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les trois besoins fondamentaux

 

Sécurité

Stimulation

Identité

   

Les trois besoins fondamentaux de l'homme seraient : la sécurité, la stimulation et l'identité.

C'est la grille que nous propose Robert ARDREY, un écrivain interdisciplinaire, dont l'interrogation sur la nature humaine s'inspire de recherches faites aussi bien en anthropologie, en psychologie qu'en biologie...

Ce n'est qu'une grille. Mais une grille comme celle que nous propose ARDREY permet de prendre un certain recul par rapport au système que nous sommes. Il est toujours difficile de se regarder comme de l'extérieur. D'observer son propre comportement. D'en dégager les lignes de force.

Je propose de représenter cette grille par un ternaire:

  Identité  
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    sécurité                                         stimulation

On découvre que cette grille comporte deux termes qui sont à la fois opposés et complémentaires: la sécurité et la stimulation, l'un passif et l'autre actif, comme l'eau et le feu; et un troisième terme qui se définit à un autre niveau de fonctionnement et procède en partie de l'équilibre, de l'harmonie entre les deux premiers: l'identité.

Il faut d'abord examiner les termes de l'opposition.

Deux de ces besoins fondamentaux paraissent contradictoires. Et c'est peut-être de là que découle la difficulté d'être heureux, ou, plus simplement, la difficulté d'être, tout court:

       sécurité   <===========>  stimulation

On a besoin, à la fois, de rester chez soi et d'aller ailleurs; de rester sur sa terre et de participer à la ruée vers l'or; de se marier et d'avoir des aventures extraconjugales; d'être, à la fois, paysan et militaire; un moine contemplatif et un aventurier...

Chez l'homme primitif, la sécurité et la stimulation correspondaient à deux espaces, plus exactement à deux aires: la sécurité correspondait à l'aire de la reproduction, au cœur de la tribu, proche du centre, dominée par la femme; et la stimulation correspondait à l'aire de la chasse, excentrique, dominée par l'homme.

Mais il n'y a pas de contradiction. Il faut des deux aspects dans la vie. Il faut parvenir à un équilibre entre la sécurité et la stimulation. Le dosage entre les deux est affaire personnelle. Puisqu'il n'est pas le même pour tous. Certains ont besoin de plus de sécurité; d'autres, au contraire, de plus de stimulation.

Il importe donc, encore une fois, de se bien connaître.

  • Préférez-vous la pêche à la ligne ou le saut en parachute?
  • Lorsque vous vous baignez, entrez-vous dans l'eau petit à petit, ou préférez-vous y aller d'un plongeon?
  • Une bonne peinture, pour vous, c'est quoi? Une peinture qui vous stimule, voire qui vous choque, ou, au contraire, une peinture qui vous apaise?

Nous sommes, la plupart d'entre nous, attirés par les deux opposés, tantôt par l'un, tantôt par l'autre; avec, dans l'ensemble, un attrait plus prononcé pour l'un que pour l'autre.

Celui qui met l'accent sur la sécurité et celui qui met l'accent sur la stimulation, en principe, peuvent difficilement se comprendre; surtout s'il s'agit de types extrêmes.

Il est donc prudent de partir de cette prémisse, si on ne veut pas être déçu et si on souhaite trouver des accommodements. C'est important dans ses rapports avec les autres. Et plus particulièrement dans le couple...

     

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Pour comprendre notre besoin de sécurité, il faut remonter au ventre maternel: dans le ventre de la mère, tous les besoins sont satisfaits: on est à l'abri; on a la nourriture qu'il faut; la température est égale.

Et, surtout, le petit n'est pas abandonné à lui-même: il est rattaché, il participe à quelque chose de plus grand, qui le contient, qui le protège, qui le soigne. Comme le fruit est pris en charge par l'arbre. C'est une situation idéale. Nous en avons tous fait l'expérience. Et nous en avons tous la nostalgie. D'où notre besoin de sécurité.

