Samedi 22 novembre 2008 10:32 HNE
![]() Roman français
S'accommoder raisonnablement?Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada. Une critique de Danielle Laurin Les accommodements raisonnables: le titre du nouveau roman de Jean-Paul Dubois fait tiquer. Dans le cas de cet écrivain à l'humour mordant, il ne peut s'agir que d'ironie, bien sûr. De second degré. L'auteur d'Une vie française, Prix Femina 2004, trace dans son 19e livre le bilan d'une année où tout fout le camp, bascule dans l'irréalité. Le héros, ou plutôt l'antihéros, surnommé Paul comme dans les romans précédents de ce Toulousain de 58 ans, est un homme en fuite.
Comment Paul Stern, en pleine crise de la cinquantaine, pourrait-il s'accommoder raisonnablement d'une femme dépressive chronique, qui passe son temps à dormir? Ils ont pourtant été un couple uni, autrefois. Amoureux. Ils ont bâti une famille ensemble. Cette femme, qu'il a aimée plus que tout, qu'il aime encore, sans doute, cette femme qu'il a vue « rire, vivre et plonger dans tous les océans de la terre », n'est plus là pour lui. Paul Stern n'est pas au bout de ses peines. Même son vieux papa lui fait faux bond: après le décès de son frère playboy et m'as-tu-vu qu'il a détesté toute sa vie, il se met à lui ressembler. Non seulement Stern père dilapide la fortune du défunt sans compter, mais il s'envoie en l'air avec sa plantureuse maîtresse. C'est une évidence pour le fils: son père lui a menti toute sa vie. Comment Paul Stern, élevé par un père austère, engoncé dans ses principes, pourrait-il s'accommoder raisonnablement du vieil homme fantasque qu'il est devenu? Fuite en avant Vivement l'ailleurs, la fuite. Ça tombe bien. Hollywood réclame Paul Stern, scénariste de métier, pour travailler sur le remake d'un film français moyen. On le réclame, lui, « le prétendu garant de quelque chose qui n'existe plus: l'esprit français ». Et il fonce, il accourt, soulagé de prendre ses distances face à ses problèmes familiaux. Qui est cette jeune Américaine qui ressemble comme deux gouttes d'eau à sa femme... avec trente ans de moins? Impossible de lui résister: « Est-ce tromper sa femme que de baiser son double? », se demande Paul Stern, pour se rassurer.
Mais comment pourrait-il s'accommoder raisonnablement d'une jeune maîtresse paumée, droguée, suicidaire, qui a encore des comptes à régler avec son enfance? Et comment, finalement, ce Toulousain pure laine pourrait-il s'accommoder raisonnablement du monde factice hollywoodien? Ça va de mal en pis pour lui. Il ne trouve plus ses marques, frôle la schizophrénie: « De plus en plus souvent je m'éveillais au milieu de la nuit en éprouvant une angoisse, un sentiment d'errance, d'inappartenance. Je ne possédais aucun lien, aucun repère. Je n'espérais personne et nul ne m'attendait. Mon esprit était vide. » Au bout d'une année, revenu à Toulouse, notre homme conclut: « Là-bas était une chose, ici en était une autre. Il suffisait de s'adapter, de trouver les accommodements raisonnables. » Au fait, pourquoi Jean-Paul Dubois s'est-il inspiré de cette expression québécoise? Dans une entrevue récente, il confie: « La première fois que je l'ai entendue, j'ai su que j'écrirais cette histoire, celle d'un type qui doit apprendre à s'accommoder raisonnablement d'un monde qui n'est pas fait pour lui. » Les accommodements raisonnables: un roman décapant, sous l'aspect d'une comédie. On sourit, oui. On rit, mais on rit jaune. Les accommodements raisonnables: tout le contraire d'un éloge du compromis. Les accommodements raisonnables À lire aussi 17 novembre 2008 Le cri de Lino10 novembre 2008 Benoîte Groult: une femme du 20e siècle3 novembre 2008 Micheline Lachance et les enfants du péché28 octobre 2008 Un grand cru de Kathy Reichs20 octobre 2008 Monia Mazigh: une longue année d'attente14 octobre 2008 Le roman du Nobel3 octobre 2008 Pour ou contre Christine Angot?25 septembre 2008 Enquête sur un document sacré22 septembre 2008 S'accommoder raisonnablement?15 septembre 2008 Implacable et cruel Ian McEwan |