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Le livre de la semaine |
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Or, qu’on laisse errer nos idées, souhaits et hypothèses en terrains intellectuels, émotifs, religieux ou spirituels, peu importe, on aboutira habituellement à ce type de conclusion : « Dans l’fond, l’important, c’est de vivre le moment présent... » Et ce, qu’on se porte zen, bouddhiste, hédoniste, qu’on « écoute son corps », ou qu’on aspire simplement à continuer à « respirer par le nez » en moments stressants ou difficiles. « Vivre le moment présent » : un slogan en apparence simplet mais qui, au fond, tient du projet de vie. Mille essayistes ont disserté sur la façon d’accéder au précieux moment, au fugace présent, là seul où réside la réalité. L’écrivain et comédien Robert Lalonde laisse aux autres le soin de s’interroger sur « vivre le moment », pendant que lui le célèbre à plein, tout au long de son livre : Le monde sur le flanc de la truite. Tapi dans les fougères ou embusqué là où la rivière naît, il observe et décrit le moment qui passe devant lui et celui qui se passe en lui avec une sensualité presqu’animale qu’on lui envie. |
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La fée du « moment présent » a béni son berceau, et qu’il soit devant un brin d’herbe, une musaraigne ou une simple goutte d’eau, il est « surabondamment vivant » pour employer l’une de ses expressions. Après la lecture de ce merveilleux livre, on se prend à se promener en forêt atteint d’un mal délicieux et nouveau : une hypertrophie des sens que nous a refilée l’auteur! Le monde sur le flanc de la truite nous fait découvrir les quatre saisons des forêts et sous-bois de Sainte-Cécile de Milton, telles que perçues et revisitées par ce grand éblouï de promeneur de Lalonde, qui s’avoue pris par « la passion de l’attention » et « d’une envie terrible, inassouvissable, de me connaître dans ma sauvagerie, mes inapprivoisements, ma secrète, essentielle et insondable appartenance à l’univers naturel ». |
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Au cours de toutes ses promenades et rêveries, Lalonde ne manque pas de s’accompagner d’écrivains qui s’abreuvent à la même source que lui, qui « partagent (...) sa fascination pour la nature et l’écriture, constamment en danger de magie » , comme on peut lire en dos de couverture. Jean Giono, Colette, Gabrielle Roy, Montaigne, Constantin Paoutovski, Anne Dillard, Emily Dickinson comptent parmi les auteurs auxquels il rend hommage, et dont il cite et commente les écrits. |
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Suivons un brin Lalonde qui se laisse emporter par les propos de Flannery O’Connor : « C’est Flannery qui écrit : Pour rendre l’émotion, il n’est pas nécessaire de l’avoir ressentie, il suffit de la contempler, ce qui ne signifie pas la comprendre, ou, si vous voulez, il s’agit de comprendre qu’on ne comprend pas. . . Je comprends que je ne comprends pas la nuit, la dérive des astres, le chant flûté des grillons, le saupoudrement boréal de la voie lactée, ma propre présence hantée, sous le fleuve du ciel. Une nuit comme celle-ci, vieille et nouvelle, première, laissera ses traces d’étoiles filantes, avec des trous d’ombre, sur une âme que je ne suis pas sûre de posséder. Des cratères sombres et des lacs de lumière, comme la vieille face de la lune, des stigmates qui m’aident à croire, à espérer et à ne pas trop m’imaginer seul et fini. »
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Mylène Roy est journaliste indépendante et chroniqueure, tant à la radio et à la télévision que dans les médias écrits. |
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Par 4 chemins/ Le 19 octobre 2000 |
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