Samedi 22 novembre 2008 11:07 HNE
![]() Théâtre
Slague: la parole salvatriceJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Une critique de Josée Bilodeau Slague est présenté au Théâtre de l'Escaouette à Moncton. Voici la critique que Josée Bilodeau en avait faite lors de sa présentation à la Petite Licorne, à Montréal, au printemps dernier. La parole que propose Mansel Robinson est trop rare sur nos scènes. C'est la voix des « boîtes à lunch », des milieux ouvriers. Des voix qui sonnent juste, celles d'hommes qui ont quelque chose d'important à raconter. Des histoires à transmettre, autour d'une table de cuisine. Après son magnifique Trains fantômes (2005), voilà que nous parvient du nord de l'Ontario Slague, son autre solo que livre avec conviction et luminosité Jean-Marc Dalpé. Le spectacle, créé en février dernier à Sudbury, a été adapté à la minuscule scène de la Petite Licorne. Accompagné dans l'ombre par le musicien Marcel Aymar (avec qui il a souvent travaillé quand il était au Théâtre du Nouvel-Ontario dans les années 80), Jean-Marc Dalpé donne une performance qui impose le respect. Personnage fort et complexe À deux pas du public, « autour d'une table de cuisine », le personnage entame son histoire. Pierre DeLormier est un alcoolique invétéré, rescapé d'un accident de mine qui l'a laissé infirme. Son fils, lui, ne s'en est pas tiré. Dans son fauteuil roulant, DeLormier fait le compte de tout ce qu'il a laissé dans la « slague »*. Lui reste son histoire, sa colère et l'envie de faire payer tous ceux à qui profite la misère des mineurs, ces « vers de terre intelligents ».
DeLormier est de ces personnages forts et complexes, au langage franc, au cynisme ravageur et à la lucidité dure. Sa langue rythmée, imagée, sied bien au comédien (qui signe aussi la traduction), capable d'incarner avec conviction les différents personnages de son histoire malgré la mobilité réduite que lui laisse le fauteuil roulant. Paroles percutantes Le texte de Robinson, percutant (la traduction sonne si juste), évite le misérabilisme larmoyant, tout comme le jeu de Dalpé, impeccablement dirigé par la metteure en scène Geneviève Pineault. L'environnement sonore de Aymar soutient les moments forts, sans trop en faire. Quand, au début, le musicien entame une chanson sur les mineurs pendant la projection d'images de mineurs, on est touché, ému par cet hommage tout simple. Slague est entièrement tournée vers le côté salvateur de la parole. C'est toute l'importance de se raconter, de faire revivre les souvenirs et les morts, les sortir de la « slague ». C'est l'oeuvre de la parole pour comprendre le monde. *Slague est le mot anglais pour nommer les résidus miniers. Slague L'histoire d'un mineurTexte: Mansel Robinson À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |