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La naissance de lindividu,
pour autant que lon sache, se serait produite au moment de léveil
de la conscience chez lhominidé. Lévolution se manifeste par
une autonomie individuelle de plus en plus grande. Lindividualisation,
qui représente une des tendances majeures de lévolution, se traduit
en principe par laffirmation de lindividu face au collectif.
Je serais donc mal venu de préconiser un retour au tribalisme primitif...
Et telle nest pas mon intention.
Mais depuis le début
de la révolution industrielle nous avons assisté à une accélération du
processus dindividualisation : plus spécialement avec lavènement
de la société de production/consommation, alors que ce processus se serait
pour ainsi dire déglingué jusquà devenir une forme de sérialisation :
il en va désormais des êtres comme des objets produits et consommés en
série. De toute évidence, lindividualisation dans le contexte socio-économique
actuel nest plus ce quelle était. Elle paraît même désormais
comporter pour lindividu un risque grave : celui dêtre
de plus en plus isolé par rapport aux autres et, pour cette raison même,
menacé daliénation : on tend à remplacer le partage, léchange,
linteraction généreuse des individus, par des rapports mécaniques,
bureaucratiques, technocratiques.
Laugmentation des
états de mal-être me paraît témoigner de lisolement. Ce nest
plus seulement une menace mais une réalité qui simpose brutalement
à nous.
Cest sans doute
en réaction à cette situation que se multiplient depuis peu les entreprises
communautaires, les associations et les groupes dentraide. Au cours
des dix dernières années, le nombre de ces organisations a quadruplé.
On estime quil existe aujourdhui aux États-Unis plus de 500 000
de ces regroupements qui réunissent chaque semaine plus de 15 millions
de personnes : depuis les Prostitué(e)s Anonymes jusquà lAssociation
des maniaco-dépressifs, en passant les Cambodgiens victimes des Kmers
rouges... Ces regroupements, qui forment de véritables réseaux dobligations,
mettent laccent sur lentraide et la coopération, léchange
et le partage.
Cette nouvelle tendance
me paraît témoigner dun besoin collectif inconscient de revenir
à une forme de vie plus tribale, en réaction à la structure impersonnelle
de la société actuelle. Lindividu trouve dans ces entreprises communautaires
lencadrement qui lui permet de sépanouir.
Lhomme est un animal
social. Le plus social de tous les primates. Et cest dans un contexte
tribal que la plus grande partie de son évolution sest déroulée.
Pendant longtemps, lunité
de base a été la tribu : un groupe dindividus qui partageaient
le même territoire de chasse et de cueillette. Linteraction avec
ses semblables a été et demeure essentielle pour la survie physique et
psychique de lindividu..
Je crois que, sans pour
autant restreindre lautonomie, loriginalité, voire lexcentricité!,
nous devons, dans le contexte de la société post-industrielle, réinventer
les structures tribales dont lêtre humain a besoin. Car cette dimension
représente un facteur positif de bien-être pour les individus. De toute
évidence, un encadrement humain, et non pas bureaucratique ou technocratique,
est nécessaire pour léquilibre : lentraide et la coopération,
léchange et le partage que permettent les réseaux dobligations.
Lêtre humain, au
fond, demeure essentiellement tribal. Jen suis donc venu à penser
que nous devons désormais, sans renoncer au progrès que représente lindividualisation
et la croissance de lindividu, nous employer à le réinsérer dans
une structure plus tribale, afin de surmonter lobstacle que représente,
pour lexpansion de la conscience, la sérialisation des êtres.
Doù, à mon sens,
limportance considérable de la tendance au regroupement dans des
entreprises communautaires, des associations et des groupes dentraide.
La tribalisation, cest le meilleur moyen qui soffre
à nous pour changer le système : transformer lorganisation
en organisme, assurer une interaction ouverte et généreuse avec les autres.
Cest la voie du
cur.
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