Samedi 22 novembre 2008 10:22 HNE

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Autobiographie

Jean-Christophe Rufin, médecin avant tout

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

cote du film : 3.5

Une critique de Danielle Laurin

Jean-Christophe Rufin

Photo: AFP/Seyllou

Jean-Christophe Rufin

Il est, à 55 ans, le benjamin des Immortels. La nouvelle de son élection à l'Académie française est tombée il y a un peu plus d'un mois. Trop tard pour qu'il en soit fait mention dans Un léopard sur le garrot, chroniques d'un médecin nomade (Gallimard).

Pour le reste, Jean-Christophe Rufin revient dans ce livre sur les multiples vies qu'il a menées jusqu'ici. Celles de médecin, d'écrivain, de diplomate. Et, bien sûr, d'homme de terrain impliqué jusqu'au cou dans l'aide humanitaire.

Qu'est-ce qui motive l'essayiste du Piège humanitaire et le romancier de Rouge Brésil, prix Goncourt 2001? Qu'est-ce qui fait courir celui qui a occupé des postes clés à des ONG comme Action contre la faim et Médecins sans frontières? Et qu'est-ce qui l'a conduit à devenir l'an dernier ambassadeur de France à Dakar?

Médecin avant tout

Le ciment de son parcours tient à un mot: médecine. Ainsi, écrit-il: « La médecine est la vie, ma vie, toute la vie. Aujourd'hui que je lui parais si peu fidèle, j'en suis plus proche que jamais. J'ai envie de raconter cela, de montrer cette unité. »

Tout a commencé dans l'enfance, comme il se doit. Chez un grand-père médecin, rescapé des camps de la mort. C'est lui qui a élevé, avec la grand-mère digne et fière, le petit Jean-Christophe. Dans une ville de province française.

Des parents divorcés, une mère qui passe la plus grande partie de son temps à Paris, un père qui a foutu le camp. L'enfant solitaire n'a qu'un modèle, à qui il voue toute son admiration: celui que tout le monde appelle « le docteur ».

Le vieil homme ne pratique plus, mais son cabinet à domicile demeure intact. Et toutes sortes d'instruments bizarroïdes pour ausculter les corps se trouvent encore dans la maison. Voilà qui fascine le garçon.

Surtout, les témoignages d'anciens patients croisés ici et là sont éloquents: le docteur les a sauvés, ils lui doivent la vie, leur reconnaissance est sans limites.

C'est une révélation pour l'enfant qui grandit: « La médecine pratiquait donc en petit et au quotidien ce qu'il était donné à un homme politique de réaliser en grand et rarement, à l'échelle d'un pays entier. Cette équivalence entre la médecine et le rôle social, ce qui pour moi plus tard devait porter le nom d'engagement, s'imposa très tôt dans mon esprit. »

Vient ensuite, à 16 ans, une découverte décisive: celle de la photo, à la une de Paris Match, d'un médecin sud-africain, Christiaan Barnard. Avec ce titre: « Première greffe du coeur au Cap: le patient est vivant. »

Souffrir avec les patients

La décision de l'adolescent est prise, il sera médecin. Ses années d'études, puis d'internat, ses différents stages dans les salles d'opération, dans les urgences, à la morgue et ailleurs, tout cela le persuadera d'une chose: la médecine moderne et technicienne, froide et déshumanisée, ce n'est pas pour lui.

L'humain. L'humain, d'abord et avant tout. Ce qui se passe dans son corps, oui, mais aussi dans sa tête. Et dans son âme. Voilà ce qui l'intéresse. Jean-Christophe Rufin se spécialise en neurologie. Et constate bientôt ceci: il compatit avec ses patients, souffre avec eux, malgré lui. Impossible de demeurer insensible, c'est plus fort que lui: « Leur malheur est le mien et mon destin m'apparaît irrémédiablement entraîné par le leur vers la fragilité, le désespoir et la mort. »

L'essentiel est là. Pour les détails, pour savoir concrètement comment cet homme qui se sentait à l'étroit en milieu hospitalier en est venu à se retrouver aux Philippines en pleine révolution, en Éthiopie en pleine famine, en Bosnie en pleine guerre, et ainsi de suite... on lira son Léopard sur le garrot.

Mais sachez que pour lui, l'écriture est de la même eau. Ce n'est pas pour rien qu'après l'essai, il s'est mis au roman: « Il me fallait percer le vernis du rationnel et aller au plus profond des choses, jusqu'à révéler leur complexité, leur ambivalence, leur humanité. »

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