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LES ÉTATS DE MAL-ÊTRE DE LA VIE COURANTELe premier degré comprend la fatigue récurrente, les états dépressifs et les troubles d'adaptation mineurs, certaines maladies telles que le rhume et les allergies où intervient souvent une dimension psychosomatique, bref les petites misères de la vie de tous les jours, d'origine physique et/ou psychique. Il faut retenir en effet que certains états de mal-être peuvent être causés par un déséquilibre d'ordre organique. Il est donc utile de s'interroger sur les habitudes alimentaires, les conditions de travail, les occupations de loisir, le sommeil... Et de considérer les répercussions possibles sur l'organisme de mauvaises habitudes de vie et de certaines conditions négatives. L'absence d'exercice en particulier est souvent à l'origine de la fatigue et de certains états dépressifs. Pour ce qui est des causes psychologiques, elles sont tellement diverses qu'on est pris de vertige à la pensée d'en proposer un aperçu. La plupart des gens entretiennent par exemple des rapports tendus avec certains proches, qui sont souvent à l'origine de leur épuisement; ou prolongent des situations qui sont une source d'émotions et de pensées négatives qui les vident de leur énergie; ou encore cultivent un sentiment de culpabilité ou d'infériorité qui alimente leur vulnérabilité... Mais comme les effets à ce degré en sont encore relativement tolérables, la plupart composent donc jour après jour avec ces états. Bien qu'il paraisse souhaitable de se libérer le plus possible de ces états de mal-être qui empoisonnent l'existence, l'observation la plus élémentaire permet de constater que rares sont ceux qui parviennent à exercer un contrôle optimum sur leur vie. Pourtant, l'expérience démontre qu'un travail sur soi, de même qu'une réflexion sur ses habitudes et ses conditions de vie, ainsi que sur la qualité de ses rapports avec les autres, permettent toujours de se libérer au moins relativement de ces états. Il est donc important de prendre conscience des causes de ces divers états de mal-être et d'exercer une certaine vigilance. Sans compter que le moindre progrès dans ce sens rend déjà la vie plus agréable. Ce qui devrait nous inciter à investir davantage de temps et d'énergie dans une démarche qui assure un plus grand contrôle sur la vie. Mais il demeure, quoi qu'en disent les "pontifes" à tout crin, qu'il est difficile de ne pas être affectés par l'annonce d'une mauvaise nouvelle... Surtout s'il pleut ce jour-là et qu'on n'aime pas la pluie ou qu'on a oublié son parapluie... L'équanimité devant les événements et les circonstances de la vie suppose une adaptation continuelle: de retrouver pour ainsi dire son équilibre d'un instant à l'autre... Ce qui exige sans doute une démarche à long terme. Le principe en est simple pourtant. Il s'agit de s'adapter continuellement à une situation mouvante. La vie n'est pas statique, mais dynamique. Dans l'univers tout est toujours en transformation en train de devenir. Et l'équilibre se trouve dans le mouvement: dans l'acceptation de ce qui est et l'adaptation au changement à ce qui devient. Afin de toujours vivre dans l'instant présent... Simple à dire en effet, mais pas facile à vivre! C'est en quoi, du reste, consiste le stress. Il n'y a pas comme tel de bon ou de mauvais stress. Le stress est un mécanisme d'adaptation. Le corps s'adapte au froid, au chaud. Un changement de température est donc pour le corps une occasion de stress. Ou c'est une nouvelle, bonne ou mauvaise: cette fois c'est au plan psychique qu'on est interpellé. On éprouve alors une émotion, positive ou négative, avec ses effets aux plans physique ou psychique. L'équilibre les biologistes parleraient de l'homéostasie dépend de ce mécanisme d'adaptation. Mais lorsqu'on parle du stress, il est important de préciser qu'il s'agit, non seulement des effets du stress causé par les conditions extérieures, physiques et psychosociales, mais aussi et surtout causé ou entretenu par les attitudes et les comportements, par suite de l'interprétation consciente ou inconsciente des faits. Le stress ne peut être compris que si on le considère à la fois de ces deux points de vue. La capacité de s'adapter est donc très différente d'une personne à l'autre. Chacun doit vivre en tenant compte de sa propre capacité d'adaptation et développer par ailleurs des attitudes et des comportements, par suite encore une fois de son interprétation consciente ou inconsciente des événements, des circonstances et des conditions, de manière à augmenter son