Samedi 22 novembre 2008 10:13 HNE
![]() Théâtre ![]() Assoiffés: la quête d'absoluJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Une critique de Josée Bilodeau Wajdi Mouawad a le génie pour créer des personnages fracassants d'adolescents en révolte, en quête d'absolu. Et celui qu'il nous présente dans Assoiffés est sans doute le plus beau de tous, plus encore que celui de Loup dans sa somptueuse Forêts. Celui-ci s'appelle Murdoch et il en a assez de contenir sa colère. Il s'est levé un matin du « pied cannibale » et s'est mis à se « vider par voie orale ». Alors il parle, il ne peut plus s'arrêter de parler, de questionner les gens pour trouver un sens, des raisons de continuer. Il cherche la beauté. Mais qu'est-ce que la beauté? Il refuse de baisser les bras, de se conformer. Sa superbe révolte, comme celle du personnage de Norvège qui, elle, a cessé de parler, est tournée du côté de la vie. Comment ça se fait que plus je grandis, moins j'ai l'impression d'être vivant? — Murdoch Le passé et le présent s'entremêlent
Wajdi Mouawad a aussi le génie pour créer des intrigues où les époques se télescopent. Il dissimule dans le passé les réponses aux questions de personnages d'aujourd'hui, ce qui les oblige à faire un véritable retour aux sources. Ici, c'est Boon (Simon Boudreault), anthropologue judiciaire, qui doit identifier les corps de deux adolescents trouvés au fond du fleuve Saint-Laurent où ils étaient enlacés depuis 15 ans. Il reconnaît Murdoch (Benoît Landry), un ami d'enfance de son frère qui cherchait si fort à découvrir un sens à la vie. Mais il ne connaît pas la fille (Sharon Ibgui) qu'il tient dans ses bras. Il tente donc de retracer les derniers jours de Murdoch pour comprendre qui est cette inconnue. Ce qu'il va découvrir l'entraîne dans un monde onirique, un peu fantastique. Une révélation qui changera sa perception de la vie. La poésie de Mouawad Le texte d'Assoiffés est brillant, pertinent, poétique. Il repose sur une intrigue à la construction complexe, intelligente et brillamment interprétée par les trois comédiens qui plongent au coeur des différents rôles avec précision et mesure. Là est toute la force de l'interprétation dans Assoiffés: on n'en fait jamais trop, on fait confiance aux mots de l'auteur, déjà si porteurs.
Benoît Landry, lumineux dans le rôle du verbomoteur Murdoch, n'as pas besoin de crier pour exprimer sa colère, qui finit par gagner la salle avec ces questions importantes, insolubles. Et Simon Boudreault fait de son personnage si sympathique un passeur habile entre les époques, tandis que Sharon Ibgui accumule de petits rôles avec efficacité, esquissant en quelques mouvements les lignes claires de chacun. La fureur de vivre La réussite de cette pièce tient aussi beaucoup à la mise en scène moderne et dynamique de Benoît Vermeulen (Romances et karaoké) par où s'exprime une grande part de la fureur de vivre des personnages. Fidèle à la façon de faire du Théâtre Le Clou, le metteur en scène, qui a contribué aussi à l'écriture du texte, a misé sur une dynamique scénique très rythmée avec une utilisation pertinente de projections vidéo et de la musique en direct (interprétée par Benoît Landry). Voilà une pièce dont le propos porte, et dont les personnages sont inspirants. Assoiffés s'adresse aux adolescents de 14 ans et plus, mais elle résonnera tout autant chez les adultes qui auront envie de s'arrêter, un moment, pour faire l'inventaire de leurs choix, de quelques-uns de leurs destins avortés, des conséquences possibles de certains gestes passés. AssoiffésTexte: Wajdi Mouawad À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |