
Daniel Lessard est correspondant de la télévision de Radio-Canada à Ottawa.
Depuis le 30 octobre, il anime l'émission Les coulisses du pouvoir.
Daniel Lessard
C'est un cliché, mais c'est en Ontario que se font et se défont les gouvernements. Et l'élection de lundi l'a encore démontré.
À l'exception de l'est de l'Ontario, les grandes forteresses libérales ont résisté, surtout à Toronto. Même dans la couronne de Toronto, les électeurs ont évité de se jeter massivement dans les bras de Stephen Harper. Et dans les régions rurales où les libéraux semblaient vulnérables, les gains conservateurs ont été modestes.
Le grand défi de Stephen Harper : apprivoiser l'Ontario.
En commençant par Toronto. Pas un seul député élu dans la Ville Reine. Les conservateurs ont été balayés dans les trois grandes villes canadiennes. Montréal et Vancouver n'ont élu aucun conservateur, elles non plus. Jamais un nouveau gouvernement ne s'est retrouvé aussi démuni dans ces grandes villes.
C'est dans les Prairies que Stephen Harper reste roi et maître, se permettant même de déloger de gros noms libéraux comme Reggie Alcock au Manitoba et Anne McLellan en Alberta. Seul Ralph Goodale a résisté. Reste que les attentes seront très grandes surtout en Alberta. Mais Stephen Harper n'aura pas la latitude voulue pour privilégier l'Ouest canadien. Ni la Colombie-Britannique, où son parti a perdu des plumes au profit du NPD.
Dans l'Atlantique, les électeurs ont la mémoire longue et mettront du temps à pardonner à Stephen Harper ses déclarations blessantes d'il y a quelques années. Il a fait des progrès, a perdu quelques luttes serrées, mais il n'y a encore de mouvement spontané en faveur de Stephen Harper dans aucune des quatre provinces de l'Atlantique.
Bref, Harper hérite d'un gouvernement minoritaire fragile. Le Nouveau Parti démocratique n'a aucune affinité avec le parti au pouvoir. Le Bloc québécois pourrait détenir la balance du pouvoir, mais il mettra du temps à digérer la cinglante défaite que les bleus lui ont imposée dans la région de Québec. Et Stephen Harper aura longtemps sur le coeur la publicité bloquiste en forme de chapeau de cowboy dans les derniers jours de la campagne. Reste les libéraux: ils voudront épargner le gouvernement jusqu'à l'élection de leur nouveau chef peut-être en juin, plus probablement au début de l'automne. Donc, du temps pour respirer et faire adopter un premier budget au printemps.
Stephen Harper va gouverner avec un oeil sur la prochaine élection. Certes, se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible, mais sans sacrifier tous ses principes et, s'il le faut, provoquer lui-même des élections comme un Trudeau minoritaire l'avait fait en 74.
Ou comme Jean Chrétien qui avait déclenché des élections tout de suite après l'élection de Stockwell Day à la tête de l'Allliance Canadienne, histoire de le prendre de court.
Le 20 mars 2004, les membres du Parti conservateur du Canada élisent Stephen Harper chef du nouveau parti.