Mercredi 15 octobre 2008 23:44 HAE
![]() Malavita encore ![]() Pur plaisir encoreDanielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Une critique de Danielle Laurin
D'abord, il y a eu Malavita. Un roman noir hilarant, signé Tonino Benacquista. Où l'auteur de La maldonne des sleepings et de Saga lâchait son fou comme jamais. Paru en 2004, vendu à plus de 100 000 exemplaires, Malavita mettait en scène un ex-mafieux américain devenu délateur. Mis sous la protection du FBI et forcé de changer d'identité, il se découvrait une passion pour l'écriture. De la Normadie à la Provence À la fin du livre, on le retrouvait avec sa famille quelque part en Normandie. Et voici que, dans Malavita encore (Gallimard), le gangster repenti coule avec les siens des jours heureux en Provence. Enfin, jours heureux, c'est beaucoup dire. Tout le monde déprime, même l'agent du FBI chargé de les surveiller. Vous n'avez pas lu Malavita? Pas grave... si ce n'est que vous êtes passés à côté d'une bonne occasion de vous amuser. Malvita encore se laisse prendre en tout cas indépendamment du premier volet. Tout est en place, dès le départ, pour une partie de plaisir au coeur d'une famille de déjantés. Famille normale? Qu'on ne s'y trompe pas. Ce n'est pas une étude de la mafia italo-new-yorkaise que nous propose Benacquista, pas plus que dans son roman précédent. Même si son ex-gangster replonge allègrement dans ses souvenirs sanglants pour écrire ses bouquins... qui, incidemment, se vendent par dizaines de milliers d'exemplaires et allèchent les éditeurs étrangers. Le romancier français nous montre plutôt comment cette famille qui a vécu du crime dans le passé tente par tous les moyens de devenir comme tout le monde aujourd'hui. En vain. Pas si facile d'avoir l'air normal finalement. Le stade suprême étant d'arriver à ne ressembler à rien, « comme tous ceux qu'on croise dans la rue sans jamais les remarquer ». Famille déjantée Le père, comme le fils d'ailleurs, ne pourra s'empêcher d'user de violence... même si, à leurs yeux, il s'agit d'intervenir pour une bonne cause. La fille, elle, prendra plaisir à séduire de grosses pointures de la mafia, et à jouer les agents secrets... non sans exiger son dû en retour. Quant à la mère, elle rêvera malgré elle de vengeance quand une chaîne de pizzeria voudra éliminer de la carte son petit commerce de lasagne à emporter. Et elle se réjouira de voir que les menaces dont son concurrent est victime portent fruit. On a beau jouer des rôles, s'inventer de nouvelles identités, est-ce vraiment possible de recommencer sa vie, au fond? On se prend d'affection pour cette famille qui ne cesse de s'empêtrer dans le rocambolesque et de se débattre avec l'absurde. Prenez le père. Il est de plus en plus en plus seul à la maison tandis que les autres vaquent à leurs occupations. Heureusement, il y a le chien, Malavita. Bon gros toutou rassurant, qui a tout vu. Heureusement aussi, il y a l'écriture comme porte de sortie. Écrivain en panne Encore que... Notre homme, qui rêve d'écrire son « grand roman américain », est en panne d'inspiration. Lui qui n'a jamais lu un livre de sa vie, va-t-il enfin s'y mettre? « Fred avait écrit plus de pages qu'il n'en avait jamais lues et l'heure était maintenant venue de se tourner vers les classiques pour comprendre comment ils l'étaient devenus. » Pourtant, même une fois traversé Moby Dick, d'Herman Melville, il n'y arrive pas. Tout ce qu'il parvient à faire, encore une fois, c'est de puiser dans son passé scabreux pour pondre le bouquin que son éditeur attend. Son estime de lui-même est au plus bas. Sa femme et ses enfants le considèrent comme un moins que rien. Que faire? Recommencer ailleurs, une autre vie, encore une fois? Se donner les moyens de l'écrire enfin, ce grand roman américain? Il y a bien quelques dialogues un peu longuets, quelques digressions qui s'étirent dans Malavita encore. Mais l'ensemble est on ne peut plus savoureux. Et la fin - ouverte - laisse deviner qu'il y aura un troisième volet. On salive déjà...
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