Samedi 22 novembre 2008 10:00 HNE
![]() Scorched
Wajdi Mouawad en traduction alluméeLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca Une critique de Lili Marin Traduit en plusieurs langues et joué à l'étranger, le théâtre de Wajdi Mouawad arrive enfin au public anglophone de Montréal, qui a la chance de le découvrir avec Scorched. Qualifiée par la critique torontoise de meilleure pièce produite au pays depuis le début du millénaire, cette traduction allumée d'Incendies sera ensuite présentée à Winnipeg et à Edmonton.
Deuxième partie d'une tétralogie commencée avec Littoral et poursuivie avec Forêts, Incendies a remporté le prix de l'Association québécoise des critiques de théâtre à sa création au Théâtre de Quat'Sous en 2003. Reprise à guichets fermés au Théâtre du Nouveau Monde en 2006, elle a été montée en anglais en 2007, dans une coproduction du Tarragon Theatre et du National Arts Centre English Theatre. C'est cette production, couronnée des prix Dora Mavor Moore du meilleur texte et de la meilleure mise en scène, qui ouvre la 40e saison du Centaur. Les visages de la guerre L'histoire est celle des jumeaux Janine et Simon, ou plutôt celle de leur mère Nawal, qui vient de mourir après s'être murée cinq ans dans le silence le plus total. Selon ses dernières volontés, avant d'inscrire son nom sur sa pierre tombale, ses enfants doivent apporter une lettre à leur père et une autre à leur frère. Or, elle leur a toujours dit que leur père était mort en héros dans son pays d'origine, et ils n'ont jamais entendu parler d'un autre enfant. S'ouvre donc une (en)quête, qui leur fera découvrir les visages de la guerre et qui était réellement leur mère.
Un peu comme dans Albertine en cinq temps de Michel Tremblay, elle apparaît à trois moments de sa vie: au sortir de l'adolescence, amoureuse, dans la quarantaine, en vraie battante, et dans la soixantaine, abattue. Les trois actrices qui l'incarnent n'ont pas toutes la même force de jeu. Si Janick Hébert brûle les planches de sa fougue juvénile, Sarah Orenstein s'avère correcte, tandis que Nicola Lipman semble bien pâle comparativement à l'incandescente Andrée Lachapelle qui interprétait le même rôle en français. C'est le même problème avec les jumeaux. Sophie Goulet possède toutes les nuances nécessaires pour rendre à la fois crédible et touchante la mathématicienne cherchant à comprendre l'équation de ses origines. Ce n'est pas le cas de Sergio Di Zio. Il se ramasse parfois à la lisière du faux, surtout lorsqu'il interprète le premier amour de sa mère (certains acteurs endossent en effet plusieurs personnages). Spirale de violence Néanmoins, Wajdi Mouawad a tricoté une intrigue assez solide pour qu'elle résiste, trois heures durant, à quelques faiblesses d'interprétation. Sa parole demeure très forte, même traduite. Il faut dire que la mise en scène, sobre et très évocatrice avec ses dunes, laisse toute la place au mélodrame qui déchire ses protagonistes. Quelques pointes d'humour interviennent comme soupapes sans relâcher la tension dramatique. Il faut voir ou revoir cette pièce qui dévoile, sans faire la morale, la spirale de violence qu'est la guerre. Si ce n'est pas ici, ce peut être à Paris, au Théâtre national de la Colline, où elle a déjà séduit les critiques et tient l'affiche jusqu'au 2 novembre. Sinon, on peut toujours attendre l'adaptation cinématographique que réalisera Denis Villeneuve dès le mois d'avril. Scorched
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