L’acupuncture " maternisante "

L'acupuncture se fraie lentement une voie dans les hôpitaux, en commençant par les salles d'accouchement.

Par Stéphanie Adam Le Roch

À 40 semaines de grossesse, Marie-Julie Parent demande à son acupuncteur de déclencher ses contractions.

" Je ne voulais pas, dit-elle, qu'on me provoque à l'hôpital :
c'est apparemment assez raide. "

Accoucher aux mains de la médecine

Apprenant qu’il peut aussi l'assister pendant son accouchement, elle en avertit son obstétricienne. Il est 23 heures lorsqu’il arrive à l'hôpital Saint-Eustache : Marie-Julie est là depuis 21 heures, mais l'ouverture du col de son utérus est bloquée à 7.5 cm, comme à son premier accouchement, il y a deux ans, où elle a dû recourir à la césarienne. Sans plus tarder, il lui pique quelques aiguilles sur les jambes : 20 min plus tard, l'ouverture du col est complété à 10 cm et les poussées commencent.

" Tout le monde a attribué sans l'ombre d'un doute la dilatation rapide aux aiguilles ", affirme l’acupuncteur en question, Jean Lévesque.

Dans la pratique obstétricale, ce sont les parturientes qui, de plus en plus, réclament les soins de leur acupuncteur à l'hôpital. Car, si les aiguilles aident à la dilatation, elles permettent aussi de réduire énormément les douleurs pendant l'accouchement (les douleurs dorsales, lombaires, de même que celles de la zone pelvienne et vaginale), de provoquer les contractions lorsque bébé retarde sa venue, de contrer les effets secondaires de la grossesse (nausées, vomissements, maux de dos, etc.). Jean Lévesque affirme même qu'il est possible d'améliorer le bagage génétique de l'enfant :

" Si les Chinois ne se préoccupent pas tellement des douleurs des parturientes, ils se sont par contre beaucoup intéressés à l'aspect eugénique de la reproduction en s'efforçant d'éliminer les traits négatifs de l'hérédité ", explique Jean Lévesque.

Pour Paule Villeneuve, qui en était aussi à son deuxième accouchement, la présence de l'acupuncteur fut une merveille : " Moi qui suis souvent sceptique par rapport à l'acupuncture, j'ai été vraiment étonnée ", affirme-t-elle. La position postérieure dans laquelle se présentait son bébé, c'est-à-dire la tête vers le plancher pelvien, provoque généralement des douleurs insoutenables qui exigent calmants et épidurale.

" Lorsque les premières douleurs se sont manifestées, explique Paule Villeneuve, il a suffi de quatre aiguilles pour que le mal disparaisse instantanément. Mais comme j'avais décidé, dès le début de la grossesse, que je ne souffrirais pas du tout, j'ai quand même demandé l'épidurale plus tard. Mon accouchement a duré huit heures. "

Quant à son petit, qui a bénéficié des aiguilles de Jean pendant son développement utérin, il fait ses nuits depuis l'âge de cinq semaines...

" C'est toujours difficile d'affirmer que les aiguilles en sont les seules responsables, explique le praticien. Mais en général, les femmes traitées durant leur grossesse ont des bébés très calmes. Pour ce qui est des accouchements, il semblerait que leur durée soit accélérée de deux à six heures, bien que je n'aie pas assez de données pour le confirmer moi-même. "

Et les médecins dans tout ça?

" En règle générale, ça se passe très bien, continue Jean Lévesque. Depuis que nous sommes reconnus [l'Ordre des acupuncteurs du Québec existe depuis plus d'un an], les médecins n'ont plus de problèmes de conscience. Il s'agit que chacun agisse dans son champ de compétences pour que la coopération soit efficace et agréable. "

" Maintenant qu'on a le feu vert du Gouvernement, me dit de son côté Lise Tousignant, directrice de l'Ordre des acupuncteurs du Québec, il s'agit de s'implanter doucement dans le milieu hospitalier et de prouver nos compétences, sans bousculer les médecins. Nous travaillons d'ailleurs avec l'hôpital Sainte-Justine pour mettre au point des projets de recherche. "

Bien que la philosophie de la médecine traditionnelle chinoise s'oppose naturellement à toute spécialisation (" Tous les acupuncteurs reconnus sont en mesure de traiter les femmes enceintes ", rappelle Lise Tousignant), Jean Lévesque considère que l'obstétrique est un champ de pratique particulier qui demande l'intégration de certaines connaissances en la matière une certaine adaptation de l’acupuncteur au milieu hospitalier, de loin différent des cabinets privés.

" On doit être capable de s'adapter à la méthode et au milieu de travail des médecins, et utiliser le même langage qu'eux, explique-t-il. Car on ne peut pas se contenter de leur parler de Yin et de Yang... "

Puisque aucune formation spécifique en ce domaine n'est encore donnée au Québec, c'est en France que le praticien est allé chercher la sienne, cet art faisant aujourd'hui partie du paysage hexagonal d'obstétrique : comme à Valence, Caen, Strasbourg, Paris, etc., le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes possède un département d'acupuncture et offre un service intégré.

Ici, la démarche est encore assez nouvelle, même si assister les parturientes fait des activités professionnelles courantes de cet acupuncteur québécois depuis plusieurs années. Aussi, les demandes augmentent. En effet, de plus en plus de femmes renouent avec l'aspect naturel de l'accouchement et s'inquiètent de l'aspect interventionniste de la médecine moderne, comme en témoigne l'intérêt grandissant pour les services alternatifs : Maisons des naissances, sage femmes et maintenant l'acupuncture.

Pour encourager la pratique obstétricale de l'acupuncture, qui semble faire le bonheur des parturientes et des nouvelles mères, et pour éviter à ses confrères d'avoir à aller chercher une formation outre-mer, Jean Lévesque les invite de façon permanente à venir l'assister dans ses accouchements. Aussi organise-t-il des séminaires qui permettent aux participants de faire la synthèse des notions d'acupuncture relatives à l'obstétrique (que l'on retrouve éparpillées dans les traités traditionnels), et de se familiariser avec la terminologie médicale qu'utilisent les gynécologues et avec les caractéristiques du travail d'équipe, pratique peu courante dans la profession, mais nécessaire dans le cadre d'une collaboration avec le milieu hospitalier.

Passionné, Jean Lévesque? Sans aucun doute. C'est avec le sourire aux lèvres et l'étincelle dans les yeux qu'il partage son bonheur :

" Il n'y a rien de tel que de voir naître un enfant! "

Pour plus d'infos

 

Note : depuis 1998, Jean Lévesque est responsable du programme de stage en obstétrique au Département d'acupuncture du Collège Rosemont. Les finissants qui désirent effectuer une partie de leur stage de pratique clinique dans ce domaine, assurent une permanence les mardi et mercredi, De janvier à la mai, à l'Hôpital Sainte-Justine de Montréal (Québec), sous la supervision de Jean Lévesque et de deux acupunctrices professionnelles. (mars1999)