

Présidentielle américaine
Journaliste : François Messier
Les deux aspirants à la succession de George W. Bush, le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, se sont affrontés pour un troisième et dernier débat télévisé de 90 minutes portant sur la politique intérieure, mercredi, depuis l'Université Hofstra, dans l'État de New York.
La crise financière qui secoue les États-Unis a occupé la plus importante portion du débat, un sujet d'autant plus d'actualité que l'indice Dow Jones de la Bourse de New York avait mis un terme, quelques heures plus tôt, à sa pire journée en 21 ans.
Les programmes des candidats au sujet de la santé, de l'éducation, de l'environnement et de l'énergie ont aussi été abordés. MM. Obama et McCain ont également parlé de la nomination des juges à la Cour suprême, un sujet qui n'avait pas été discuté lors des deux premiers débats.
Les échanges n'ont toutefois pas donné lieu à de nouveaux arguments et les Américains qui suivent la campagne présidentielle n'y auront pas appris grand-chose de neuf. Dans ce contexte, le langage non verbal revêtait une certaine importance. Obama est apparu plus calme et plus serein que McCain, qui se portait davantage à l'attaque, et qui a affiché des sourires qui ont semblé sarcastiques à quelques occasions.
![]() Photo: AFP/Spencer Platt/Getty Images |
Comme ce fut le cas lors des deux premiers affrontements, un sondage éclair effectué par CNN après l'affrontement a révélé que les électeurs accordaient la victoire à Obama dans une proportion de 58 %. Interrogés sur le candidat qu'ils avaient trouvé le plus aimable, 70 % des gens ont choisi le candidat démocrate.
Le débat a été le plus enlevant des trois organisés au cours de l'automne. Le fait que les deux candidats étaient assis à la même table a suscité davantage d'échanges directs. Le modérateur a d'ailleurs dû couper court à certains échanges et ramener les candidats aux questions principales à quelques reprises.
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Le modus operandi du débat
La joute oratoire était divisée en 8 segments de 10 minutes. La première minute était consacrée à la question du modérateur Bob Schieffer, correspondant à Washington et animateur de l'émission dominicale Face The Nation, sur les ondes du réseau CBS. Chacun des candidats avait ensuite deux minutes pour répondre, avant qu'un échange d'environ 5 minutes ait lieu. |
L'heure de gloire de « Joe le plombier »
John McCain, qui tire nettement de l'arrière dans les sondages, a sans contredit porté plus d'attaques que son adversaire. Il a régulièrement illustré ses divergences d'opinions avec Barack Obama en évoquant l'impact désastreux, selon lui, que les politiques du candidat démocrate auraient sur « Joe le plombier ».
Cette référence à un homme qui a récemment eu une conversation avec Barack Obama visait sans contredit à le présenter comme soucieux des intérêts de la classe moyenne. Obama, qui se présente comme le défenseur de ces Américains, a pris la balle au bond à quelques reprises, réfutant les arguments de M. McCain et s'appliquant à démontrer que ses propositions seront profitables pour « Joe le plombier ».
Barack Obama, dont la stratégie consistait davantage à ne pas commettre d'erreur et à ne pas perdre ses acquis, a démenti certaines accusations faites par John McCain, y allant notamment d'une réfutation exhaustive des attaques républicaines concernant les liens qu'il a entretenus avec le radical Bill Ayers, cofondateur des Weathermen, un groupe qui a posé des bombes à la fin des années 60 et au début des années 70 pour contester l'engagement des États-Unis au Vietnam. « Vos attaques, M. McCain, en disent plus sur vous que sur moi », a-t-il lancé à son adversaire.
Interrogé sur les qualifications de la colistière républicaine, Sarah Palin, Barack Obama a évité de répondre, se contentant de dire qu'elle était une politicienne « capable ». Il a aussi ri haut et fort lorsque John McCain l'a accusé de mener la campagne présidentielle la plus négative de l'histoire des États-Unis.
John McCain a pour sa part tenté de se dissocier des politiques du président George W. Bush, auxquelles M. Obama l'associe sans relâche. À un moment donné, il a lancé au sénateur de l'Illinois: « Si vous vouliez vous présenter contre George W. Bush, vous auriez dû vous présenter contre lui il y a quatre ans ».
Le Canada, terre de pétrole et de bureaucratie
Pour une première fois dans ces débats, les candidats ont évoqué le Canada à plusieurs reprises. Se dépeignant comme plus en faveur du libre-échange que son adversaire, le sénateur McCain a rappelé qu'Obama s'est déclaré prêt à renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Obama ne s'est pas dédit, réaffirmant que l'entente devrait davantage tenir compte du sort des travailleurs et de l'environnement.
Lors d'un débat sur les programmes des candidats en matière de santé, McCain a soutenu que l'idée d'Obama de mettre sur un pied un régime d'assurance gouvernemental créerait un système bureaucratique. Si vous voulez un système comme ça, a lancé McCain, vous devriez aller au Canada. À une autre reprise, le sénateur de l'Arizona a soutenu que le pétrole importé du Canada était « OK » pour les États-Unis, contrairement à celui importé du Moyen-Orient ou du Venezuela.