Vendredi 29 août 2008 1:11 HAE
![]() Journalisme ![]() L'Irak vu de l'intérieurDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Une critique de Danielle Laurin L'Irak demeure le pays le plus dangereux de la planète pour les journalistes. Pourtant, la reporter française Anne Nivat y a passé plusieurs semaines l'an dernier. Résultat: un livre déchirant, dérangeant. Bagdad zone rouge (Fayard) est dédié au jeune fils de l'auteure, Louis, « qui saura ainsi où je disparaissais pendant sa première année ». Ce qui a motivé son choix de retourner en Irak, où elle était déjà allée à deux reprises, en 2003, et en 2005? Briser l'indifférence généralisée. Contre la banalisation L'Irak n'intéresse plus personne aujourd'hui, s'indigne celle qui a fait ses premières armes comme journaliste de guerre en Tchétchénie. Et qui a tiré de son expérience un ouvrage récompensé par le prix Albert-Londres, Chienne de guerre, paru en 2000. « En fait, note Anne Nivat, les guerres n'échappent pas aux phénomènes de mode: celle de Tchétchénie n'a plus la cote, si l'on peut dire, depuis longtemps [...] ». Pour ce qui est de la situation irakienne: « En se prolongeant, la "guerre contre la terreur" est devenue banale - la pire des éventualités pour un "sujet" journalistique ». C'est pour se battre contre cette banalisation qu'elle a décidé de remettre les pieds en Irak. Autrement dit: « pour qu'on ne puisse pas prétendre plus tard "qu'on ne savait pas", qu'on "n'était pas au courant"; pour qu'on ne soit pas faussement surpris ou indigné lorsqu'éclatera le prochain attentat, peut-être plus diabolique encore que celui du 11-Septembre. »
Pas question, pour Anne Nivat, de se faire le porte-voix des décideurs officiels, des services armés. Comme elle l'avait fait en Tchétchénie, c'est de l'intérieur qu'elle a choisi de couvrir le conflit. En demeurant dans une famille irakienne, à Bagdad. Pas question pour elle de se limiter à la zone sécurisée, dite « zone verte », où les Américains ont leur quartier général. C'est la zone rouge qui l'intéresse, celle où la plupart des Occidentaux ne mettent jamais les pieds. La zone rouge, qui « par extension devient tout Bagdad... et le reste de l'Irak ». Sous l'abaya Camouflée sous son abaya, la grande robe noire qui recouvre les femmes irakiennes de la tête aux pieds, et guidée par un membre de la famille qui l'a accueillie, la journaliste se rend partout en voiture, observe tout. Et recueille des témoignages. Des témoignages diversifiés, provenant de toutes sortes de gens: des hommes, des femmes; des jeunes, des vieux; des sunnites, des chiites, des Kurdes; des artistes, des médecins, des religieux. Et cetera. Elle note: « Tout le monde craint de parler, mais, en même temps, c'est bien connu, tout le monde pense que ce qu'il dit est capital. » Bien sûr, il y a ceux qui trouvent que la situation était mieux sous Saddam Hussein, et ceux qui ont tiré profit de la fin de son règne. Mais malgré les ravages d'Al-Qaïda et des milices chiites, la plupart s'entendent pour dire que l'occupation américaine a assez duré. Les propos qu'a recueillis la journaliste vont bien au-delà des considérations politiques. Ils nous plongent dans la souffrance au quotidien d'un peuple déchiré. Dans ses angoisses, ses paradoxes. Et ses espoirs. Dans Bagdad zone rouge, Anne Nivat alterne entre ces témoignages et ses propres observations, réflexions. Le tout en s'adressant à elle-même, à la deuxième personne. Plutôt déroutant comme procédé. Une façon pour elle de se protéger? « Car, conclut-elle, raconter, c'est tout revivre à nouveau. » À lire aussi 26 août 2008 10 romans d'ailleurs13 août 2008 Destins entrecroisés8 août 2008 L'amour en Arabie saoudite4 août 2008 Jean-Christophe Rufin, médecin avant tout24 juillet 2008 La manière Sophie Calle18 juillet 2008 Vie et mort au Wyoming14 juillet 2008 Vargas chez les vampires9 juillet 2008 Plus que du journalisme7 juillet 2008 Millénium: un exploit25 juin 2008 Pur plaisir encore |