Car, à la naissance, tout à coup, il y a rupture: je me retrouve séparé, abandonné à moi-même... Pas tout à fait, puisqu'on veille encore sur moi. Mais je dois crier, pleurer, faire des colères pour être entendu. Et je suis de plus en plus séparé de ce qui me contenait, me protégeait, me soignait... Je suis de plus en plus détaché. Il me faut un abri, me protéger du froid et du chaud, de l'humide et du sec. Il me faut de la nourriture; il me faut des visages et des lieux familiers; il me faut pouvoir compter sur mes proches; il me faut de la compréhension. De l'amour. Pour m'épanouir, il me faut d'abord un peu du ventre de ma mère. Il me faut pouvoir me rattacher. Il me faut de la sécurité.

la recherche de la sécurité

Une grande partie de la vie individuelle se définit en fonction de la sécurité. Dans la recherche de l'autre: non pas de l'être qui est différent, mais de celui qui me complète et qui me ressemble, à la fois, comme un autre moi-même. Et dans la recherche de ceux qui me ressemblent, qui pensent comme moi, - qui ont les mêmes valeurs.

Dans le territoire. Il me faut mon espace. Un espace où je suis chez moi; où il ne peut rien m'arriver. Dans la régularité de la vie qui se déroule. Dans une certaine stabilité, il faut une certaine sécurité pour que l'être s'épanouisse.

la solidarité humaine...

La sécurité, c'est aussi le bas de laine. Les économies. La prévoyance, afin de ne pas manquer de l'essentiel dans l'avenir.

À notre époque, la satisfaction du besoin de sécurité occupe une place importante dans la vie sociale. Ce sont les plans de retraite, les assurances maladies, etc... Il n'y a pas de doute qu'il s'agit d'un progrès. Puisqu'il y a aussi moins de souffrance. C'est le critère.

Il existe aujourd'hui une solidarité plus dynamique qu'autrefois. Cette solidarité se manifeste en particulier à travers les institutions que la démocratie a inspirées.

... mais l'État providence

Pour plusieurs de nos contemporains, l'État est devenu Providence. Nous assistons de plus en plus à la prise en charge des individus par l'État. Plusieurs de nos contemporains somnolent dans un état de mollesse et d'irresponsabilité. Il existe dans notre société des êtres qui sont des intoxiqués de l'assistance. Une fois pris en charge, un individu a des chances de devenir dépendant du système pour le reste de ses jours.

 

''... cette rage de la communauté de prendre en charge tous les risques possibles et imaginables, qui est en train de transformer les peuples civilisés en troupeaux d'assistés...''

Gérard BONNOT, La Vie, c'est autre chose (Médiations).

 

La pensée traditionnelle enseigne que l'individu doit se prendre en charge. La société peut le soutenir, elle peut l'aider à traverser une période difficile. Mais la société ne doit pas prendre l'individu en charge.

La règle paraît être la suivante: pour parvenir à un état d'équilibre, d'harmonie ou même de bonheur, les besoins fondamentaux doivent être satisfaits par l'individu lui-même. C'est précisément dans le fait que l'individu trouve à les satisfaire lui-même, ses besoins fondamentaux, qu'il peut s'épanouir.

Cet excès qui se traduit par une recherche collective presque maladive de la sécurité, au prix même de l'indépendance, de la liberté, de la stimulation, témoigne sans doute d'un malaise profond. Notre époque est instable. Les valeurs sont remises en question, même les valeurs traditionnelles: la virginité, la grossesse, le mariage, la famille... Le sens de l'éthique se perd. Le sens de la morale naturelle de même. Et les nouvelles valeurs qui surgissent on ne sait d'où, ni comment, sont incertaines.

Le changement est rapide. Il faut s'adapter de plus en plus rapidement à un changement de plus en plus rapide. On a du mal à suivre. Notre faculté d'adaptation ne parvient pas à se renouveler. Elle se fatigue.

