Samedi 22 novembre 2008 11:12 HNE
![]() Lakeview Terrace
Mauvais voisinageMichel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada. Une critique de Michel Coulombe Les rapports entre les Noirs et les Blancs constituent un sujet délicat. Tout particulièrement pour la société américaine. À plus d'une occasion, le cinéma s'est avancé sur ce terrain miné pour parler de ségrégation, de racisme, d'injustice, d'équité, de valeurs, d'identité, de mobilisation, d'affrontements. Lakeview Terrace (Harcelés) aborde la question par le petit bout de la lorgnette en montrant du doigt l'intolérance, d'une façon plutôt inattendue.
L'histoire se déroule dans la région de Los Angeles, dans un beau quartier. Un jeune couple s'installe dans sa nouvelle maison. Leur voisin les a à l'oeil. Parce qu'ils ne sont pas tout à fait comme les autres. Il est de race blanche et elle, afro-américaine. L'homme qui les observe et les juge est policier. Il fait la loi. Un cocktail explosif. Crescendo Pour décrire succinctement Lakeview Terrace , un mot suffit: crescendo. Ce thriller suit une à une chacune des étapes d'une situation qui se détériore. D'un conflit qui s'envenime. Incompréhension. Tentative de dialogue. Malaise. Durcissement des positions. Contre-attaque. Déclaration de guerre. Dérapage. Bavure. Affrontement final. En principe, la tension monte chaque fois d'un cran... C'est Neil LaBute (Nurse Betty) qui réalise Lakeview Terrace. Il a confié le rôle principal, celui du policier intolérant, à Samuel L. Jackson. Un acteur au registre très étendu. Il interprète ce voisin inquiétant sans donner dans la caricature, sans jouer le psychopathe bourré de tics. L'acteur maximise le potentiel de chaque réplique. Allusion. Commentaire sournois. Marque de désapprobation. Remarque désobligeante. Face à lui, Patrick Wilson tient le rôle de l'homme impuissant. Le blanc-bec. On ne saurait imaginer meilleur effet de contraste. Situations banales Il suffit de tendre l'oreille pour entendre nombre d'histoires de mauvais voisinage. Tout le monde a vécu ou entendu raconter ces conflits de clôture ou de palier. L'un fait trop de bruit. L'autre a planté des arbres qui font de l'ombre. Le problème de Lakeview Terrace se trouve justement là. Dans la banalité de cette situation. Les scénaristes ne sont pas parvenus à lui donner une dimension supplémentaire. La question raciale tombe à plat. Comme d'ailleurs la menace que constituerait l'incendie dévastateur qui se rapproche du quartier. Alors, on cherche à donner de l'étoffe au film en suivant, bien inutilement, le policier au travail. Ce qui ne mène nulle part. À quoi faire un thriller si on ne parvient pas à créer une tension dramatique? Le feu d'artifice final n'y change rien. Après tout, il a fallu attendre une heure trente avant qu'il se passe véritablement quelque chose à Lakeview Terrace. Lorsque cela se produit enfin, c'est trop peu trop tard. Il y a bien longtemps que le spectateur s'est éloigné de cette terrasse californienne... À lire aussi 20 novembre 2008 Un oeil sur le réel14 novembre 2008 La recette James Bond13 novembre 2008 Faut que ça danse!: entre le drame et le rire6 novembre 2008 Mes amis, mes amours: matière à sitcom31 octobre 2008 Changeling: infatigable Clint Eastwood27 octobre 2008 Le déserteur: le drame d'un conscrit24 octobre 2008 Le cinéma du monde en Abitibi17 octobre 2008 Encore de bons films à voir26 septembre 2008 La fièvre du disco24 septembre 2008 Amours d'été façon Woody Allen |