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International | En profondeur

Mise à jour le jeudi 19 juin 2008 à 10 h 48

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La mainmise du régime

Reporters sans frontières classe Cuba dans sa liste des « Ennemis d'Internet », aux côtés, notamment, de l'Arabie saoudite, de la Chine, de l'Iran, du Myanmar et du Zimbabwe.

Un maigre réseau national...

Le réseau national, sur lequel veille l'Agence cubaine de supervision et de contrôle, ne permet pas aux internautes de naviguer librement sur la toile. Il leur donne simplement droit à un service de courrier électronique accessible dans les bureaux de poste, qui leur permet d'envoyer des courriels à l'étranger.

Le blogue Potro Salvaje parle de l'attente dans les cybercafés de La Havane.

Photo: http://www.desdecuba.com/potro/

Le blogue Potro Salvaje parle de l'attente dans les cybercafés de La Havane.

Cette situation n'est toutefois pas uniquement attribuable à la volonté de contrôle du régime. Elle est en partie causée par l'embargo américain, qui empêche, pour l'instant, Cuba de se connecter au web par des câbles sous-marins. Ainsi, les connexions doivent être faites par satellite, ce qui s'avère plus coûteux (environ 6 $US l'heure) et moins performant. Pour cette raison, la population n'a droit qu'à un nombre limité d'heures de connexion à Internet par mois.

La plupart des Cubains, qui gagnent en moyenne 25 $US par mois, préféreront donc se rendre sur la toile pour communiquer avec leurs familles, plutôt que pour lancer des débats ou mener des activités de dissidence. De telles activités sont d'ailleurs interdites à quiconque dispose d'une adresse courriel, et les Cubains savent que ce qu'ils écrivent peut être filtré par le régime.

Un projet de connexion sous-marine pour relier Cuba au Venezuela est toutefois sur les rails. Il pourrait rendre le réseau cubain plus performant. Une fois cette connexion, prévue pour 2009, établie, il restera à voir si les autorités donneront aux internautes un accès élargi à la toile.

...et un accès limité au réseau mondial

Le site web du journal officiel Granma

Photo: http://www.granma.cu/

Le site web du journal officiel Granma

Pour naviguer sur des sites internationaux, les Cubains doivent passer par un réseau dont les coûts d'utilisation sont prohibitifs. Et encore, les internautes qui tentent de visiter certains sites d'information ou certains moteurs de recherche se verront redirigés vers la page de Granma, journal officiel de Cuba, ou vers le site de Prensa Latina, l'agence de presse gouvernementale.

Comme le rapporte la blogueuse cubaine Yoani Sanchez, dont il sera question plus tard, il n'y a que deux cybercafés à La Havane, pour quelque 2,2 millions d'habitants. Les longues files d'attente avant d'avoir accès à un poste découragent donc de nombreux internautes d'aller s'aventurer sur la toile.

En février 2007, Ramiro Valdés, ministre cubain des Télécommunications, qualifiait Internet d' « outil d'extermination global », d' « arme sauvage » qu'il faut absolument contrôler.

De plus, cette navigation se fait sous l'oeil du régime, puisque des filtres installés sur les ordinateurs des cybercafés et des hôtels permettent aux autorités de repérer de potentiels « messages subversifs ». Et les lecteurs de disquettes, les lecteurs et graveurs de CD-ROM et les ports USB, qui permettent l'enregistrement ou le transfert de fichiers, ont été retirés de certains appareils publics.

C'est que, en vertu du décret-loi Accès depuis la République de Cuba au réseau informatique global adopté en 1996, l'utilisation d'Internet ne peut être faite « en violation des principes moraux de la société cubaine ou des textes de loi du pays » et les courriels ne doivent pas représenter une menace à la sécurité nationale.

Prévenir avant de punir

La censure passe aussi par la dissuasion: un article « contre-révolutionnaire » publié sur un site étranger pourrait valoir jusqu'à 20 ans de prison à son auteur.

Un commentaire négatif à l'endroit du régime ne conduit pas nécessairement derrière les barreaux, mais il peut entraîner des conséquences néfastes. Par exemple, un supérieur qui surprendrait un fonctionnaire en train de rédiger une critique à l'endroit du gouvernement pourrait décider de ne pas lui accorder une promotion ou encore de lui faire perdre son emploi.

Le jeu du chat et de la souris

Ces conditions de prohibition ont donc mené à la naissance d'un marché noir de l'Internet.

Le site Potro Salvaje donne des trucs pour contourner la censure.

Photo: http://www.desdecuba.com/potro/

Le site Potro Salvaje donne des trucs pour contourner la censure.

Ainsi, un réseau parallèle a vu le jour, grâce auquel il est possible de se connecter à l'aide d'un ordinateur portable. Certaines personnes qui disposent d'un accès élargi à Internet, comme des fonctionnaires ou des résidents étrangers, peuvent se laisser soudoyer et vendre leur mot de passe.

Toutefois, indique Reporters sans frontières, les autorités peuvent trouver la trace des fonctionnaires délinquants, ce qui fait que ce marché aurait tendance à se marginaliser.

Il est aussi possible, avec un peu de débrouillardise, de se procurer du matériel électronique sur le marché noir, en vue de pirater des lignes téléphoniques.

Mais encore une fois les autorités veillent au grain. L'entreprise d'État ETECSA, qui contrôle le réseau téléphonique, peut interrompre une connexion privée si elle constate que celle-ci a été piratée. Une connexion illégale à Internet peut en outre coûter jusqu'à cinq ans de prison à la personne prise en défaut.

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