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couple du 21e siècle La rencontre de deux désirs |
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![]() Marc Chagall Les fiancés de la tour Eiffel |
Le couple... Le couple est en crise : des spécialistes le confirment. |
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Sommes-nous célibataire, que nous cherchons à rencontrer cet autre, dont la seule pensée nous fait espérer la fin de nos soucis. Et l'avons-nous à peine croisé, senti le frisson magique de l'amour naissant, et du grand amour possible que, devant les conflits inhérents à toute relation véritable, nous abandonnons en cours de route ce rêve de bonheur, prétextant que ce n'était pas la bonne personne, qu'on s'était trompé. Tout au moins tente-t-on d'y croire... Et nous voilà reparti à la recherche de cet autre soi qui, nécessairement, réveillera à nouveau l'enfant blessé que nous sommes encore, pour nous retrouver immanquablement devant les mêmes conflits, nos mêmes vieux mécanismes de protection... Consommateurs, nous cherchons l'âme sur comme nous magasinons, c'est-à-dire à la recherche d'un produit clé en main, avec un livret d'instruction et une garantie, ou tout au moins une promesse d'échange, voire de remboursement! Bref, nous refusons d'affronter le véritable ennemi, Soi-même, et d'entrer dans ce que John Welwood dans une entrevue publiée dans le Guide Ressources en 1996 appelait " le combat sacré de l'amour ", cette lutte inéluctable à la création d'un Nous commun et durable. " Alors que le couple est un creuset de mutation, de maturation et d'expansion, rappelle Jacques Salomé, ce psycho-sociologue et auteur désormais célèbre, aujourd'hui, l'expansion se fait par la séparation." Que se passe-t-il donc? |
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État du Nous Si certains ont réussi à donner un sens à leur relation conjugale, c'est souvent au prix d'interminables discussions et de négociations ardues, à travers lesquelles les partenaires ont trouvé un terrain d'entente et se sont engagés, l'un envers l'autre, à cheminer dans une même direction. " Et ils sont rares les couples qui ont dépassé le stade de la différenciation ", observe encore Salomé. Dans les trois stades de l'évolution interne du couple fusion, différenciation, confrontation , le Je+Je suit le Nous fusionnel de la rencontre : il sert à définir ce que l'on attend de l'autre et de la relation et à s'entendre sur ce Nous par la confrontation. En reproduisant ce schéma sur l'évolution sociale du couple actuel, nous serions à l'étape de la différenciation, celle du Je qui s'affirme, ou qui cherche à le faire. Il n'y a qu'à regarder célibataires, couples et divorcés de tous âges courir les conférences et les ateliers, accumuler les consultations chez le psychologue, le psychanalyste, le sexologue... pour voir ce Je en action. En octobre dernier, ils étaient plus de 2000 à aller s'abreuver des paroles de Jacques Salomé sur le couple possible. Si, au Québec, nous détenons le plus haut taux mondial de divorces, la crise du couple semble s'étendre à tous les pays occidentaux, où les anciens modèles de la famille et les rôles sociaux ont été relégués aux oubliettes.
Mais les actuels changements économiques, socio-économiques et culturels étant tout à fait nouveaux dans l'Histoire, nous n'avons aucun modèle auquel nous rattacher.
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Un phénomène socio-économique Ne doit-on pas, en effet, rapporter deux salaires pour s'assurer un minimum de qualité de vie, tout en assumant des impôts faramineux, une consommation consciente et respectueuse, et des soins de santé qui ne sont pas couverts par l'assurance-maladie? Oui, en 1997, nous avons besoin de tout cela, par respect de soi et pour contrer les effets négatifs d'une économie de marché prédatrice, envahissante, stressante. Mais la satisfaction de ces besoins, qui passe par la réussite professionnelle, a eu un effet désastreux sur le couple en nous éloignant de sa fonction.
En effet, ce narcissisme relationnel nous incite présentement à ne pas investir dans une relation, mais à en multiplier le nombre à l'intérieur d'une vie.
Résultat : les couples séparés avec des enfants doivent, dans leur relations subséquentes, composer avec des difficultés plus nombreuses, le système relationnel étant plus complexe.
Et s'il y a manquement aujourd'hui dans la relation conjugale chez les jeunes, elle n'hésite pas à en accuser l'éducation : il n'y a pas, selon elle, assez de préparation anticipatoire sur le sens de l'engagement et de la relation, et sur ses modes de fonctionnement futur. " On se marie parfois sans même se demander si on veut des enfants! " Dans ce no man's land où se trouve le couple, la dépendance est un autre phénomène.
