Samedi 22 novembre 2008 11:15 HNE

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Le seigneur de Bombay

Polar à l'indienne

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

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cote du film : 3.5

Une critique de Danielle Laurin

C'est une fresque grandiose, de plus de mille pages. Ça se passe en Inde aujourd'hui. Plus particulièrement à Bombay. Dans le milieu de la mafia. C'est en train de faire le tour du monde, ce sera bientôt adapté au cinéma.

Partout, Le seigneur de Bombay (Robert Laffont) récolte des éloges nourris. En Inde, l'ouvrage a reçu l'équivalent du Goncourt. Aux États-Unis, le Financial Times en a fait son « livre de l'année ».

Mais attention: il faut y mettre du temps avant d'apprivoiser le roman en question. Une centaine de pages, au moins. Peut-être davantage. Il faut accepter d'être déstabilisé, déconcerté, totalement dépaysé.

Il faut faire avec une structure alambiquée. Beaucoup d'apartés, de parenthèses. Et des dialogues qui s'étirent. De nombreux personnages, aussi, aux noms compliqués.

Il faut s'habituer aux références culturelles made in India. Et surtout, aux diverses expressions argotiques qui parsèment le livre: un glossaire est d'ailleurs fourni à la fin.

On finit par s'y retrouver, cependant. On finit par plonger tête baissée dans les bas-fonds de Bombay. Où l'auteur, Vikram Chandra, né à New Delhi en 1961, a enquêté pendant sept ans.

Mort d'un chef mafieux

Vikram Chandra

Photo: AFP/John MacDougall

Vikram Chandra

Le point de départ du Seigneur de Bombay: un enquêteur assez miteux, un peu naïf, mais très, très entêté doit éclaircir la mort d'un caïd de Bombay retrouvé dans son bunker. Tout porte à croire qu'il s'agit d'un suicide.

Les choses se compliquent, évidemment. D'abord parce qu'une femme assassinée a été découverte près du chef mafieux. On va finir par comprendre qu'elle travaillait comme maquerelle, recrutait de jeunes beautés désespérées dans le milieu du cinéma, pour les refiler aux puissants de Bombay.

On va suivre d'un côté l'enquête du petit flic, au présent, et de l'autre, la vie du gangster retrouvé mort dans son bunker, au passé. C'est lui-même qui raconte: ses débuts de petit contrebandier, son ascension, jusqu'à son apogée, alors qu'il dirige une organisation mêlée à la drogue, au jeu, au trafic d'armes et au contre-espionnage.

Très astucieux de la part de Vikram Chandra, cette idée de nous présenter les deux côtés de la médaille: celui de la police, celui des mafieux. On se rend compte finalement que la racaille est partout, la corruption règne également dans les deux clans.

Tout ça nous est donné à voir sur fond de terrorisme et de menace d'attentat nucléaire. Il y a même un personnage de gourou fanatique mêlé à l'histoire.

La vie indienne

C'est présenté comme un polar, mais c'est bien plus. Au-delà de l'enquête policière et du suspens, c'est le climat instauré par le romancier qui séduit.

Vikram Chandra passe au peigne fin les us et coutumes, la vie politique, les conflits religieux de l'Inde d'aujourd'hui. Tout en fouillant les liens familiaux, les rapports de couple de ses personnages.

Le seigneur de Bombay est une sorte d'immersion. Non seulement dans les milieux louches de Bombay, mais dans la vie quotidienne de la ville, avec ses odeurs, ses couleurs, sa saleté, sa chaleur accablante et sa surpopulation.

C'est un livre riche, foisonnant. Où l'on sent une bonne dose d'humour, en passant. Quant à savoir si mille pages étaient nécessaires pour en arriver là, au lecteur de juger...

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