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Pour
une vision globale
de la programmation
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La grille dévaluation et dorientation
de la programmation (et/ou
du contenu des émissions) suggérée ci-après est une application,
dans le domaine des médias dinformation, de ce que lon
appelle le modèle de Braudel en Histoire.
Le discours des
médias considérés comme le miroir de la réalité en transformation,
est en fait celui de lhistoire en train de se faire.
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Le modèle de Braudel repose sur la
constatation quil est impossible de comprendre le déroulement
de lhistoire à partir de linterprétation habituelle selon
laquelle les événements se déroulent sur un même plan; il suggère de
considérer plutôt lhistoire comme un phénomène tridimensionnel,
en fonction de trois niveaux:
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BRAUDEL,Fernand;
Écrits sur lHistoire
(éd. Flammarion).
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1. Le temps long:
la toile de fond de lhistoire,
ou larrière-plan du décor.
Cest, comme lécrit
Braudel, "le temps de lhistoire quasi immobile, celle
de lhomme dans ses rapports avec le milieu qui lentoure;
une histoire lente à couler et à se transformer, faite bien souvent
de retours insistants, de cycle sans cesse recommencés".
À ce niveau, le temps semble permanent
et en quelque sorte immobile.
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2. Le temps moyen ou "temps social":
au milieu de la scène.
Cest "une histoire
lentement rythmée, on dirait volontiers, si lexpression navait
été détournée de son sens plein, une histoire sociale, celle des groupes
et des groupements".
Devant le décor de larrière-plan
viennent donc se jouer en de longues périodes les évolutions spécifiques
du temps social, faites davantage dévolutions que de changements.
3. Le temps court ou "temps individuel":
à lavant-plan.
Cest "lhistoire
traditionnelle, à la dimension non de lhomme mais de lindividu,
lhistoire événementielle [...]: une agitation de surface, les
vagues que les marées soulèvent sur leur puissant mouvement. Une histoire
à oscillations brèves, rapides, nerveuses."
Autrement dit, à lavant-scène
sactualise le temps des événements caractérisés par linstantané
et léphémère.
Lintérêt de ce modèle
tient simplement à ce quil nous libère dune vision linéaire
et nous invite à voir lhistoire de façon globale.
Le temps en général exprime
la coïncidence des trois durées: longue, moyenne et courte, tenant
ainsi compte de vitesses variables dans les modifications humaines
repérables. Cest cette coïncidence, mais telle quelle
se trouve réfléchie par les médias, que la grille dévaluation
de la programmation (et du contenu des émissions) permet dexaminer.
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Il ne sagit pas ici de juger de la qualité de la programmation
à partir dune interprétation simpliste selon laquelle les émissions
se définissant au niveau du temps court seraient médiocres; celles se
définissant au niveau du temps moyen, utiles; et celles, enfin, se définissant
au niveau du temps long, parfaites... Ce serait donner dans lélitisme
et ne pas tenir compte de la nature des médias qui est, par définition,
de sadresser à un grand nombre de personnes.
Le discours des médias en général,
comme lhistoire dont ils sont le reflet, se définit aux trois
niveaux à la fois. Mais dans quelle proportion? Et comment faut-il
interpréter le mandat de tel diffuseur en fonction des trois niveaux?
Et ce, aussi bien au plan de la programmation quà celui du contenu
des émissions.
Cest ce que la grille permet
déclairer. Rien de plus.
En général, par exemple, les nouvelles
sont du niveau du temps court. Ce sont les événements. À ce niveau,
on répond aux questions: qui? quoi? où? et quand?
Les commentaires sont du niveau
du temps moyen: évolution sociale, économique, etc. À ce niveau, on
répond aux questions: pourquoi? et comment?
Dans le cas où on approfondit davantage,
on se retrouve au niveau du temps long: celui de la réflexion,
par exemple, sur la nature humaine, sur le sens de la vie, etc.
Les émissions religieuses, en principe,
se définissent au niveau du temps long. Par exemple, la place de lhomme
dans lunivers; la dimension spirituelle; etc. Dans quelle mesure
doivent-elles se définir aussi au niveau du temps moyen? Par exemple,
le rôle social de lÉglise. Ou encore, à celui du temps court?
Par exemple, un pélérinage à Ste-Anne-de-Beaupré.
Dans les médias de masse, il paraît souvent
souhaitable daborder les questions à partir du temps court pour
ensuite les orienter en fonction du temps moyen et du temps long.
Ce que faisait Pivot, pour la littérature, à lémission "Apostrophe".
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Evil, Does it exist or
do bad things just happen? Time
Vol. 137, No 23
"La science a-t-elle redécouvert
Dieu?", Nouvel Observateur
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On peut aussi procéder dans lautre
sens: poser la question au niveau du temps long pour ensuite laborder
à celui du temps moyen et même du temps court. Cest lapproche
adoptée par Time pour son dossier sur "Le
Mal" , ou encore celle du Nouvel Observateur pour
son dossier: "La science a-t-elle redécouvert
Dieu?" Une analyse de contenu
sommaire permet de constater que, dans les deux cas, le sujet du dossier
qui se définit au niveau du temps long fait lobjet de commentaires
au niveau du temps moyen et de rappels dévénements récents qui
sont du niveau du temps court. Ce qui en fait des dossiers accessibles.
Je reconnais aussi le même souci dans plusieurs des émissions de PBS.
En somme, cette grille permet de
retourner la question complexe du contenu des médias et de la considérer
pour ainsi dire sous tous ses angles ad infinitum.
Il y a culture et culture...
À lusage, on se rend compte
que cette grille offre aussi lavantage darticuler habilement
le rapport entre la notion de culture de masse, ou culture mosaïque
(qui se définit le plus souvent au niveau du temps court, parfois du
temps moyen) et celle de culture générale ou humaniste (qui, par définition
est du niveau du temps long) dans loptique dune intégration
intelligente.
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