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Alimentation

   


Entre la naissance et la mort, ce qu’il y a de plus important ce sont les trois sources d’énergie : la lumière, l’air, la nourriture.

   
Depuis la révolution industrielle (fin du XVIII e siècle), on peut dire que l’évolution dépend de moins en moins de la nature et de plus en plus de la culture. Autrement dit, la suite du monde dépend de nos choix.

C’est dans cette perspective que nous devons considérer la nourriture – qui est, à mon sens la question capitale. La suite du monde dépend désormais, de nos réponses.

   


" Si tous les généraux avaient été efficaces,
où en serions-nous ?"

Bertrand Russell

 


Les multinationales agroalimentaires visent une productivité maximale. L’efficacité, soit! Mais à quel prix ? C’est la question. La technologie et en particulier les interventions transgéniques, quant à moi, je suis ni pour ni contre – bien au contraire. Je ne dois pas être le seul à ne pas pouvoir me faire une opinion sans arrière-pensée. Ni pour ni contre, en effet. Pour le progrès ? Certes. Mais quel progrès ! Et surtout pour qui ?

Je me souviens de l’époque ou l’agriculture, c’était simple. Presque sans histoire. Aujourd’hui, le monde devient de plus en plus complexe. Je dois m’entraîner à la pensée complexe. Mais pour certaines questions, je prends la mesure de mon incompétence. Je suis incompétent en génétique, en aéronautique, en chimie organique… Une plante n’est plus ce qu’elle était, un cochon non plus, le sirop d’érable encore moins. Est-ce le progrès ?

Je suis ni pour ni contre. Et surtout, ai-je le choix ?

Je dois donc m’en remettre aux experts. Est-ce rassurant ? J’en trouve des deux côtés. Et ces experts, ce sont les experts de qui ? Pour qui travaillent-ils ? Pour la science ? Pour la société ? Pour l’économisme ?

Je vois bien les avantages de certaines interventions. J’en vois aussi les inconvénients.

   


À propos de tout, je souhaiterais un moratoire.
Que l’on arrête tout pour une dizaine d’années,
le temps de voir venir.
Mais je rêve.
Le progrès c’est le progrès.
Et tout va de plus en plus vite.

 
En matière d’OGM, voici ce qui me vient à l’esprit : ou bien il n’y a rien ou peu à craindre ; ou bien, il y a tout ou beaucoup à craindre.

Je dirais que, dans la mesure ou la méthode scientifique est respectée au niveau des protocoles, en particulier si toutes les informations sur les recherches sont communiquées, il n’y aurait sans soute rien ou peu à craindre ; en revanche, si l’économisme continue de déterminer les choix et que les multinationales, parviennent à contourner les gouvernements nationaux, mettant en péril les démocraties dont l’autonomie est déjà érodée, il y a tout ou beaucoup à craindre.

Les institutions comme telles n’ont pas le sens de l’éthique. Seuls les individus qui en font partie déterminent les politiques peuvent avoir le sens de l’éthique. Hélas ! on ne peut pas compter que le sens de l’éthique vienne d’en haut. C’est du moins ce que démontre l’expérience. Il doit donc s’élever du bas vers le haut.

Pour être producteur agricole on n’est pas moyen citoyen.

Je m’étonne toujours de constater jusqu’ici quel point nous – le monde ordinaire – devons exercer une grande vigilance à tous les niveaux d’intervention. Et ce, même auprès d’instances qui ont été conçues pour assurer la protection de la société/ collectivité.

A une époque ou tout est en transformation constante, trop rapide même, nous devons à la fois nous adapter au changement tout en assurant une grande vigilance : se souvenant que, dans le doute, on doit freiner. L’obsession de la croissance économique ne doit pas nous déborder au point de ne plus pouvoir exercer de contrôle sur le présent et sur l’avenir de nos enfants.

Mais je dois aussi parler de nouvelles tendances en alimentation.

 

 

Le végétarisme

Je suis végétarien ou plutôt semi-végétarien, c’est-à-dire ovo-lacto-végétarien, sans compter qu’il m’arrive de manger du poisson et des fruits de mer. Je devrais donc plutôt dire que je ne mange pas de viande. Ce serait plus simple. En précisant mon orientation je vous rends libres de penser que mes propos sont biaisés.

Le végétarisme et de plus en plus important. On estime à environ 7% ou 8% la part du marché que représentent les végétariens. Sans compter que de plus en plus de gens mangent moins de viande.

Les raisons pour devenir végétarien sont nombreuses. Parmi lesquelles :

  • Les raisons de santé ; (à partir de ce qu’on appelle le régime méditerranéen.)
  • Les raisons écologiques : le rapport improductif de la transformation de protéines végétales en protéines animales, etc…
  • Les droits des animaux. La question éthique impose de plus en plus, au fur et à mesure que l’apparentement génétique de l’homme et des animaux se précise : par exemple, il n’y a qu’une différence de un pour cent entre les gènes des grands singes et nous.

Par ailleurs, après avoir longtemps cru que les animaux n’étaient que des " machines " (opinion de Descartes) on découvre qu’ils ressentent les mêmes émotions que nous.

   

 
Pour une psychanalyse du mangeur.

