10 octobre 2008
Les Nobel, toujours aussi passionnants
Les Nobel, chaque année à pareille date, attirent l'attention du monde sur des réalisations ou des découvertes scientifiques pas toujours faciles à comprendre, mais la plupart du temps fascinantes.
Je sauterai rapidement par-dessus le Nobel de physique — de la haute voltige sur la « brisure de symétrie », la « brisure spontanée de symétrie » et, entre autres, le nombre de familles de quarks. Je parlerai surtout du Nobel de médecine et du Nobel de chimie.
Un Nobel pour le sida
Certains diront qu'il était temps: le Nobel de médecine va, pour moitié, à deux découvreurs du virus du sida, en 1983, les Français Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi (je la recevrai dimanche aux Années lumière).
Le sida était tout nouveau à l'époque. Très vite, on a soupçonné un virus, plus précisément un virus étrange, un rétrovirus. L'équipe de l'Institut Pasteur, à Paris, a eu le flair de le cultiver d'une façon particulière. Ce qui l'a amené, au bout de quelques semaines, à sa découverte.
Cette découverte a été le point de départ d'une des plus extraordinaires épopées scientifico-médicales qu'on n'a jamais vues: les moyens de diagnostic, les médicaments et les approches de prévention dont on dispose aujourd'hui en découlent directement.
Elle a aussi été à l'origine d'une des plus fameuses controverses médico-scientifiques de l'histoire, « l'affaire Montagnier-Gallo ». En 1984, en effet, l'un des plus grands noms de la rétrovirologie, l'Américain Robert Gallo, annonçait à son tour avoir découvert le fameux virus.
On s'est chicané fort. Gallo a dû avouer qu'il avait utilisé par mégarde, pour l'article annonçant sa découverte, une photo du virus que lui avait fournie l'équipe de l'Institut Pasteur. Puis, on a fini par s'entendre. De façon très diplomatique, on a décidé que l'équipe de Montagnier avait découvert le virus, et que celle de Gallo avait prouvé qu'il causait la maladie.
Le jury du Nobel a été plus direct. Il n'a couronné que les deux Français. Fin de l'histoire.
Une autre merveilleuse histoire de science
Le Nobel de chimie, lui, récompense une histoire de science qui se lit comme un conte de fées, si tant est que les fées aient droit de cité en science...
Tout commence au Japon, dans les années 1950, par une question de pure curiosité scientifique: pourquoi un certain mollusque est-il luminescent dans certaines conditions? Un jeune étudiant (qui aura son Nobel un demi-siècle après) trouve la réponse, est engagé aux États-Unis et découvre, toujours animé par la même curiosité scientifique, la protéine qui rend les méduses phosphorescentes.
Cette protéine, un autre chercheur (le second des trois nobélisés de cette année) trouvera comment l'attacher à d'autres protéines pour les suivre à la trace dans des systèmes biologiques. Le troisième nobélisé trouvera, enfin, le moyen de modifier la protéine en question pour que ses variantes paraissent sous d'autres couleurs que le vert.
Les techniques ainsi développées sont maintenant utilisées tous les jours, dans des milliers de laboratoires de recherche dans le monde.
Vraiment, une merveilleuse histoire de science, ne trouvez-vous pas?
Après ses études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu a commencé à faire du journalisme scientifique et médical au milieu des années 70. Au magazine Québec Science notamment, puis, pendant deux ans, à la télévision de Radio-Canada, à l'émission Science-Réalité.
Depuis 1982, il a animé à la radio de Radio-Canada l'émission Aujourd'hui la science, devenu Les années lumière. Il collabore également au magazine L'actualité.
Les champs d'intérêt principaux de Yanick Villedieu sont la médecine et la biologie - deux des domaines les plus fascinants et les plus actifs de la science contemporaine -, notamment ces grandes questions de l'heure que sont le cerveau, le cancer, le sida, la génétique fondamentale et appliquée...
Il a publié quatre livres: Demain la santé (Québec-Science Éditeur, 1976), Le Québec sur le pouce (Éditeur officiel du Québec, 1978 et 1984), La Médecine en observation (Les Éditions du Boréal, 1991) et Un jour la santé (Les Éditions du Boréal, 2002).
12 octobre 2008
Si vous le permettez, petit aparté concernant les Nobel. Mardi, l'académie suédoise doit décerner son Nobel d'économie!!! Dans l'état actuel de l'économie mondiale, je me garderais une petite gêne... et je sauterais une année, comme cela a été fait pour le Nobel de la paix, pendant les deux grandes guerres.
Pierre-Serge Gagnon, Montréal
11 octobre 2008
Monsieur Vildieux,
votre commentaire sur la protéine fluorescente verte (la GFP en english) est intéressant. Malheureusement, vous êtes passé drôlemet vite sur les applications extraordinaires que ses découvertes ont permises. Aujourd'hui, on peut suivre la vie d'une cellule en temps réel; on peut suivre le prolongement de neurones spécifiques tout le long de leur trajet jusqu'à leur cible; on peut suivre l'expression de plusieurs protéines en même temps dans une cellule pendant qu'un organisme se développe ou fait une certaine activité; on peut suivre les influx de calcium dans un neurone pendant qu'il "apprend".
Avec le recul, dans une vingtaine d'années, je crois que la découverte et les applications de la GFP seront à l'étude des protéines, ce que la découverte de la structure de l'ADN par Watson et Crick a été pour l'étude des gènes.
Erik Harvey-Girard, Russell
11 octobre 2008
Ces prix 2008 bien mérités effacent la gaffe de 2007 d'avoir décerner à ces illuminés de Al Gore et Rajendra Pachauri, deux non scientifiques en matière de climat, le prix Nobel de la paix pour "la cause" AGW,
Serge Lapierre, Saint-Laurent
















