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Il est vrai que l'être humain est un animal
social. Pour être accepté par la société, pour avoir sa place, il doit
donc se conformer du moins relativement aux normes
sociales. Les comportements sont beaucoup plus conditionnés par les normes
en vigueur qu'on ne le pense; par le consensus de l'époque, de la culture...
" Tout le monde le fait, fais-le donc! ". Mais jusqu'où
peut-on se conformer sans perdre son autonomie et sa liberté? C'est là
la question. La pression exercée par le milieu est telle qu'il est difficile
de s'y soustraire, même relativement, sans être perçu comme déviant et
risquer l'exclusion. Mais la difficulté de résister au processus d'intégration
est d'autant plus grande que nous percevons mal les normes qui nous gouvernent.
Comme le poisson ne perçoit pas qu'il est prisonnier d'un aquarium. Surtout
à notre époque, du fait qu'elles sont puissamment renforcées par les médias.
On dit même de notre
société post-industrielle et technocratique qu'elle constitue un système
à intégration poussée. Et que cette société de masse tolère mal que l'on
soit différent de la norme, que l'on vive autrement de tout le monde.
Les normes sociales sont, en fait, perçues inconsciemment comme l'expression
du surmoi, c'est-à-dire du parent intérieur. Le groupe devient l'autorité
à laquelle se soumet l'individu au détriment de son autonomie. Alors que
c'est dans les choix individuels, dans la plus grande liberté de l'homme
que se trouve le salut.
On a vu apparaître depuis
peu le concept de normose. Un état de mal-être qui se situe quelque
part sur l'échelle des états de mal-être, par rapport à la névrose et
à la psychose... Ce n'est pas rien. On peut définir la normose comme une
adaptation par la soumission. Or, être soumis c'est être en inhibition
d'action pour reprendre la formule du biologiste Henri
Laborit. L'état d'inhibition par rapport à celui d'activation entraîne,
entre autres, un affaiblissement du système immunitaire.
C'est à un des pionniers
de la psychologie transpersonnelle en France, Jean-Yves Leloup, que l'on
doit ce concept de la normose, repris depuis et développé par Pierre Weil
qui le définit comme " [...] un ensemble de valeurs et de
comportements habituels, qui mènent à la souffrance physique ou morale,
à la maladie ou à la mort ". Il ajoute plus loin :
" [...] cet ensemble ou système est renforcé par un consensus
qui le place dans une catégorie de normalité ".
3e Millénaire,
nos 30 et 33
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Mais cette question n'est pas aussi nouvelle
qu'on pourrait le penser. Déjà, Roberto Assagioli, le père de la psychosynthèse,
attirait l'attention sur le piège de la normalité plus spécialement
dans une démarche psychospirituelle : " Cette normalité
est une 'médiocrité' qui n'admet pas, voire condamne, tout ce qui se trouve
hors de ses normes et le considère ainsi comme 'anormal', sans tenir compte
de ce que beaucoup des comportements soi-disant 'anormaux' sont en réalité
des commencements ou des tentatives pour dépasser la médiocrité ".
Roberto
Assagioli,
Le développement transpersonnel
(éd. Epi/Desclée de Brouwer)
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" L'homme normal est la mesure
idéale pour ceux qui échouent dans la vie, pour tous ceux qui sont
encore au-dessous du niveau général d'adaptation; mais pour ceux qui
ont des possibilités bien supérieures à l'homme moyen, l'idée, la
pensée restrictive, d'être seulement normaux constitue une torture
[...], un ennui insupportable, un enfer sans espérance. "
Carl Jung
L'homme à la découverte de son âme (éd. Albin
Michel).
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