Novembre 1997
M. Jacques Languirand
Bonjour!
Je vous ai vu au Poing J il y a une
quinzaine dans une tenue très folichonne. Comment s'y est-elle pris pour vous convaincre?
La petite bougresse
il n'y a rien à son épreuve. En tout cas, c'était très
jouissif
Mais ce n'était pas pour cet
exploit que je mets la main à la plume, comme on disait dans le temps.
C'est votre étonnante déclaration pour la légalisation
de la marijuana. À ma connaissance, vous êtes le premier à en parler
si ouvertement sur les ondes. Bravo! Ça prend un certain courage
Ce que vous avez dû entendre dans votre boîte vocale. Oh! la! la!
Cela va vous étonner, mais je suis
entièrement d'accord avec vous et voici pourquoi.
Primo : ben voyons! Pour les jeunes,
c'est l'attrait du fruit défendu qui les poussent à fumer du pot si tôt; drogue douce
qui les rend fous parce qu'on leur vend de la cochonnerie, de la merde quoi! Comme ce
fichu crack, etc.
Si elle était de qualité, légalisée et
vendue en pharmacie à un prix raisonnable, au lieu de se faire rouler tout rond par les pushers
dans les cours d'école, ça règlerait le problème très vite, je pense, et ces mêmes
jeunes cesseraient de commettre des vols à la douzaine pour se payer leur petit joint.
Corrompre les mineurs, je trouve ça dégueulasse.
Deuzio: pour les adultes, c'est différent. Je
ne suis pas sûre que ça mène à consommer plus fort, comme la coke ou
l'héroïne.
Que je vous raconte
Pour l'été, une de mes filles avait planté
sa tente près d'un de nos beaux lacs. Après les vacances de la construction, le camping
était vide; j'avais aussi installé une grande tente de prospecteur sur ce même terrain.
Le 24 juillet, pour les 24 ans de mon fils - marié, un enfant -
j'avais organisé une petite fête avec plein de bouffe. À la fin de la soirée, il y
avait vingt-cinq jeunes amis d'Éric - le bouche à oreille avait marché
très fort - autour d'un feu de camp, qui se passaient un petit joint en écoutant un
Mexicain jouer de la guitare. Jamais vu un party aussi cool! Sans compter
que pour ce même fils asthmatique, la mari agissait comme une vraie thérapie pour
lui. Mes enfants (4) en ont tous fumé à l'occasion, pour la détente, sans devenir
accro.
Je vais vous compter mieux que ça! Ayant
déniché quelques graines, j'ai fait des semis et réussi cinq beaux gros plants dans ma
cuisine ensoleillée. Séchés la tête en bas dans la cave, j'ai pu leur offrir à Noël
quelques grammes de bon stock qu'ils ont vite fait de baptiser "Germaine
Gold". On avait bien ri, et j'étais très fière de mon coup.
Je faisais en plus, quand mon fils pouvait m'en
apporter, en catimini, des biscuits à la mélasse et au gingembre. À la dernière
"folie", j'ajoutais une bonne poignée de mari. Un seul, dégusté avant
le sommeil, y'avait pas de meilleur somnifère. Dans le clan, on me traitait de veille
dame indigne
Mais Dieu qu'on avait du plaisir. Utilisé intelligemment, connaîs pas
de meilleur médecine.
J'entends votre rire d'ici.
Il faut que je vous avoue que mon fils en a
même vendu pour une valeur de 5 000 $ à peu près, pour faire son presque tour
du monde, au tarif de ce temps-là, il y a 20 ans. Et savez-vous qui étaient ses
clients? Un député, des avocats, des hommes d'affaires; pas des enfants! Quand il est
parti, je lui ai fait promettre de ne toucher à aucune drogue de tout son voyage, parce
que je venais de voir Midnight Express, un film racontant l'aventure d'un jeune
Américain aux prises avec les hommes de loi véreux de ces pays-là, entre autres la
Turquie. En sortant du cinéma, j'en ai braillé une shot tout le long du retour.
Il a fait un merveilleux voyage et est devenu bien sage depuis.
Je viens de vous revoir ce dimanche à Au-delà
des apparences. Vous défendez encore votre point de vue, sauf que l'autre
invité, Léo Kay, lui, ne demande que la décriminalisation, ce qui n'est déjà pas si
mal. C'est ridicule et idiot de mettre les gens en prison pour une pincée de mari.
Même pour les gros planteurs. Ça me fend le cur de voir la police détruire ces
milliers de beaux plants cultivés biologiquement, lesquels pourraient faire les meilleurs
médicaments au monde pour rendre les cancéreux en phase terminale euphoriques et moins
souffrants.
Depuis des siècles, les peuples indigènes ont
consommé cette plante. Pourquoi nos gouvernements sont-ils si constipés face à ce
problème? Je vous le demande
Je vous mets au défi de me trouver un homme politique
de l'âge des yuppies ou baby-boomers qui n'a pas fumé dans sa vie! Mais je
délire : je n'aurais jamais ce plaisir avant des lunes
J'ai passé un bon moment à bavarder avec
vous. Ça fait du bien.