
Maurice Godin est correspondant de la radio de Radio-Canada à Ottawa. En 1975, il est devenu le premier correspondant parlementaire affecté à l'émission Présent. Il en est à sa 11e couverture d'une campagne électorale fédérale.
Maurice Godin
L'élection de 10 députés conservateurs au Québec vient de mettre au rancart notre façon d'analyser la dynamique politique fédérale au Québec en place depuis 1997. L'affrontement entre libéraux et bloquistes, qui occupait toute la place jusque-là, se transforme en combat à trois, un triangle qui pourrait bien s'avérer infernal.
Avec ses 51 députés, le Bloc domine toujours, et de loin, la scène québécoise et souligne avec raison ses percées et même ses gains dans les régions forteresses de l'Outaouais (Gatineau) et de Montréal (Jeanne-Le Ber, Papineau et Ahuntsic). M. Duceppe est encore le politicien québécois le plus populaire et le plus expérimenté à Ottawa.
Avec 13 députés, dont 11 dans l'ouest de Montréal, le Parti libéral doit maintenant s'attaquer à la tâche difficile de reconstruction. Les libéraux pourraient rapidement profiter d'une course à la direction de leur parti pour se donner une nouvelle image, mais la partie ne sera pas facile. Pour la première fois de leur histoire, les libéraux se retrouvent au troisième rang au Québec, avec seulement 20,7 % des appuis, un autre plancher historique! Et comme l'ont démontré durement ces élections, plusieurs militants, désabusés par les révélations de la commission Gomery, ont déserté le parti.
Cette faiblesse libérale ne peut cependant rassurer le Bloc québécois. Les bloquistes doivent plutôt s'inquiéter de la percée remarquable des conservateurs.
Un coup d'oeil rapide à la nouvelle carte électorale du Québec révèle que les conservateurs de Stephen Harper, avec 24,5 % des suffrages, ont délogé les libéraux comme menace principale à la mainmise du Bloc. Les conservateurs arrivent maintenant en tête ou en deuxième place dans 49 des 75 circonscriptions du Québec. La percée du Parti conservateur est encore plus spectaculaire si on exclut les circonscriptions de l'île de Montréal, où la lutte se fait surtout entre libéraux et bloquistes. À Montréal, les conservateurs se retrouvent quand même au 2e rang dans 5 des 17 circonscriptions.
Dans les 58 circonscriptions de toutes les autres régions du Québec, les conservateurs se retrouvent en tête dans 10 circonscriptions, et en deuxième dans 34 circonscriptions! On comprend mieux maintenant la tâche qui attend les bloquistes au cours des prochains mois : endiguer cette nouvelle menace bleue.
Les conservateurs auraient tort cependant de penser qu'ils chauffent le Bloc en région. Ils n'ont menacé le Bloc que dans une seule des 34 circonscriptions, Roberval, à 9 % du vainqueur. Dans les 33 autres circonscriptions, les bloquistes l'ont facilement emporté. Les conservateurs n'avaient tout simplement pas d'organisation en place.
Ce qui pourrait maintenant changer avec des ministres québécois au sein d'un gouvernement conservateur.
Le 20 mars 2004, les membres du Parti conservateur du Canada élisent Stephen Harper chef du nouveau parti.