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Extrait d'un article de Erin Anderssen,
Le Courrier de l'UNESCO, juillet-août 1998. |
"La pêche a excédé la
reproduction naturelle des poissons. Les savants refusaient d'admettre qu'ils n'étaient
pas infaillibles et, chaque fois qu'il fallait prendre une décision, c'est la
rentabilité qui l'emportait sur la conservation, l'économie qui passait avant
l'écologie. Personne n'a cherché à défendre l'espèce menacée."
Richard Haedrich
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L'épuisement des réserves halieutiques a plongé dans le marasme toutes les communautés
de Terre-Neuve qui vivaient exclusivement de la pêche à la morue. Aujourd'hui, sans
autres ressources que les subventions gouvernementales, les pêcheurs ruminent leur
colère et se demandent comment on a pu tuer la poule aux ufs d'or. "C'est
l'appât du gain, qui a tué la morue, accuse Richard Haedrich, éminent biologiste de
la mer à l'Université Memorial de Terre-Neuve. Les gens ont voulu trop gagner."
Mais les marins pêcheurs ne sont pas les seuls
responsables. Si les réserves halieutiques sont épuisées, c'est certes la faute de ces
derniers devenus trop performants, mais aussi de savants aux certitudes trop arrêtées et
de politiciens qui n'ont pas su prendre à temps les décisions qui s'imposaient.
Lorsqu'en juin 1992, le ministre de la pêche John
Crosbie, s'est enfin décidé à interdire la pêche dans l'extrême Nord, condamnant
ainsi au chômage 40 000 Canadiens qui faisaient vivre une industrie très prospère,
avec un chiffre d'affaire annuel de 500 millions de dollars, le mal était déjà
fait. Il n'y avait pratiquement plus de morue, la surexploitation ayant transformé en
désert l'une des zones de pêche les plus poissonneuses de l'océan Atlantique. En même
temps, le ministre s'était efforcé de rassurer les pêcheurs en parlant d'un moratoire
de deux ans. Mais au bout d'un an, force était de constater qu'il faudrait au moins une
décennie pour reconstituer les réserves naturelles. Six ans plus tard, l'état de ces
dernières est plus alarmante que jamais, si bien qu'un porte-parole des pêcheries a
même parlé d'un "désastre apocalyptique". Le Canada vient d'inscrire
la morue sur la liste des espèces vulnérables. |