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De
la filiation
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Il
importe de se préparer toute sa vie à transmettre le message, la leçon.
Ce qui suppose de lintégrer et de le vivre avant de pouvoir le transmettre.
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Que je dise tout dabord que la génération spontanée nexiste
pas. Je ne suis pas spontanément apparu, avec mon questionnement, ma
démarche. Je viens de quelque part. Je minscris dans une filiation
dont je ne suis pas laboutissement. Lévolution mapparaît,
sur tous les plans, comme une course de relais. Jai repris le
flambeau de ceux qui me lont transmis et je memploie, tant
bien que mal, à le transmettre à mon tour.
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Avec le recul,
je me rends compte que je nai pas reçu de ceux qui mont précédé
un contenu, une idéologie, un message à transmettre, mais plutôt le sens
dun questionnement, dune démarche, dune quête qui doit
inspirer une attitude, une méthode en fonction dun engagement véritable
et qui, à une étape, doit comporter une transmission.
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Mes maîtres ont été nombreux. Jentends le
mot maître au sens large de mentor
: certains de mes professeurs, de mes employeurs ont joué ce rôle dans
ma vie. De même que certains individus croisés sur ma route. Bien quils
maient pour la plupart transmis aussi un contenu, tel nétait
pas lobjet essentiel de la transmission. Parmi les contenus, tel
poète célèbre dont jai été à un moment le confident ma appris,
par exemple, limportance des mathématiques : tel homme de théâtre
dont jai été lassistant, une théorie pour la direction des
comédiens : tel grand journaliste, une grille danalyse permettant
de cerner efficacement une question... Mais ce quils mont
surtout transmis, cest ce quils étaient. Car on ne communique
vraiment que ce que lon est. Le plus souvent, il est vrai, à la
faveur de la transmission dun contenu. Mais lessentiel se
trouve toujours au-delà du contenu. Chez lun, cétait lauthenticité,
lintégrité : chez un autre, la rigueur, le respect des autres,
etc. Dans lensemble, ils mont transmis la nécessité dune
grande exigence pour soi-même. Ils avaient en commun de maintenir la barre
haute. Dans une perspective de dépassement. Et ce, dans leur vie personnelle
comme dans lexercice de leur profession.
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Ils avaient aussi en commun dêtre à la fois
bien adaptés aux conditions qui leur étaient faites dans le monde mais
aussi, en même temps, assez peu conformistes. On parle ces temps-ci de
limportance de retrouver lenfant intérieur. Avec le recul,
mes maîtres me paraissent avoir poussé cette démarche jusquà entretenir
aussi en eux la dynamique particulière de ladolescent, pour ce qui
est du moins de la ferveur contestataire. Bien que suffisamment adaptés
pour assurer leur survie dans le monde, et même, dans le cas de certains,
pour parvenir à une certaine aisance, ils nen étaient pas moins
aussi des rebelles capables de remettre le système en question, dêtre
eux-mêmes des accidents dans le système : d'en provoquer le renouvellement
et le progrès.
De quel progrès
sagit-il ici? De celui de la conscience.
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Mes maîtres étaient, en somme, des humanistes au
sens classique du terme, des êtres dont le cheminement était
si on se rapporte à la définition " caractérisé
par un effort pour relever la dignité de lesprit humain et le mettre
en valeur ". Ce qui se traduit par un engagement qui implique
la nécessité dintervenir dabord sur soi une entreprise
dont on ne voit jamais le bout. Tel est le fondement de la démarche des
élites véritables, cest-à-dire conscientes de leurs devoirs.
Cest ce que
jai retenu de mes maîtres. Et ce que je memploie encore aujourd'hui
à intégrer, jour après jour, avec parfois limpression que je ny
parviendrai jamais... Cest pourtant cette entreprise dintégration
des valeurs transmises par mes maîtres et le souci de les transmettre
à mon tour ce qui comporte den être le meilleur véhicule
possible qui donnent un sens à ma vie, à létape où je
suis parvenu dans le temps.
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Propos
de Jacques Languirand
ayant fait l'objet d'une chronique parue dans
le Guide Ressources, Vol. 08, N° 05, janvier-février 1993
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