adaptabilité. Jusqu'à un certain point le stress est facteur de stimulation; au-delà il devient facteur d'inhibition. Et ce point n'est pas le même pour tous... Et surtout il peut être déplacé. Le mécanisme d'adaptation, qui par définition est inconscient, gagne beaucoup à être renforcé par la volonté consciente de s'adapter. C'est pourquoi d'ailleurs la libération relative des états de mal-être de la vie courante apparaît bien souvent comme l'effet d'une démarche plus générale en fonction d'une conscience élargie. En résumé, la fatigue causée par les soucis, les tensions de la vie personnelle et professionnelle, les insomnies occasionnelles, les maux de tête, les douleurs musculaires et certains états dépressifs tout cela fait partie de la vie de tous les jours! Malgré les ratés occasionnels du système personnel d'adaptation, on finit en général par surmonter le quotidien comme il se présente, c'est-à-dire au jour le jour. Il s'agit donc de "vivre avec" si on pense qu'on n'y peut rien changer. Mais il suffirait bien souvent pour améliorer son sort d'une certaine hygiène de vie: une meilleure alimentation, se ménager des temps de repos, faire de l'exercice. Autrement dit, d'investir un peu de temps et d'énergie pour se rendre la vie plus facile et faire du quotidien une occasion de croissance. Tel est même le sens de la vie. |
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LE BURN-OUT ET LES ETATS APPARENTÉSBien que non spécifique par définition, le burn-out est une forme de mal-être plus définie que celles du premier degré, donc plus difficile à vivre; et qui requiert, non seulement plus d'efforts conscients pour s'en libérer, mais souvent des choix plus exigeants. Le burn-out pourtant n'est pas un état grave et ne doit pas être considéré comme une maladie. Ce n'est pas non plus une dépression.
Dans le burn-out on peut encore jongler pour ainsi dire avec ses états
dépressifs qu'on en vient parfois à prendre pour des manifestations de
son caractère. Après quelques années, il peut même devenir comme une seconde
nature. On en vient alors à l'expliquer, voire même à le justifier. La
victime d'un burn-out pourra même s'étonner qu'on lui parle de se libérer
d'un état qu'elle considère comme sa vision du monde et d'elle-même...
C'est un peu comme si on lui suggérait de sortir d'elle-même! C'est que le burn-out ne se manifeste
pas du jour au lendemain. Il évolue lentement: il est l'aboutissement
d'un processus dont les symptômes ne sont d'ailleurs pas toujours évidents.
Il peut mettre jusqu'à deux ou trois ans à s'imposer. Moins envahissant
que la dépression, il se manifeste de façon plus insidieuse. Les moments
de répit que laisse le burn-out donnent souvent à penser qu'on en est
libéré. On passe même parfois d'une période d'épuisement et d'insatisfaction
à une période d'enthousiasme mais jamais pour longtemps... C'est
du reste à cause de sa nature intermittente, qui est un aspect très important
du burn-out, qu'on peut le traîner toute une vie avec des hauts et des
bas, sans jamais parvenir à s'en libérer vraiment. Le burn-out se manifeste le plus souvent par suite d'une exposition prolongée à un stress, généralement d'ordre professionnel. Mais il découle tout autant et ce point est très important des attitudes, des comportements et des attentes qu'on entretient tant au plan professionnel que personnel, et de l'interprétation consciente ou inconsciente des événements, des circonstances et des conditions. Pour prévenir ou guérir le burn-out, on doit donc procéder à un examen de sa vie, mais aussi à une évaluation de son propre fonctionnement. Tout dépend de l'adaptabilité de l'individu aux événements, aux circonstances et aux conditions, et à leur évolution; mais aussi de sa capacité de se libérer au moins relativement des conditionnements dont il a été l'objet qui déterminent son interprétation des faits. Ces conditionnements sont très souvent à l'origine d'attitudes exigeantes par rapport à soi et d'attentes excessives par rapport au monde et à la vie en général. Plus on maintient de telles attitudes et on entretient de telles attentes, plus on est susceptible de faire un burn-out. Il n'est donc pas juste de définir le burn-out comme "une exposition continue au stress dans le travail". Cette simplification s'inscrit dans la tendance de notre époque à mettre l'accent sur les facteurs socio-culturels plutôt que psychologiques. Il est plus simple en effet de voir la cause des états de mal-être à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur surtout à l'intérieur de soi... Bien qu'il y ait beaucoup à dire sur les causes extérieures de burn-out, il demeure que nous avons dans l'enfance accueilli avec une sensibilité différente les messages implicites ou explicites de l'autorité: véritable conditionnement qui se traduit par des attitudes, des comportements et des attentes qui déterminent en partie la capacité d'adaptation de chacun. Du fait de son absence de spécificité, le burn-out peut se manifester de façons très diverses. Ce que j'en dis ne s'applique donc pas nécessairement à tous les cas. Il s'agit pour chacun de saisir au passage les informations susceptibles d'éclairer sa propre condition. Le burn-out est ressenti à la fois au niveau physique: on éprouve par exemple une fatigue chronique dont on ne parvient pas à se tirer; et au niveau psychique: à travers en particulier des pensées et des émotions négatives qu'on entretient par rapport au monde et par rapport à soi. Il entre dans le burn-out un certain désabusement face au monde. En même temps qu'un sentiment d'impuissance devant la tâche à accomplir "... je n'y arriverai jamais!" ou devant les situations qui se présentent et sur lesquelles on projette son propre état de mal-être "... à quoi bon, puisque c'est toujours à recommencer". On éprouve aussi un sentiment d'inutilité: tout effort paraît vain. On a l'impression de passer sa vie à pelleter du sable: quelque énergie qu'on y mette, le trou se remplit au fur et à mesure... Mais il entre surtout dans le burn-out un certain désabusement par rapport à soi, qui s'exprime par une autocritique culpabilisatrice. Le burn-out représente en fait un flirt avec la dépression. L'évaluation de soi n'est pas aussi négative que dans la dépression: il n'est pas encore question par exemple de retourner son agressivité contre soi. Mais on trouve déjà un peu de cette attitude autodestructrice dans le burn-out. L'autocritique peut devenir sévère, voire même amère. Elle représente en général un symptôme important de burn-out. A un stade plus avancé, on pourra en venir à se percevoir comme un raté. Le regard sur soi qu'inspire le burn-out est peu réaliste et surtout peu constructif. On éprouve en général le sentiment de n'avoir pas tenu ses promesses. Le plus souvent, au plan professionnel d'abord. Mais je devrais dire: au plan "vocationnel", car il s'agit plutôt ici de l'image qu'on se fait de la fonction ou du rôle auquel on cherche à s'identifier que de la tâche elle-même. Cette image s'est formée dans l'enfance à partir de messages de l'autorité devenus des conditionnements qui se traduisent par des attitudes et des comportements exigeants, de même que par des attentes excessives par rapport à cette fonction ou ce rôle, qu'on entretient souvent sans s'en rendre compte. Cette autocritique est d'autant plus sévère qu'elle n'émane pas du moi mais du surmoi, autrement dit du parent intérieur en chacun de nous. Les candidats au burn-out s'identifient en grande partie à ce parent intérieur qui exige qu'on se comporte en fonction de ses attentes, comme il se comporterait lui-même; ou encore comme l'enfant docile qui cherche à lui plaire. On n'est jamais, quoi qu'on fasse, à la hauteur des attentes du parent intérieur. De la vie professionnelle, la difficulté s'étend à la vie personnelle. Au moment où insatisfait au plan professionnel, ne tirant plus du travail ce qu'on en espérait autrement dit, déçu dans ses attentes parentales on se tourne vers la vie personnelle, c'est bien souvent pour découvrir que la situation a aussi évolué sur ce plan sans qu'on s'en soit rendu compte. La vie personnelle n'est plus ce qu'elle était, ou ce qu'on a cru qu'elle était, ou encore ce qu'elle devrait être: soit qu'on éprouve un grand isolement, soit qu'on découvre que le conjoint, dans le cas d'un couple, est devenu un étranger... C'est alors qu'entre une vie professionnelle et une vie personnelle également insatisfaisantes, on éprouve le sentiment de ne plus savoir où aller: d'être pour ainsi dire coincé, non seulement par rapport aux conditions extérieures de sa vie, mais aussi par rapport à soi. Et on éprouve devant la vie une désillusion, une lassitude, qui se traduit par de l'impatience, de l'irascibilité, voire même une forme de cynisme. Lorsque le cynisme apparaît, on peut dire que le burn-out a triomphé! Le cynisme s'exerce aussi bien par rapport au service professionnel qu'à l'endroit de ceux qui en sont l'objet: comme par exemple les élèves auxquels j'enseigne, mais que j'enverrais volontiers promener et les parents avec! Ou encore, les vieillards que je soigne, mais auxquels j'imposerais volontiers l'extrême-onction... Et dans le