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Animaux

DUQUETTE, Marcel; Hurlements, (Éditions Michel Quintin, coll. des bêtes et des hommes).

Jacques Languirand et la chienne Cybèle

Voici un ouvrage que je vous recommande sans réserve. Sa lecture vous sera sans doute aussi douloureuse qu’à moi. Faites-en donc un exercice de conscientisation, de lucidité. Car il est capital, pour changer le monde dans lequel nous vivons ("Avez-vous autre chose à proposer?" comme demandait Albert Einstein), de savoir d’abord ce qu’il en est.

L’ouvrage de Marcel Duquette, Hurlements, est un document bouleversant sur les conditions faites aux animaux dans notre société. Il contient une mine d’informations pertinentes sur nos rapports avec les animaux, une véritable mise à jour sur certaines questions, y compris les textes de chartes ou de lois concernant les droits des animaux. Mais c’est aussi le témoignage d’un homme qui a voué sa vie aux animaux et à la défense de leurs droits.

 

Duquette sait de quoi il parle. Il est le directeur général de la Société Protectrice des Animaux de Gatineau. Et il nous invite à considérer nos rapports avec les animaux sous tous ses aspects : il parle des "usines à chiens" pourvoyeuses d’animaleries; des laboratoires où, sous prétexte de recherche scientifique, on supplicie des bêtes par millions; des élevages intensifs des animaux de boucherie; de leur transit, le plus souvent dans des conditions inqualifiables, vers les abattoirs, et de la façon dont ils sont traités par les manutentionnaires... Il raconte ce qu’il a vu partout, comme par exemple cette scène atroce observée dans les abattoirs : "Avec une canne, on frappe sur la tête, les yeux, les proéminences osseuses comme les hanches, les côtes, les vertèbres, le tibia... On tient la queue par le bout et on cogne dessus; on la tord jusqu’à la fracturer ou on frappe les testicules. On enfonce la canne dans l’anus ou la vulve des vaches, en ponctuant le traitement d’un humour qui se passe de commentaires. Ces agissements ne sont pas exceptionnels mais habituels. Il n’est pas rare de voir des vaches et des génisses pisser le sang." Toute cette cruauté pour obliger ces animaux à accélérer, mais sans altérer l’apparence de leur viande.

Mais où sont donc commises toutes ces atrocités? Dans quelque lieu exotique et lointain? Non pas. Ici même. Chez nous. Dans notre cour. C’est ici que nous devons commencer, continuer de faire le ménage, de mettre de l’ordre.

La qualité de vie, la vôtre comme la mienne, dépend aussi de la qualité de notre interaction avec les autres. Et sur ce point, comme sur beaucoup d’autres d’ailleurs, je partage la vision bouddhique : les autres sont toutes les formes de vie. Le vibrant témoignage de Duquette nous invite à la réflexion mais il nous incite aussi à l’action, à nous engager activement, à militer en faveur de nos frères les animaux.

Les animaux – plus précisément ici : les animaux supérieurs qui sont si près de nous dans l’échelle de l’évolution – ont des émotions. Leur souffrance est tout à fait comparable à la nôtre : ils connaissent le rejet, la peur, l’angoisse. Les émotions négatives, les leurs comme les nôtres, confondues, se traduisent par des vibrations dont les effets sont néfastes pour tous les êtres qui vivent sur cette planète. Je serais tenté de dire qu’il ne manque aux animaux... que la parole. Prêtons donc notre voix à ceux qui sont sans voix. Mais il leur manque aussi l’aptitude à former des représentations mentales, à élaborer des concepts, des stratégies. Faisons-le donc pour eux. Sans compter que tout ce que nous faisons, que nous ferons pour les animaux, c’est aussi pour nous-mêmes que nous le faisons, que nous le ferons. Car toutes les formes de vie sont solidaires : elles participent toutes de la même conscience.

Mon propos ne vise pas à susciter plus de culpabilité que nous n’en éprouvons déjà à propos de tout : de l’environnement, de l’intolérance, de la faim dans le monde... Mais plutôt, à éveiller le sens de la responsabilité et à susciter de la part des êtres plus conscients que nous sommes un engagement authentique. Car nous sommes désormais les cocréateurs du monde.

Les causes, comme chacun sait, ne manquent pas de nos jours. Ce sont autant d’occasions de grandir, de devenir, d’être plus. Engageons-nous donc, traduisons notre révolte en action. Ici et maintenant. Intervenons avec énergie pour que cessent les mauvais traitements infligés à nos frères les animaux avec qui nous partageons le privilège de vivre sur la planète bleue.

   
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