Il y a chez la plupart d'entre nous une grande fatigue des mécanismes d'adaptation. Et, chez certains, plus que de la fatigue, je dirais une véritable usure: d'une certaine façon, ces êtres renoncent à s'assumer et veulent être pris en charge.

 

 

   

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Le besoin de stimulation, en terme d'évolution, est plus récent. Plus une forme de vie est primitive, plus elle a surtout besoin de sécurité. Il s'agit de survivre et de se reproduire. Alors que plus elle est évoluée, plus elle a aussi besoin de stimulation. Et plus elle est évoluée, plus ce besoin est grand.

Chez les mammifères, en particulier, le besoin d'explorer l'environnement physique et social est grand. D'autant plus grand que l'espèce se trouve à un échelon élevé de l'évolution. C'est donc dans l'espèce humaine qu'on trouve la plus grande curiosité et le plus grand besoin d'explorer l'environnement physique et social.

La stimulation doit s'entendre ici au sens viscéral. Des besoins comme la sécurité et la stimulation sont d'abord ressentis au niveau des tripes: il faut les satisfaire aux plans des sensations et des émotions. Lorsque le petit suce le sein de sa mère, il satisfait son besoin de sécurité; lorsque l'adolescent découvre l'énergie vitale à travers sa sexualité, il satisfait son besoin de stimulation.

 

la recherche de la stimulation

Nous vivons à une époque qui met l'accent sur la sensation. Mais, pour la plupart d'entre nous, l'expérience qu'on en fait n'est pas directe: elle est vicariale. Elle passe par le cinéma, la télévision, en général: les média.

L'aventure, la sexualité débordante, la conquête héroïque, elles sont vécues par d'autres. Et notre besoin de stimulation doit se satisfaire d'en être le témoin, le voyeur. C'est généralement tout ce qu'on peut s'offrir de stimulation pour compenser pour l'ennui qui se dégage d'un travail routinier, monotone, dépersonnalisant.

Au cours des dernières années, des chercheurs sont parvenus à la conclusion que ceux qui recherchent les sensations, même les sensations fortes, ne sont pas des névrosés, comme on avait tendance à le penser jusqu'à tout récemment. On croit aujourd'hui que cette opinion n'était pas fondée. On croit de plus en plus, au contraire, que le besoin de stimulation est biologique: certains cerveaux fonctionnent mieux s'ils sont plus stimulés que d'autres.

Des recherches ont aussi démontré qu'il existe une relation entre la recherche de stimulation et les hormones sexuelles: on trouverait chez ceux qui recherchent les sensations fortes un taux d'hormones sexuelles plus élevé que chez les autres.

 

quatre types

On trouve dans la recherche de la stimulation quatre types:

• celui qui a le goût de l'aventure, qui trouve à s'exprimer, par exemple dans le parachutisme, la plongée sous-marine ou qui conduit sa voiture à grande vitesse;

• celui qui cherche à se libérer de ses inhibitions et qui aime les ''parties'', boire en groupe, parfois aussi le pari, le jeu, et souvent, la plus grande variété possible de partenaires sexuels: c'est le type qui a le plus besoin des autres pour satisfaire son besoin de stimulation;

• celui qui s'ennuie facilement s'il ne se passe rien: il sera par exemple incapable de prendre des vacances à ne rien faire, l'ennui lui est insupportable;

• enfin, celui qui est à la recherche d'une expérience plus globale, comme, par exemple, celle d'un style de vie.

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Identité

L'identité est un concept plus difficile à définir que la sécurité et la stimulation.

Je croyais m'en tirer en disant que, des trois besoins fondamentaux, l'identité est le seul qui s'applique exclusivement à l'homme. Mais ce n'est pas exact: les animaux qui sont enfermés dans des cages connaissent à leur façon une crise d'identité. Ils sont coupés de leur définition.

