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Magie du microcosme


de l’intérieur vers l’extérieur

Je dois à mes chiens la découverte de la nature. Pendant plus de vingt ans, jour après jour, je les ai promenés en pleine nature. (Mais on vient à ne plus savoir au juste qui promène qui...) En toutes saisons et par tous les temps. Ce qui m’a valu plusieurs belles expériences de ‘communion avec la nature’. C’est une de ces expériences que je veux partager avec vous. Une expérience que je n’hésite pas à qualifier d’initiatique. Elle m’a valu en effet de renaître à un niveau de conscience plus élevé.


Chaque printemps, un miracle se produit. Nous en sommes tous témoins. Mais le plus souvent sans porter attention. C’est que notre état habituel est le sommeil.

J’ai eu un jour la révélation de ce miracle. Je l’ai vu s’opérer sous mes yeux. J’avais à l’époque l’habitude de terminer mes promenades dans une clairière où je m’attardais quelques minutes, parfois davantage, pour ensuite m’engager sur un sentier étroit et tortueux au bout duquel je retrouvais ma voiture. À la faveur d’un tournant, je devais écarter quelques branches au-dessus du sentier, toujours les mêmes. Ce matin-là, j’ai remarqué que l’une de ces branches portait ici et là quelques renflements discrets que je ne pensais pas avoir remarqués les jours précédents. Mais je ne m’y attardai pas. Le lendemain, il m’a semblé que ces renflements étaient plus pointus. J’ai pensé : ce sont les premiers bourgeons. Mais je ne m’y attardai pas davantage. Les jours suivants, pourtant, je suis devenu le témoin de la croissance étonnante de ces bourgeons. J’ai d’abord vu apparaître une petite fente au sommet de ces renflements; puis, le lendemain, la pointe de ce qui allait devenir une toute petite feuille d’un vert tendre. Quelques jours plus tard, la croissance se poursuivant, j’ai vu qu’il s’agissait en fait de quelques feuilles repliées sur elles-mêmes et toutes plissées qui formaient comme un cône.

Mon intérêt allait grandissant. Ces quelques bourgeons m’étaient devenus familiers. J’étais accroché. Tous les matins je m’arrêtais pour évaluer leur croissance. Si la journée précédente avait été froide et grise, je constatais peu de progrès, voire aucun. Si, au contraire, la journée avait été relativement chaude et ensoleillée, la magie avait opéré.

C’est ainsi que d’un jour à l’autre j’ai vu s’ouvrir les petits cônes, puis trois petite feuilles toujours d’un vert tendre sont apparues pour devenir quelques jours plus tard des feuilles un peu plus grandes. Plus loin, c’est une petite branche que j’ai vu pousser. Qui s’est elle-même donné quelques bourgeons que j’ai vu éclater. Et d’autres feuilles sont apparues. Et d’autres encore. Partout alentour.

Un matin, comme le jour précédent avait été particulièrement chaud, j’ai constaté que les arbustes étaient tous couverts de jeunes feuilles. Et quelques jours plus tard, les arbres. Car les arbres se couvrent de feuilles plus tard afin de faciliter l’ensoleillement des arbustes. Les rites de la nature sont d’une grande rigueur. Le miracle s’était produit sous mes yeux. Car pour en être vraiment témoin, il faut pouvoir l’observer jour après jour : assister à l’opération comme au ralenti. Autrement, la nature magique du phénomène nous échappe.

Il s’agit en fait ici de l’opération du microcosme.

Le microcosme procède de l’intérieur vers l’extérieur. Il correspond à Cinq, nombre de la vie : de la nature, de la croissance triomphante. Du pentagone, du pentagramme. Ce que les Anciens appelaient la "natura naturans" – la nature en train d’opérer. (Et ce, par opposition à la magie du macrocosme qui procède de l’extérieur vers l’intérieur comme dans la cristallisation et qui correspond à Six, nombre de la perfection. De l'hexagone, de l’hexagramme. Ce que les Anciens appelaient la "natura naturata" – la nature ayant opéré, ou parvenue à un état d’équilibre.)

On peut donner à la ‘magie du microcosme’ de solides explications scientifiques. Mais elles ne recouvrent, selon moi, qu’une partie de la réalité. Il reste toujours que ce qui procède de l’intérieur vers l’extérieur doit bien venir de quelque part, procéder d’une dynamique interne, de la Source.

Pour les Anciens – je remonte ici à l’Antiquité –, la Nature était la manifestation du divin. Sans doute étaient-ils, du moins certains d’entre eux, plus attentifs que nous. Car tout cela : la vie, la mort et la renaissance, se passe sous nos yeux – manifestation de la Réalité même.

Je disais plus haut que cette expérience avait été initiatique. C’est peut-être beaucoup dire. Mais elle fut pour le moins l’occasion d’un éveil. Depuis, mon regard sur la nature n’est plus ce qu’il était. Comme si la Déesse avait retiré quelques-uns des voiles qui la recouvrent aux yeux du profane, me permettant ainsi de voir, au-delà de la perception habituelle, la Réalité à l’œuvre.

C’est du moins ce qu’il me semble.

Aussi faut-il développer l’attention et l’investir dans l’observation du miracle de la vie. Mais peut-être est-il nécessaire pour y parvenir d’avoir un chien pour guide.

Comme dans le monde des aveugles.

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