Selon ses pronostics, le couple en a encore pour quelque 30 ou 50 ans, avant de se stabiliser. En attendant, le 21e siècle verra de plus en plus de couples et de familles recomposés. Un manque de modèle, donc, une autonomie tardive, mais aussi, une absence de désir pétrifiante! |
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Un problème nommé désir
À l'étude des 9 000 demandes de consultations annuelles que reçoit le service de sexologie de l'université de Genève, Willy Pasini constate que le problème sexuel du couple, d'ordre mécanique qu'il était éjaculation rapide et trouble d'érection pour l'homme, anorgasmie pour la femme , est devenu un problème de désir.
Nous sommes donc passés de la misère sexuelle à la misère affective. Bien sûr, le temps qui manque, le stress, le travail, les difficultés économiques, sont tous des facteurs qui minent la capacité du désir à s'exprimer. Pour Jacques Salomé, toutefois, si aujourd'hui six hommes sur dix, et à peu près l'équivalent chez les femmes, ont des difficultés sexuelles (peu d'appétence, impuissance, tentative de fuite vers des fantasmes), c'est du côté de l'intimité qu'il faut regarder :
Dès lors, une des conditions essentielles à la construction et au maintient d'une relation vivante et vivifiante n'est plus remplie; s'ensuit un manque de confiance, d'abandon, de partage et de sécurité. Mais une des grandes causes de cette crise, dit Salomé, réside surtout dans le " décalage entre les hommes et les femmes ". |
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| Du décalage à l'engagement
D'un ton admiratif, Jacques Salomé parle des femmes qui se sont enfin donné le droit au plaisir et à la jouissance :
Si ce sont les femmes qui, par respect d'elles-mêmes, ont enclenché le mouvement, une des conséquences en est aujourd'hui le désengagement des hommes.
Mais la tendance est au changement... Alors que les femmes ont assumé leur principe masculin, le côté féminin des hommes émerge lentement. En amour comme en économie, le mot clé, de force qu'il était, devient flexibilité. Surgit alors le paradoxe propre aux moments de transition : de même que nous importons la lenteur orientale et que nous exportons la rapidité et l'agressivité occidentale, les femmes ont importé l'agressivité masculine, et les hommes, certaines caractéristiques féminines.
Pour Salomé, si les hommes sont en retrait depuis 30 ans, c'est aussi qu'ils sont enfermés dans le silence, dans l'angoisse, dans l'insécurité.
Si, aujourd'hui, l'expansion se fait par la séparation, les trois spécialistes sont confiants que dans l'avenir l'expansion se fera par l'invention d'un couple nouveau. Et " cette difficile démocratie à deux ", comme la nomme Pasini, passera donc éventuellement au stade de la confrontation. Car il ne fait plus de doute que les hommes commencent à apprendre à parler et à s'intéresser aux aspects proposés par les femmes.
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Le nouveau couple Une chose est certaine, le nouveau couple devra négocier au quotidien et se définir de l'intérieur, par ses propres forces de cohésion internes, n'ayant plus ni soutien social ou religieux, ni rôles assignés aux partenaires. En l'occurrence, la solidarité pour les causes sociales et l'intérêt grandissant pour la spiritualité pourrait être son nouveau cocon. D'ailleurs, Jacques Salomé prévoit que le phénomène de la créativité devrait s'accentuer, avec l'ouverture au cerveau droit, siège de l'intuition et du lâcher-prise.
Encore là, tout dépendra de notre capacité à contrer l'influence extérieur et à réinventer l'intimité. Le couple du 21e siècle vivra donc peut-être sur deux territoires, comme le pense Jacques Salomé, ce qui permettrait aux partenaires de conserver, en même temps qu'un espace commun bien défini, un espace individuel. " Mais, ajoute-t-il, les partenaires de l'avenir devront apprendre à mieux définir leurs attentes, leurs apports, et surtout, leurs zones d'intolérance ". Pour sa part, Willy Pasini voient dans les transformations actuelles la possibilité de réconcilier temps social, temps biologique et temps affectif, en réduisant le temps de travail, mais sans se laisser convaincre de consommer encore plus et en optimalisant les ressources grâce au système tribal ou communautaire. Une meilleure liberté de gestion de l'espace commun en somme.
Une condition essentielle à cette rencontre demeure pourtant : l'individu doit se responsabiliser, conclut Liliane Spector.
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© Stéphanie
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