Chez plusieurs espèces, la captivité rend les femelles stériles. Il y a refus de se reproduire dans des conditions aliénantes. L'animal est alors trop loin de son centre, de ce qui le définit, de ce qu'il est. En phase avec soi-même,

L'identité ce serait de se percevoir proche de son centre. Aussi centré que possible. Et non pas exilé de soi: comme en dehors de soi; et non pas aliéné, dépossédé, coupé de soi, envahi par ce qui est étranger, par ce qu'on n'est pas. Et, en même temps, en phase avec le milieu - physique, psychologique, social. En accord, par exemple, avec les modèles auxquels on s'est identifié, auxquels on continue de s'identifier.

Mais tout est transformation. Tout est toujours en train de devenir. Je suis en train de devenir. Il faut donc sans cesse s'ajuster à soi-même: ajuster l'image qu'on a de soi. En particulier, à certains tournants de la vie: à l'adolescence, à l'âge adulte, vers la quarantaine... On traversera parfois une crise d'identité.

Lorsque le décalage est trop grand entre ce qu'on est et ce qu'on croit qu'on est...

''Je suis devenu adulte, mais je me perçois encore comme un adolescent dépendant et je veux être pris en charge...''

''Je suis devenue mère de famille, mais je me perçois encore comme une célibataire...''

''J'ai les cheveux blancs et j'ai passé le milieu de ma vie, mais je me cherche encore un père, alors que le père, désormais, c'est moi...''

Comme tout se transforme tout le temps, tout au long de la vie, un ajustement est nécessaire: à certaines époques, on est mal dans son être, comme dans un vêtement trop petit, trop grand, mal taillé. Il faut alors se retrouver.

L'identité passe par le corps: les êtres qui se coupent de leur corps souffrent d'aliénation. Ils finissent par avoir d'eux-mêmes une image confuse / diffuse / obtuse. Le corps, c'est la fondation de la personnalité: elle prend appui sur lui. Le corps est le véhicule qui permet de traverser l'expérience de la vie.

L'identité passe aussi par la tête: il faut mettre de l'ordre dans ce qui me définit, - savoir ce qui est moi et ce qui n'est pas moi. Ce que je suis, ce que je ne suis pas. Je regarde d'abord autour: est-ce que je me reconnais dans ce qui m'entoure, ou tout cela m'est-il étranger? Puis, je tourne mon regard vers l'intérieur: parfois, à travers le regard des autres, est-ce que je me reconnais dans les éléments de ma définition, ou tout cela m'est-il étranger?

L'identité, c'est être ici-maintenant, vivre en harmonie avec le milieu - physique, psychologique et social. C'est être moi dans un cadre géographique, dans une communauté linguistique et culturelle; c'est m'appartenir et appartenir à ce qui est comme moi. Nous, dont je fais partie. C'est se reconnaître, se retrouver dans ce qui est semblable et, en même temps, reconnaître ce qui me différencie.

L'identité, c'est donc aussi se sentir rattaché à un milieu, relié à un groupe; c'est participer à/de l'interaction d'un groupe, d'une nation, d'une race, d'une planète, du cosmos: c'est, à la fois, participer et avoir le sentiment de participer à quelque chose de plus grand qui englobe.

L'identité, c'est aussi dans l'interaction avec le milieu physique: dans un monde de machines, je me cherche; dans un monde qui n'est plus à la mesure de l'homme, où tout est devenu trop grand: les villes trop grandes, les institutions complexes, les administrations gigantesques; je me cherche. J'ai le sentiment d'être coupé, de n'être rattaché à rien, de n'appartenir à rien, même pas à moi-même. C'est l'aliénation, et c'est un aspect important de la crise de notre époque...  De notre civilisation.

Pour que l'homme retrouve son identité, il va falloir inventer un nouveau type de société, un nouveau type d'homme.

Pour satisfaire le besoin d'identité, il faut être comme un arbre, avec ses racines qui s'enfoncent profondément dans l'origine, avec ses branches tendues vers le devenir.

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