté et Rose-Anne Goulet ont décidé qu'il était temps de se retirer. Ils auraient aimé pouvoir transférer leur ferme à Carl Laliberté, leur neveu et associé, qui en détenait déjà 20 %. Mais avec la maladie de la vache folle et la chute des revenus qui en a découlé, ils ne pouvaient plus attendre. Ils ont d'abord vendu leurs quotas de lait. Puis, ce fut leur troupeau qu'ils ont vendu au plus offrant. Pour eux, il était plus payant de démanteler la ferme que de la transférer aux jeunes générations. Pour le couple, c'était là le seul moyen d'assurer leurs vieux jours.

«Il me manquait les ressources financières pour pouvoir acheter la ferme. Aujourd'hui, les fermes, [ce sont d'énorme actifs]. [...] J'aurais aimé l'acquérir parce que je suis un gars maniaque des animaux, et j'aurais aimé poursuivre ce rêve.»

- Carl Laliberté


Pendant une dizaine d'années, Carl a travaillé fort pour développer ce troupeau de très bonne qualité. Les acheteurs se sont déplacés en très grand nombre pour assister à l'encan et tirer profit de son travail. Malgré tout, il n'en obtiendra pas le meilleur prix. La crise de la vache folle a fait chuter le prix du cheptel. Pour Carl Laliberté, c'est la fin du rêve.

«Au Québec, on perd en moyenne 10 fermes par semaine, et ce sont souvent des fermes laitières. On est rendu à moins de 8000 fermes laitières, alors qu'il y a juste cinq ans, on en avait 10 000. [...] Ceux qui restent en production sont de plus en plus âgés. Il y a cinq ans, l'âge moyen des producteurs québécois était de 45 ans. Aujourd'hui, il dépasse les 47 ans. Le nombre de jeunes agriculteurs de moins de 35 ans a chuté de moitié.»

- Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, secrétaire de Fédération de la relève agricole du Québec


Carl Laliberté, 32 ans, est maintenant gérant d'une autre ferme laitière, à Saint-Pierre-de-Montmagny. Un nouvel emploi, un nouveau défi. Mais il sait qu'il ne pourra jamais réaliser son rêve, celui de devenir propriétaire de sa propre ferme laitière.

 




 

 

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