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" La planète mise à sac ", Le Monde diplomatique, Manière de voir, N° 8.
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ODENT, Michel.
Tout se passe comme si lhomme, emporté par son évolution culturelle, cherchait à occulter sa dimension naturelle. |
Il y a de ça quelques mois, madressant à un groupe, je faisais état de la parution dun ouvrage remarquable dun homme que jestime grandement, le docteur Michel Odent, intitulé : Votre bébé est le plus beau des mammifères. Je pus alors observer que ce titre provocateur suscitait chez plusieurs une certaine répugnance. Ce nétait pas la première fois que je remarquais une telle attitude à légard de notre animalité. Il ny a pas de doute que le refoulement dont le corps a fait lobjet durant plusieurs siècles (et encore aujourdhui, quoi quon dise) témoigne pour le moins dun malaise par rapport à la nature en nous. Jen suis même venu à me demander si ce malaise nexpliquait pas aussi notre indifférence par rapport à la nature à lextérieur de nous.
Lévolution, cest évident, nest plus ce quelle était. Je parle ici de lévolution depuis le Big Bang, il y a de ça environ 15 milliards dannées. Rien de moins... À lorigine, la matière et lénergie se séparent. Et petit à petit la matière se complexifie, faisant apparaître de nouvelles propriétés. Puis la vie se manifeste : ce sont désormais les organismes vivants qui vont se complexifier. Jusquà lapparition de lhomme, lévolution est exclusivement commandée par la nature. Mais avec cette nouvelle espèce de primates, un nouveau type dévolution simpose. Sir Julian Huxley a été le premier scientifique à faire remarquer que lhomme, avec la conscience dêtre et le langage, possède désormais un mode exclusif dévolution, quil a appelé : évolution psychosociale. À toutes fins pratiques, la culture a pris la relève de la nature. Ce qui ne va pas sans une tension, parfois même une contradiction, entre les tendances innées et celles qui sont acquises. Tout se passe comme si lhomme, emporté par son évolution culturelle, cherchait à occulter sa dimension naturelle. Ce dont témoigne en particulier le refoulement dont le corps fait lobjet surtout depuis le début de notre ère en Occident; de même que le rapport désastreux que lhomme entretient, plus spécialement depuis le début de la révolution industrielle, avec son environnement. Entraîné par lévolution culturelle, nous avons même refoulé notre animalité au point de devenir le seul animal qui détruise son environnement avec le risque dentraîner par nos choix irresponsables notre propre destruction.
Comme le fait remarquer Edgar Morin : " Cest ici quil nous faut totalement abandonner la conception insulaire de lhomme : nous ne sommes pas des extra-vivants, des extra-animaux, des extra-primates. [...] Nous sommes des super-mammifères, des super-vertébrés, des super-animaux, des super-vivants. " Ce nest sans doute pas par hasard que lintérêt pour lécologie coïncide avec la redécouverte du corps. Car il sagit ici, en définitive, de deux aspects dune même démarche qui vise à une réconciliation avec la nature, à lintérieur comme à lextérieur de nous.
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