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Comment choisit-on de porter vaillamment son destin alors que dautres sont, toute leur vie, comme traînés au supplice par leur destin? Là se trouve la question. |
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Larticle auquel je fais allusion a paru dans La recherche (Nº 308, avril 1998). |
Je naurais pas osé, il y a encore quelque temps, exprimer cette opinion aussi crûment Mais jai trouvé, dans luvre de léthologiste Boris Cyrulnik, que le mot résilience définit bien la notion dont je parle ici. Il aborde cette question dans un article récent, évoquant une recherche entreprise en 1938 par deux chercheurs américains. Sur une période de 50 ans, ces derniers ont suivi 204 étudiants de Harvard, âgés de 18 ans au début de lexpérience. Ces jeunes gens étaient tous issus de familles " fortifiantes et venaient dêtre acceptés dans une glorieuse université ". En 1990, les chercheurs constatèrent que 23 des sujets étaient morts avant lâge de 60 ans, dont cinq à la guerre. Cyrulnik remarque que parmi les survivants, ceux qui avaient eu lenfance la plus dure avaient su utiliser les mécanismes de défense les plus efficaces : la sublimation, le contrôle des affects, laltruisme et lhumour. Pourquoi donc les épreuves, chez certains jeunes, réussissent-elles à enraciner des mécanismes de défense dont ladulte va bénéficier plus tard? (Afin de trouver une réponse valable à cette question, Cyrulnik suggère que des chercheurs de disciplines différentes dans le cas qui nous intéresse, des biologistes et des sociologues apprennent à collaborer. Mais là nest pas mon propos ) | |
Alors, quoi? Faudrait-il rendre la vie plus difficile aux jeunes? On pourrait sinspirer des sociétés dites traditionnelles (amérindiennes et autres ) qui soumettaient leurs jeunes à certaines épreuves initiatiques. Symboliques, donc, bien que souvent très proches de la réalité! Comme celle, par exemple, de survivre seul en forêt pendant un mois Quand remonte mon enfance, cest une inébranlable détermination et la conscience de ma responsabilité personnelle comme seuls facteurs de ma survie que je retrouve en moi. Non sans un fond de colère, je le reconnais. Mais la colère est une énergie quil faut apprendre à canaliser dans la motivation. Par quel déclic devient-on résilient? Comment choisit-on de porter vaillamment son destin alors que dautres sont, toute leur vie, comme traînés au supplice par leur destin? Là se trouve la question. Quest-ce qui fait que certains sont résilients alors que dautres, à lautre bout du spectre, souffrent de " victimite "? Car cest bien cette antinomie qui me vient à lesprit : les résilients agissent et les victimes, au mieux, se contentent de réagir. Je suppose que, chez les résilients, limmunité relative à la souffrance, ou plutôt la capacité à lassumer, vient du constat que la vie est difficile pour tout le monde, tout simplement, et que de se plaindre à tout venant finit par lasser les alliés. Cest du moins ce que je crois. Jai fait pour moi-même lexercice de trouver le sens des mots résilient et résilience : | ||
Cest,
bien sûr, au sens figuré du mot anglais que je prends, tout comme Cyrulnik, ce
néologisme. | ||
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