cas d'un cadre d'entreprise, à l'endroit du personnel que j'ai sous mes ordres et de la clientèle: ce qui peut se traduire par un désintérêt pour le fonctionnement de l'entreprise, la qualité du produit proposé ou du service dispensé. Dans tous les cas, il y a réduction au strict minimum des obligations à l'égard des autres. J'ai pu observer dans le cas d'une secrétaire d'administration que le cynisme se traduisait chez elle par une forme d'agressivité passive qui consistait à retarder inconsciemment la marche des dossiers. Ou encore, si on remplit une fonction d'encadrement social, le cynisme peut se traduire par une certaine désinvolture à l'endroit du public... Cette attitude négative est d'autant plus significative qu'elle s'oppose et contredit les attitudes et les comportements dictés par le parent intérieur. Ce qui est une source de conflits psychiques qui se traduisent par une souffrance. |
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Je rappelle donc, en résumé, la description sommaire que je faisais du burn-out dans l'avant-propos:
En principe, on peut se tirer seul ou presque d'un burn-out. Je veux dire qu'il n'y a pas nécessairement lieu de faire appel à la psychothérapie ou à la médecine: je pense ici à une analyse ou à la chimiothérapie. Les victimes d'un burn-out conservent en général un certain contrôle de la situation et d'elles-mêmes. Le burn-out s'en prend le plus souvent du reste à des personnes d'un niveau de conscience assez élevé pour entrevoir leur état de mal-être, et qui sont généralement assez bien informées pour trouver les moyens de se prendre en main. Une démarche consciente pourra donc le plus souvent leur suffire pour sortir de cette impasse. Mais cette démarche devra comporter un examen seul ou avec d'autres des conditions et des habitudes de vie professionnelles et personnelles, ce qui devra parfois se traduire par leur remise en question, de même que par la pratique d'un art de vivre; elle devra aussi comporter une interrogation sur les conditionnements dont on a été l'objet dans l'enfance, de même que sur les attentes qui en découlent sur tous les plans, afin de devenir aussi transparent que possible à soi-même; enfin, elle devra comporter une redéfinition de ses priorités ce qui dans certains cas pourra entraîner des décisions importantes. La prévention ou la guérison du burn-out passe par une réconciliation avec le moi. On peut donc dire que tout ce qu'on entreprend pour soi a de grandes chances de réussir. Ce qui importe, ce n'est pas tellement ce qu'on fait, mais surtout qu'on le fasse pour soi. Je dirais même que tout peut réussir ou presque. La réussite dépend moins des techniques ou des pratiques que de la détermination de l'être à investir dans cette démarche de réconciliation autrement dit,de sa motivation. C'est ainsi que le burn-out peut devenir une occasion de croissance. |
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Pines,
Anderson |
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LES ÉTATS DE MAL-ÊTRE PLUS GRAVESJe vous invite maintenant à considérer le burn-out d'un point de vue différent: non plus comme l'effet de divers facteurs, mais lui-même comme une cause possible de dépression ou de maladies au plan physique. L'orientation du mal-être dans un sens ou dans l'autre, psychique ou physique, ou encore dans les deux sens à la fois, ne tient pas tant à la nature de la cause elle-même qu'à l'individu: à sa personnalité et à son mode particulier d'adaptation. Ceux qui ne s'autorisent pas de faiblesses d'ordre psychique par exemple ou qui ne veulent pas les reconnaître ont souvent tendance à somatiser plus que les autres, c'est-à-dire à exprimer au plan physique, dans leur corps, leurs difficultés d'ordre psychique. Je suis conscient de brosser un tableau qui débouche sur le pire... Mais la crainte n'est-elle pas le commencement de la sagesse? Bien que pour ma part l'important ne me paraît pas tant d'éviter le pire ou de repousser le plus loin possible l'inévitable encore que ça ne manque pas d'intérêt! mais plutôt de susciter une réévaluation des priorités et d'inspirer des attitudes et des interventions positives au niveau de l'environnement physique et psychosocial, comme au niveau de l'individu lui-même, qui donnent à la vie une qualité qu'elle a sans doute perdue si tant est qu'elle l'ait jamais eue. |
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(Je parle plus loin du mécanisme biologique de l'interaction avec le milieu, qui complète le présent exposé sur la somatisation.)
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