On est ce qu’on mange. On est (psychologiquement) ce qu’on mange.
Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es … dans la tête ! 

 

     

La pensée symbolique

Le plus souvent nous achetons des voitures de certaines marques pour le statut social ; nous portons des vêtements pour témoigner de notre appartenance à un groupe, à une classe : et nous mangeons certains aliments pour leur valeur symbolique. Car les aliments sont aussi des symboles. Au-delà de leurs valeurs nutritives, ils véhiculent des valeurs culturelles.

Je me suis à un moment demandé s'il était possible de se libérer de toute forme de projection sur les aliments. Le mécanisme de la projection est pour ainsi dire indissociable de la perception des choses, des êtres, du monde en général. C'est la projection, c'est-à-dire ce qu'on investit dans les choses, les êtres et le monde en général qui le rend cohérent et lui donne un sens. Il nous est donc impossible de considérer quoique ce soit de façon objective, parce que le fait même de considérer quelque chose suppose une subjectivité.

À une extrémité : la mère, la famille, la culture régionale, etc. ; à l’autre, l’apport de plus en plus important, à notre époque, des autres cultures, la mondialisation des goûts et des couleurs.

Nous aimons en général les aliments que nous servait notre mère…

   

Des goûts et des couleurs

Il existe trois liens sociaux fondamentaux : aimer, travailler et manger. Créer une société nouvelle, c'est redéfinir les valeurs par rapport à la vie affective, au travail et à la nourriture. C'est bien du reste à une redéfinition sur ces trois plans, à quoi nous assistons aujourd'hui : la relation de couple et la vie de famille se redéfinissent, le travail de même et, petit à petit, les habitudes alimentaires.

La première nourriture vient, de la mère ; je dirais même comme le fait remarquer le professeur Jean Trémolières qu’elle est la mère : dans Diététique et art de vivre "Nous aimons en général les aliments que nous servait notre mère…"

C'est ainsi par exemple que je connais un homme d'action qui, dans ses moments de doute sur lui-même, ne trouve "le courage de reprendre le collier", comme il dit, qu'après avoir mangé une généreuse platée de pâté chinois comme lui en servait sa mère quand il était petit.

Aux habitudes alimentaires qui viennent de la mère et plus généralement de la famille, viennent s'ajouter, petit à petit, au fur et à mesure que l'enfant explore son environnement, celles que suggère son environnement social. À un moment de son évolution, l'enfant en vient à s'intéresser aux habitudes alimentaires des voisins, de ses compagnons, de ses compagnes de jeu, de ses camarades de classe. Et deviendra de plus en plus important pour lui de se conformer aux habitudes alimentaires de son milieu, ce qui contribue à définir son appartenance en tant qu'être social.

On peut considérer l’intérêt alimentaire à partir de la polarité : sécurité-stimulation

Trémolières, Jean;  Diététique et art de vivre (éd. Seghers).    

La symbolique alimentaire

"Nous nous mettons à table et nous choisissons nos aliments, poussés par des motivations psychosensorielles et symboliques qui ne sont reliées aux motivations biochimiques que par tout ce que nous ressentons. C'est à travers le double écran du tonus émotif et de la valeur symbolique que nous choisissons des aliments dans le but inconscient de combler des besoins biochimiques."

Jean Trémolières

 
Chacun de nous cherche dans son alimentation le type d'individu qu'il aime être ; si nous mangeons gras, c'est que cela conditionne le type d'individu survolté que nous avons choisi d'être.

Il suffit de constater jusqu'à quel point une information plus objective à propos de la nourriture parvient difficilement à s'imposer dans les esprits pour prendre conscience de l'existence en chacun de nous de la pensée magique. Si je vous demande par exemple "est-ce que la viande saignante est plus nourrissante, plus énergisante que la viande bien cuite ?"… à moins que vous ne connaissiez la réponse, les chances sont que vous répondiez par l'affirmative. Or il n'en est rien. Une viande saignante ne représente pas une source d'énergie plus grande qu'une viande bien cuite. C'est la pensée magique qui nous fait supposer qu'une viande saignante est plus nourrissante.

Cela revient à dire, en somme, que la dimension symbolique est très importante et qu'on doit en tenir compte. Ce qui suppose de changer ses habitudes alimentaires aussi en fonction de symboles qui se définissent à un niveau de conscience plus élevé. Car changer ses habitudes alimentaires, c'est intervenir au niveau de ses valeurs personnelles et, ce faisant, agir - relativement - au niveau des valeurs collectives. Quant à moi, par exemple, je préfère une alimentation plus traditionnelle parce qu'elle est associée à des valeurs qui me conviennent davantage que celles auxquelles est associée une alimentation carnée. Mes choix en matière d'alimentation, ce sont aussi des choix de valeurs. Je crois que la formule "on est ce qu'on mange" doit s'entendre au plan symbolique : je suis (associé), (ou je veux être associé) (à) ce que représente ma nourriture.

Or, la symbolique évolue avec les valeurs : dans la mesure ou la société se féminise, ce qui revient à dire : de moins en moins d’aliments associés symboliquement à la mâlitude – en particulier moins de viande rouge.

Quant à moi, il est maintenant trop tard pour que je meure jeune. C’est à mes petits enfants que je pense.

   
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