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Plus je me familiarise
avec ce phénomène transcendant, plus les attributs divins d'Internet m'apparaissent
incontestables... Comme Dieu, Internet est à la fois un et multiple. Il rassemble
en un tout ce qui est divisé. En quoi il évoque irrésistiblement le corps mystique
du Christ. Que dis-je? Il est le corps mystique. Et par ailleurs rien n'est plus
semblable au monde comme Dieu l'a créé que le produit d'Internet: c'est, comme
le disait Esope à propos de je ne sais plus quoi, " la meilleure
et la pire des choses ".
D'ailleurs
n'est-il pas évident que tout ce que représente Internet se trouvait déjà dans
le Nouvel Age une autre simulation de Dieu. Lorsqu'on parle du projet
caressé par les fidèles d'Internet d'unifier la planète, de la contenir en un
seul réseau, ne s'agit-il pas de la réalisation du grand rêve holiste (ou holistique)
du Nouvel Age? Internet serait, en définitive, l'aboutissement technologique de
la pensée du Nouvel Age. Pour
les fidèles d'Internet, le bonheur est dans la connectivité, j'allais dire la
communion des individus comme qui dirait : la communion des saints
par les réseaux, le monde devenant ainsi un grand tout participatif. Ne sommes-nous
pas devant un phénomène religieux? Et comme il s'agit par ailleurs de connexions
quasi instantanées et simultanées, ne sommes-nous pas devant un phénomène qui
ressort à la pensée magique? Et comme il faut, pour en être, posséder les clés
qui permettent de franchir les arcanes et maîtriser le langage des initiés, ne
s'agit-il pas ici de caractéristiques propres aux sectes? Avec
le recul de l'âge qui ne comporte pas que des désavantages
je vous dirai que le monde d'Internet m'est curieusement très familier. Sous des
dehors qui donneraient à penser que l'on doit ce phénomène aux yuppies
de pure obédience matérialiste, je constate qu'il s'agit en fait d'une création
des hippies : Steve Jobs, un des créateurs de l'ordinateur personnel
(Apple puis Mac) a les cheveux longs, est végétarien et médite tous
les jours; Stewart Brand, cofondateur de la Hackers Conference et de Well,
un système de téléconférence, a créé à l'époque (l'autre) The Whole & Earth
Catalogue; Mitch Kapor, concepteur de Lotus 1, 2 et 3, quant
à lui, était instructeur de la Méditation Transcendantale. Le
monde d'Internet m'est tellement familier qu'il me fait parfois un effet de déjà
vu, comme disent les anglophones. Je ne peux pas parcourir un numéro de Wired
(on ne lit pas vraiment ce magazine, on le parcoure) sans trouver une mention
de Marshall Macluhan, ou de Buckminster Fuller, les gurus d'un autre âge. J'y
ai même trouvé à deux reprises des citations de (vous ne devinerez jamais!) Teilhard
de Chardin à propos (de quoi? oui, de quoi? Je vous le donne en mille) de convergence
vers le point oméga! Rien de moins. Dans
le magazine Time (no spécial: " Welcome to cyberspace "
printemps 1995), j'ai trouvé cette phrase qui résume tout: " [...]
l'âge de l'information va porter la marque de la contre-culture des années '60
pendant un bon moment dans le troisième millénaire. " J'espère
seulement que cette nouvelle simulation de Dieu ne connaîtra pas le sort des précédentes
et qu'à propos d'Internet il n'y aura pas lieu de citer comme je l'ai fait déjà
à propos du Nouvel Âge cette réflexion de la marquise Du Deffand: " Une
grande idée lorsqu'elle tombe dans un petit esprit, elle en prend le contour. " Et
puis, pourquoi pas? Comme me le disait un jour un chauffeur de taxi parisien à
propos de tout: " Qu'est-ce qu'on en a à foutre?! " Dieu
étant essentiellement protéen, Il prendra un nouveau visage, et puis un autre,
et puis encore un autre une simulation après l'autre et
autant qu'il en faudra en attendant qu'Il puisse un jour être vu pour Lui-même.
(Formule foutrement
nouvelâgeuse! Tant pis... puisque nous sommes entre fidèles d'Internet)
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