Samedi 22 novembre 2008 6:01 HNE

Logo Radio-Canada

International | En profondeur

Mise à jour le jeudi 19 juin 2008 à 10 h 55

PartagerTexte

Des blogueurs jouent les trouble-fête

L'accès limité et surveillé à la toile a donné le jour à une certaine forme de débrouillardise. Le blogue Potro Salvaje (Poulain sauvage), dont les auteurs sont anonymes, traite de la question d'Internet à Cuba.

Les internautes, quand ils y ont accès, peuvent trouver sur Potro Salvaje une foule d'informations techniques: des moyens de contourner la censure, comment naviguer sur Internet en laissant le moins de traces possible, comment utiliser la cache des moteurs de recherche, comment accéder à des pages bloquées, etc.

Potro Salvaje a même publié un article dans lequel il fait la démonstration des difficultés pour un internaute cubain de se connecter à la toile de façon légale.

Generacion Y

Yoani Sanchez

Photo: AFP/ADALBERTO ROQUE

Yoani Sanchez

Le blogue Generacion Y a été lancé en avril 2007 par Yoani Sanchez. Cette blogueuse est devenue une véritable coqueluche des internautes, à Cuba, mais surtout ailleurs dans le monde. Le magazine Time a classé Mme Sanchez parmi les 100 personnalités les plus influentes de 2008. Selon elle, plus de 90 % de la fréquentation de son blogue et des commentaires qui y sont laissés proviennent de l'extérieur de Cuba, principalement en raison de la piètre connectivité de l'île.

Generacion Y, qui selon Mme Sanchez attire des millions d'internautes par mois, rend compte de la vie quotidienne à Cuba: l'inflation, les pénuries, les procédures pompeuses du Parlement, la lenteur des réformes promises par Raul Castro, entre autres.

Chaque billet qu'elle met en ligne suscite de très nombreux commentaires, souvent enflammés. Certains de ses textes sont traduits en anglais et en allemand.

[Les commentaires des internautes] sont l'élément le plus intéressant et important du blogue, car ils créent un débat, qui des fois donne lieu à des cris et à des attaques, mais je crois qu'en général, la plupart veulent discuter de différents sujets.  »

— Yoani Sanchez

Un électron libre

Yoani Sanchez ne se définit pas comme une dissidente, car elle n'a pas de programme politique, mais comme un «  électron libre  », une représentante de la société civile cubaine. Elle ne considère pas son travail comme un acte d'opposition, mais plutôt de remise en question. Selon elle, il n'y a pas de limite aux sujets qui peuvent être abordés. Elle refuse toutefois d'encourager des actions violentes.

[Le blogue offre] la possibilité pour quelqu'un qui n'est ni journaliste, ni analyste, ni politologue de raconter sa vie quotidienne sans utiliser un langage spécialisé, sans prétendre se fâcher contre le journalisme dit traditionnel ou sérieux. De parler à la première personne, de se permettre des émotions, du pessimisme et de l'ironie.

— Yoani Sanchez

Le 7 mai 2008, le quotidien espagnol El Pais a remis à la blogueuse son prestigieux prix de journalisme Internet Ortega y Gasset. Le gouvernement cubain a cependant refusé d'accorder un visa à Yoani Sanchez pour lui permettre d'aller recevoir sa récompense.

Par ma propre expérience et parce que les gens me voient dans la rue et me reconnaissent, je sais que plusieurs Cubains qui sont à Cuba ont peur d'exprimer leur opinion dans un forum parce que leur adresse IP est sauvegardée. À Cuba, il y a plusieurs personnes qui sont paralysées par la peur.

— Yoani Sanchez

Le blogue Generacion Y

Photo: Generacion Y

Le blogue Generacion Y

La peur et les limitations technologiques, dit-elle, font que de nombreux Cubains n'osent pas s'aventurer sur la toile. Toutefois, chaque prix qui vient de l'extérieur de Cuba établit, selon elle, une connexion avec l'étranger qu'il est impossible de défaire.

L'accès à Internet étant limité pour les Cubains, Yoani Sanchez doit faire preuve d'ingéniosité pour publier ses billets, comme se faire passer pour une touriste afin d'avoir accès aux ordinateurs des grands hôtels. Elle envoie alors ses textes et ses photos à des contacts en Allemagne, où est hébergé son site. Ce sont ces contacts qui mettent ensuite le contenu en ligne.

Traduction en français de l'entrevue avec Yoani Sanchez réalisée par Diego Creimer, journaliste à Radio-Canada International.

Écoutez l'entrevue avec Yoani Sanchez (en espagnol).

Des bâtons dans les roues

Les blogueurs cubains doivent composer avec le régime, qui tente régulièrement d'entraver la circulation sur certains sites dont le contenu lui déplaît.

Ainsi, en mars 2008, le portail Desdecuba.com, qui héberge notamment Generacion Y, est resté inaccessible pendant une dizaine de jours. Les sites de petites annonces Classificados.com et Revolico.net ont subi le même sort.

Une des façons de faire du régime consiste à bloquer ou à ralentir l'accès à des sites web seulement pour les internautes cubains. Selon Yoani Sanchez, il s'agit d'une tactique du ministère de l'Informatique, qui vise à saper le moral des blogueurs, tout en évitant de s'attirer les foudres de la communauté internationale. Elle accuse le ministère «  d'installer des filtres qui ralentissent au maximum l'accès à certains sites, de façon à ce qu'après un quart d'heure d'attente vaine, les internautes découragés abandonnent leur PC  ».

PartagerHaut de page