Samedi 22 novembre 2008 10:26 HNE

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«Un lieu incertain»

Vargas chez les vampires

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

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cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

Fred Vargas, Un lieu incertain

Revoici le commissaire Adamsberg avec ses deux montres, ses pensées flottantes et son équipe d'enquête bizarroïde... dans Un lieu incertain (Ed. Viviane Hamy).

Une histoire de vampires comme vous n'en avez jamais lu.

Le dixième polar de l'auteure française à succès Fred Vargas, dont les livres précédents totalisent entre 5 et 6 millions d'exemplaires vendus, commence à Londres dans un cimetière.

Des corps en miettes

Des pieds humains. Des pieds coupés, mais encore dans leurs chaussures. Dix-sept en tout. Posés là, à l'entrée du fameux cimetière Highgate. Le tout dégageant une odeur pestilentielle.

Que vient faire le chef de la Brigade criminelle parisienne là-dedans? Tout ce qu'on sait, au départ, c'est que ce cher Adamsberg est en congrès à Londres. Et qu'on l'a conduit devant cette scène macabre.

Quel rapport avec la découverte, quelques jours plus tard, dans un appartement de la campagne française, d'un corps démembré, réduit en miettes? Aucun, en apparence. Sauf que, de fil en aiguille, notre commissaire va devoir remonter jusqu'à la scène des pieds coupés.

Égaré dans le tombeau d'un vampire

En cours de route, il va s'égarer quelque part en Serbie, au péril de sa vie. Comment se sent-on dans un tombeau sombre et froid où gît le corps d'un vampire ayant vécu quelques siècles auparavant? « Incapable de bouger ses membres, Adamsberg sentait déjà ses muscles s'ankyloser, le froid pénétrer son corps. »

Pas la peine de se faire d'illusion: « Ainsi immobilisé dans le froid, le sang se figeant dans son corps qui fourmillait déjà, il ne tiendrait pas deux jours. Peut-être même pas jusqu'à demain. » Alors, que faire? « À quoi faut-il penser quand on va mourir? », se demande Adamsberg. Qui finira par sortir de terre, on le sait bien.

Fin heureuse façon Vargas

Cette histoire de vampires connaîtra une fin heureuse, comme chaque histoire signée Vargas, catharsis oblige. Car si elle conjugue la mort de toutes les façons dans Un lieu incertain, jusqu'à flirter avec le fantastique, l'auteure de Pars vite et reviens tard refuse comme toujours de quitter son lecteur en plein cauchemar, dans l'horreur.

Même quand le sanglant et le barbare se déchaînent, même en pleine folie meurtrière, on trouve partout du ludique, du poétique. Et de l'humour, tout plein. C'est la marque Vargas, c'est ce qui fait qu'on en redemande.

Fausses pistes

Ici, comme dans ses polars précédents, l'archéologue de 51 ans prend plaisir à multiplier les fausses pistes. À s'enfoncer dans l'improbable, le saugrenu. À fouiller la densité, la complexité de ses personnages. Et à retarder le moment où, fatalement, l'énigme centrale sera résolue.

Mais Vargas ne laisse rien au hasard pour autant. De petit détail en petit détail, elle échafaude un édifice où tout se tient. On l'imagine très bien en train de placer ses pions, de tirer les ficelles, sourire en coin.

Pour notre plus grand plaisir.

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