L'engagement : gage de bonheur!


Il me semble que j'ai toujours su que dans la vie je devais m'engager. Que mon engagement allait donner un sens à ma vie. Une certaine cohérence. Il me semble même que, plus jeune, c'est à quoi je me préparais : à m'engager en fonction des autres, pour servir, mais aussi pour tirer de cet engagement l'estime de moi-même dont je savais avoir besoin. Car l'estime de soi est à la fois source d'énergie et de satisfaction, peut-être même (si j'ose l'écrire)... de bonheur!

Comme le soulignent Lise Dubé, Sylvia Kairouz et Mathieu Jodoin, psychologues de l'Université de Montréal, dans un article de La Revue québécoise de psychologie, vol.18, no 2, 1997.


Cela dit sans prétention. Car je n'ai rien inventé. Le sentiment de l'importance de s'engager m'est venu de quelques adultes que j'ai côtoyés. Mais ce n'est pas tant leurs discours que leur propre démarche qui m'a éclairé sur l'importance de l'engagement. Un incident de ma jeunesse me revient qui, avec le recul, me paraît avoir eu sur moi un effet déclencheur. Je devais alors avoir à peine plus de quinze ou seize ans. C'était au début des vacances d'été, au moment où je me cherchais un emploi. Un matin, je reçois la visite d'un grand - étudiant comme moi mais qui, lui, achevait ses études secondaires. Il me dit : "J'ai besoin de toi... " Mais il ajoute aussitôt : " Je n'ai pas dit : j'ai besoin de quelqu'un, mais bien : j'ai besoin de toi... Tu fais la différence? " Je pouvais faire la différence. Et c'est ainsi que je me suis trouvé engagé pour l'été dans une aventure exaltante, en qualité de moniteur de jeu dans ce qui a été l'un des premiers service de loisirs pour les jeunes au Québec. Du coup, je venais d'être initié à l'engagement. Sans compter que c'était aussi l'époque où je découvrais l'oeuvre d'Antoine de St-Exupéry, qui me paraît aujourd'hui reposer sur l'idée de l'engagement, avec ses héros, les pilotes et tous les engagés des premières années de l'Aéropostale dont l'objet était de transporter le courrier, le plus souvent la nuit, dans des conditions très exigeantes. Quel été ce fut pour moi!

L'être humain est un animal social. Comme le rappelait l'empereur-philosophe Marc Aurèle : " Nous vivons tous les uns pour les autres ". Au cours de l'évolution, l'entraide et la coopération ont joué un rôle au moins aussi important et peut-être plus que la compétition. Il n'est donc pas surprenant que des recherches démontrent que l'engagement est un important facteur de bonheur.

L'engagement consiste à s'investir dans une démarche, une activité, une vision, une cause, un projet, une relation... Ou tout simplement dans son travail mais que l'on aborde alors avec une ferveur particulière. Bien que l'engagement est souvent pris en fonction de l'autre: de la société, d'un groupe, d'un individu. Il fait alors appel au sentiment social. Il peut aussi représenter un défi à relever. À chacun son Everest!

 

"II y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur."
Alain,
Propos sur le bonheur


L'engagement, en somme, c'est l'obligation que l'on s'impose de maintenir une ligne d'action qui détermine les attitudes et les comportements ultérieurs. Et ce, en dépit des difficultés, des obstacles. L'engagement fait souvent appel au courage, une vertu qui suppose la force de maintenir le cap contre vents et marées, de poursuivre en dépit de tout ce qui menace la détermination.

L'engagement représente une des qualités fondamentales du guerrier - au sens où je prends ce mot. Pour moi, le guerrier doit d'abord vaincre l'ennemi intérieur : ce qui résiste à s'ouvrir, à donner, à s'engager. Car, en un sens, c'est toujours aussi par rapport à soi que l'engagement est pris. Ce qui comporte l'avantage, si on tient bon, de renforcer l'estime de soi mais aussi, forcément, le risque de l'ébranler, si on ne va pas jusqu'au bout de son engagement.

Par l'engagement, on donne un sens à sa vie. C'est la promesse ou I'obligation de maintenir une ligne d'action.

L'individu avec un fort potentiel d'engagement est donc décrit comme ayant :

- une grande capacité d'enthousiasme devant plusieurs choses de la vie - qui représente - l'élément positif :

- une grande capacité de persévérance, en dépit des obstacles rencontrés et des sacrifices nécessaires - l'élément négatif :

- une grande capacité à réconcilier le positif et le négatif des choses de la vie - I'intégration ou la synthèse des deux premiers.

 

 

Lise Dubé, Sylvia Kairouz et Mathieu Jodoin, La Revue québécoise de psychologie, vol.18, no 2, 1997.


" Pour être heureux dans la vie, il faut composer avec les circonstances de notre existence, avec son lot de joies et de peines. L'engagement est peut-être une façon d’accepter qu’il faut parfois souffrir pour être heureux. En offrant la possibilité d'exprimer nos valeurs personnelles, de donner un sens à nos souffrances, I'engagement permettrait donc le bonheur. "

 Je retiens de ces études qu'il y a un lien important entre la capacité d'engagement et le niveau de bonheur. Plus une personne est capable d'engagement, plus grand est son niveau de bien-être personnel et plus elle se considère heureuse. Autrement dit, la capacité à s'engager est un facteur plus important que l'âge ou la génération pour prédire le niveau de bonheur.

Mais ce qui me trouble le plus dans ces études, c'est de découvrir que, ces années-ci, plus on est jeune moins on est porté à l'engagement. D'une étude qui porte sur trois générations de femmes, il ressort que les aînées, que l'on nous présente comme la génération des grands-mères, sont plus engagées que celle des mères qui le sont, elles-mêmes, davantage que les filles. Ce qui revient pour moi à dire qu'en général les jeunes seraient moins doués pour le bonheur... Et ce sera, à regret je dois le dire, ma propre conclusion.


Retour au début© Jacques Languirand
Chronique parue dans le Guide Ressources,

Vol. 13, N° 04, décembre 1997