Samedi 22 novembre 2008 11:35 HNE

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C'est très bien comme ça

Vie et mort au Wyoming

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

Couverture du recueil de nouvelles d'Annie Prouls (détail)

« Il y avait ceux qui vivaient et il y avait ceux qui mouraient. C'était comme ça. » Dixit Annie Proulx, dans C'est très bien comme ça (Éd. Grasset).

Un recueil de nouvelles beau et grave, où la fatalité frappe cruellement. Il s'agit du troisième volet des Wyoming Stories. Dans le volume précédent, on retrouvait la fameuse nouvelle Brokeback Mountain, portée à l'écran par Ang Lee.

Nouvelle qui fera d'ailleurs l'objet d'une adaptation à l'Opéra de New York par le compositeur américain Charles Wuorinen, au printemps 2013.

Le cowboy, figure de l'échec

Encore une fois, dans C'est très bien comme ça, la figure mythique du cowboy domine. Mais comme un rêve impossible ou brisé. Comme un idéal de vie, un appel à la liberté, qui, dans la réalité, sont empêchés, ou tournent au tragique. Pour toutes sortes de raisons.

L'auteure de Noeuds et dénouement, récipiendaire en 1995 du Prix Pulitzer et du National Book Award, a le don de placer ses personnages devant des situations sans issue. Qu'ils soient pionniers de la première heure ou campagnards d'aujourd'hui, l'échec est au rendez-vous.

Nature et climat difficiles

Il y a l'âpreté du climat, la nature hostile du Wyoming. Il y a la rareté du travail, les crises financières. Et des hommes, des femmes ordinaires, qui se débattent, seuls ou en couple, avec ou sans enfants, pour rester debout. En vain, la plupart du temps.

Il y a ce jeune couple qui se construit une petite cabane au milieu de nulle part. Et rêve d'une vie calme, sereine. Mais bientôt les vivres viennent à manquer tandis qu'un bébé est en route. La discorde s'installe.

L'écrivaine note au passage: « Une femme plus mûre aurait compris que, même s'ils n'étaient encore que des enfants, ils sortaient de la période des étreintes éperdues et entraient dans le long périple de la vie conjugale. »

Long périple de la vie conjugale... qui dans le cas de ce couple tournera court pour des raisons indépendantes de leur volonté. Elle accouchera seule d'un bébé mort-né et mourra au bout de son sang, tandis que lui, parti gagner leur vie au loin, n'en saura rien.

Embryon de grand roman

À elle seule, cette histoire de moins de 50 pages aurait pu faire l'objet d'un grand roman... pourrait donner lieu à un grand film. Même chose pour la nouvelle, plus courte encore, qui clôt le recueil. Où l'on voit une jeune fille démunie, mère d'un petit enfant, s'enrôler dans l'armée et risquer sa vie en Irak.

C'est bien là le grand art d'Annie Proulx dans ses nouvelles: une densité extraordinaire portée par une plume lapidaire. Dans une entrevue récente accordée au magazine français Lire, la septuagénaire américaine affirme d'ailleurs que, pour elle, rédiger une nouvelle, « c'est comme prendre un roman et le miniaturiser jusqu'au moindre détail ».

L'art de la miniature

Le moindre détail parle dans les neuf nouvelles de C'est très bien comme ça. Qu'il s'agisse du paysage, ou des personnages, les descriptions sont précises, sans compromis.

On est là, tout de suite. Là, au milieu d'un ranch boueux ou d'une forêt glaciale balayée par la neige. Là, dans la tête d'un cowboy raté ou d'une ancienne putain, pétris de contradictions. On est là où se joue une question essentielle: celle de la survie.

Il y a bien deux textes qui détonnent dans le lot. Deux textes où le diable, en personne, est à l'oeuvre. Et il se paye cruellement la tête des humains. Le ton sarcastique de l'écrivaine, qui, en passant, tombe à bras raccourcis sur le fisc canadien, prend alors le dessus comme jamais.

Sinon, on est happé de plein fouet par la cruauté du destin. Contre lequel les personnages ne peuvent rien.

Après tout: « Il y avait ceux qui vivaient et il y avait ceux qui mouraient. C'était comme ça. »

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