Samedi 22 novembre 2008 11:27 HNE
![]() Théâtre
Temps de nuit: la bohème uséeLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca Une critique de Lili Marin Décor naturel pour une pièce sur les désillusions et les déceptions des trentenaires, un bar de la rue Saint-Denis, en plein coeur du Plateau-Mont-Royal, se transforme en théâtre le soir le plus mort de la semaine. S'y jouent la comédie des toasts que l'on porte à n'importe quoi et les drames très personnels qu'ils parviennent de moins en moins à faire oublier.
Car si certains insomniaques s'amusent, ceux de Temps de nuit n'ont plus la légèreté qu'ils avaient lorsqu'ils ont commencé à s'accouder à ce comptoir, devant ou derrière. L'endroit lui-même, ainsi que l'heure tardive de la représentation, fait ressentir au public toute la lassitude sous-jacente à une dernière tournée de shooters, qui se voulait pourtant festive. Paradoxale, telle la chanson de Joe Bocan, qui sert d'ailleurs de prétexte à une chorégraphie des plus ironiques, cette production des Berbères mémères a le mérite de jeter un regard sensible et lucide sur une génération qui n'a plus l'âge de veiller tard tous les soirs, mais qui ne se sent pas encore tout à fait prête à se caser. Bien qu'elle ait en commun avec Broue l'unité de temps et de lieu, ce n'est pas une version des années 2000 de l'increvable spectacle de Michel Côté, Marc Messier et Marcel Gauthier. Temps morts En fait, l'auteure, la comédienne Leïla Thibault-Louchem (aperçue dans le rôle d'une esthéticienne turque dans le téléroman Destinées, à TVA), s'inscrit plutôt dans la lignée de Claude Poissant, qui signait la pièce Passer la nuit, il y a 30 ans. Pour bien traduire l'ambiance du débit de boisson, elle compte sur la musique, qui vient parfois combler les temps morts, comme lorsque les conversations s'étiolent dans l'alcool. De la même manière, la trame narrative se perd un peu. On ne comprend pas trop ce que viennent faire certains personnages qui font irruption parmi les employés et les habitués du bar. Ainsi, il se créé un malaise lorsqu'on évoque un ami disparu, mais la gravité n'est que passagère. Les effets comiques sont néanmoins réussis, de même que le flamboyant duel de poètes, véritable combat de slam.
Samuel, le petit frère intello du propriétaire, tente de relever le niveau général des échanges, qui descendent parfois en bas de la ceinture, en déplorant notamment que les gens ont perdu l'art de la discussion et ne font plus que tout ramener à leurs petites personnes. Il n'en est pas moins pathétique que les autres, ne communiquant avec sa copine que par messages textes. Réaliste à tous points de vue (décor, lumière, jeu des comédiens, moyens de production...) Temps de nuit a le défaut de ses qualités: il ne transcende pas ce qu'il décrit. Probablement que c'est un parti pris de l'auteure, qui fait dire à l'un de ses protagonistes: « J'ai l'impression que je reproduis exactement ce que je dénonce. » Temps de nuitTexte et mise en scène: Leïla Thibault-Louchem
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