Samedi 22 novembre 2008 10:34 HNE
![]() Burlesque
Rumba: une signature uniqueMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Une critique de Michel Coulombe Abel et Gordon semblent appartenir à un monde à part. Ils forment, depuis des années, un duo unique en son genre. À la scène comme à l'écran. Ce couple fait rire. Un drôle de couple. La formule est, somme toute, plutôt rare. De plus, on les dirait tout droit sortis d'un film tourné il y a des décennies. Cousins inspirés de Tati, Keaton et autres Laurel et Hardy.
Ce serait mentir que de laisser entendre qu'il se passe plein de choses dans Rumba. Péripéties, sous intrigues et rebondissements... En fait, un couple participe à un concours de danse. Elle enseigne l'anglais, lui la gymnastique. Un accident d'automobile changera le cours de leurs vies. Que valent une danseuse unijambiste et un danseur qui ne sait trop qui il est? Le film ne raconte à peu près rien d'autre. Pourtant, il regorge de détails, de trouvailles, de ces petits moments qui font sourire. Et il en dit beaucoup sur les personnages dont il observe avec affection les manies, les travers, les maladresses, la fragilité. En y mettant le temps qu'il faut, car le temps, dans Rumba, joue un rôle de premier plan. Humour physique L'humour d'Abel et Gordon passe par les corps. Quant aux dialogues, ils tiennent en quelques répliques. Ce qui compte plus que tout c'est la façon dont ces deux-là bougent. Car ils ont un physique. La cinquantaine sans âge. Des visages expressifs. La maîtrise du mouvement. Du geste qui fait mouche. Le sens du gag. Tantôt, ils font un clin d'oeil à la scène du long spaghetti de Lady and the tramp. Ailleurs, leurs ombres s'animent. Plus loin, une fleur se transforme en boomerang. Le film enchaîne les numéros et les situations cocasses que l'on a retournés dans tous les sens pour en exploiter tout le potentiel comique. Ainsi, on a le numéro du couple qui n'arrive pas à trouver le sommeil, celui des danseurs qui enfilent leurs vêtements en même temps qu'ils conduisent la voiture, etc. Poésie visuelle En passant au long métrage, ce duo burlesque belgo-canadien est devenu un trio. Dominique Abel et Fiona Gordon font maintenant équipe avec Bruno Romy, comme eux devant et derrière la caméra. Ce trio a une signature. Couleurs vives, cadrages précis, plans fixes, mouvements chorégraphiés. De tout cela se dégage une forme de poésie visuelle. Peut-être la danse y est-elle pour quelque chose, mais ce deuxième long métrage est plus dynamique, moins figé, que le précédent, L'iceberg. Certes, l'on ramène vers la fin un numéro de danse qui semble plaqué et l'on a vite fait d'identifier les limites narratives du genre. N'empêche, l'ensemble a du charme et convie le spectateur à une réflexion sur le bonheur. On fait bien peu de films comme Rumba. Ce qui, au fond, est une excellente chose. On n'en appréciera que davantage l'originalité de ce charmant pas de deux, à trois.
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