Samedi 22 novembre 2008 11:12 HNE
![]() Théâtre ![]() Couples: flagrant délit d'absurditéJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Une critique de Josée Bilodeau Le couple. Le sujet, universel, est indémodable. Disons que c'est un terrain vaste et fertile pour les créateurs de tous horizons. Le dramaturge et metteur en scène Frédéric Blanchette, à qui l'on doit aussi Le périmètre et les courtes pièces réunies sous le titre Pour faire une histoire courte..., s'en est fait une spécialité, semble-t-il. Et ça lui va très bien. Couples est formé d'une douzaine de brèves théâtrales de longueur variable (allant de 2 à 15 minutes), enchaînées à bon rythme et portées par de remarquables comédiens. Si l'intérêt que suscitent ces scènes n'est pas égal (mais chacun trouvera à satisfaire ses goûts), il faut souligner la pertinence de leur agencement pour donner une soirée qui se déroule rondement. Humour grinçant
Ne cherchez pas dans ce spectacle une matière à réflexion sur la vie à deux, et encore moins un état des lieux du couple contemporain. Ce que nous offre Blanchette, c'est davantage un regard sur l'être humain pris en flagrant délit de mensonge farfelu, d'insuccès grotesque, d'illogisme, de maladresse risible ou d'absurdité. Ce sont quelques situations croquées à même la vie quotidienne et qui dérapent de façon comique, laissant les personnages se débattre avec un certain ridicule. Quoi de mieux que la cellule du couple pour aller chercher cet assortiment de réactions humaines? Un homme adopte par mimétisme amoureux un tic de langage. La fiancée d'un estropié de guerre cherche (et trouve) des avantages au handicap de son amoureux. Une femme est gênée de l'enthousiasme bruyant de son conjoint devant un spectacle d'humoriste. Blanchette nous sert un éventail de situations vraiment drôles, grinçantes, et dont les chutes sont parfois étonnantes. Lieu de passage La mise en scène, très sobre, est simplement plantée dans un décor d'entrepôt où attendent meubles et boîtes suggérant qu'il s'agit d'un lieu de passage, qu'on ne s'installe jamais vraiment. Frédéric Blanchette a admirablement guidé les acteurs sur la mince frontière qui sépare la comédie de la caricature, évitant la lourdeur d'un jeu trop appuyé. L'ensemble de la soirée n'est pas parfait, pas totalement léché. Peut-être aurait-on gagné à réduire le nombre de pièces et à resserrer un peu celles qui restent. Mais les quatre comédiens de cette distribution (Denis Bernard, Steve Laplante, Marie-Hélène Thibault et Catherine-Anne Toupin) offrent plusieurs moments irrésistibles. Steve Laplante est particulièrement doué pour jouer la sincérité dans ce genre de comédie de situation. Et les trois autres le soutiennent de façon remarquable. C'est donc une petite soirée de sketches sans prétention qui se laisse regarder avec plaisir. Et quand on voit poindre dans les yeux des comédiens quelques lueurs d'amusement, il est difficile d'y résister. CouplesTextes et mise en scène: Frédéric Blanchette À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |