Voici quelques traits dont certains se retrouvent souvent chez la victime
ou le candidat au burn-out:
L'ANXIÉTÉ
Le candidat au burn-out vit souvent dans un état d'anxiété. Avec l'impression
qu'il n'y arrivera pas, qu'il devrait s'y prendre autrement, qu'il s'engage
dans une impasse. Un type d'anxieux pourra par exemple se rendre au
travail et se sentir trop agité pour fonctionner, n'accomplir pratiquement
rien et pourtant se retrouver complètement épuisé en fin de journée.
Un autre type d'anxieux accomplira au contraire beaucoup de travail,
mais n'en continuera pas moins à entretenir l'impression qu'il aurait
pu faire mieux, qu'il devrait à l'avenir travailler davantage, obtenir
de meilleurs résultats.
Tout le monde souffre relativement d'anxiété. Mais ceux qui se définissent
comme des anxieux, chez qui cet état prédomine, éprouvent un constant
sentiment d'inquiétude, d'insécurité. Ce qui a pour effet à long terme
de les rendre inefficaces. Car les états anxieux drainent leur énergie.
L'ESPRIT D'ENTREPRISE POUSSÉ À OUTRANCE
L'esprit d'entreprise est louable en soi. Mais il s'agit ici de ceux
qui sont trop entreprenants: les compulsifs de l'action, les ambitieux
excessifs, les hyperactifs. Ceux dont l'emploi du temps ne leur laisse
pour ainsi dire aucun répit pour les six mois à venir... Ces candidats
au burn-out sont très exigeants pour eux-mêmes: ils entreprennent tout
ce qui se présente à eux, tout ce qui offre le moindre intérêt. Cela
tient souvent à ce que leur évaluation d'eux-mêmes dépend, non pas de
ce qu'ils sont, mais de ce qu'ils parviennent à accomplir. Ils ont le
sentiment de n'avoir aucune valeur s'ils ne sont pas en train d'accomplir
quelque chose. L'idée de se relaxer ou simplement de se reposer leur
apparaît comme une perte de temps. Ils éprouvent même souvent en situation
de repos la peur du vide.
LE DÉSIR DE PLAIRE À TOUT LE MONDE
Ceux qui ne savent pas dire non parce qu'ils ont besoin de plaire à
tout le monde pour avoir le sentiment d'exister, sont aussi d'excellents
candidats au burn-out. Nous avons pour la plupart été formés à penser
qu'il n'est pas bien de s'occuper de soi et de satisfaire ses besoins.
Alors qu'en fait s'occuper de soi et satisfaire ses besoins, parfois
même en limitant relativement son ouverture au monde, est essentiel
pour maintenir un certain équilibre. Sinon, la capacité de s'engager
dans le monde s'en trouve de plus en plus réduite et on entretient l'impression
d'effleurer seulement les êtres et les choses. C'est ainsi qu'on en
vient à éprouver le sentiment d'être dépassé et de ne plus pouvoir plaire
à personne.
LE SENS DE L'AUTOCRITIQUE TROP POUSSÉ
Ceux qui sont enclins à l'autocritique ressentent souvent de la nervosité
ou entretiennent une certaine culpabilité si leur fonctionnement n'est
pas optimum. Parce qu'ils ont une opinion négative d'eux-mêmes, dont
ils sont rarement conscients, ils estiment qu'ils doivent travailler
avec opiniâtreté, comme pour se racheter à leurs propres yeux, sans
tenir compte du travail déjà accompli. Ces candidats au burn-out n'ont
pas le sens de l'équilibre: ils se vident de leur énergie sans se préoccuper
d'en recevoir. Ils travaillent comme des forcenés, sans prendre le temps
de jouir de ce qui a été accompli. Le résultat n'est jamais assez bon
pour eux.
"...JE VAIS LE FAIRE MOI-MÊME..."
Très souvent, les candidats au burn-out ne font pas confiance aux autres
qu'ils estiment incapables de faire le travail correctement... On retrouve
derrière cette attitude la vieille pensée que, si on veut qu'une chose
soit bien faite, on doit la faire soi-même! Curieusement, ces candidats
semblent souvent attirer dans leur sillage professionnel des gens qui,
effectivement, manquent de rigueur ou les laissent tomber...(!) En projetant
leur méfiance sur les autres, ils se retrouvent souvent dans l'obligation
de tout faire eux-mêmes. Et cet effort, accompli dans de telles conditions
négatives, les pousse au burn-out.
LA MENTALITÉ DE SAUVEUR
On trouve ce type surtout dans les professions de relation d'aide. Ces
professions exigent au départ un goût de servir les autres et un certain
renoncement à soi. Bien qu'il y ait lieu de s'interroger sur les motivations
profondes qui inspirent ce qu'on appelle l'altruisme - ce dont je parle
plus loin. Souvent submergés par leur travail, les sauveurs finissent
par faire des choses qu'ils ne veulent pas vraiment faire et qui sont
le plus souvent loin de l'image qu'ils s'étaient faite de leur profession.
On peut en dire autant de ces "femmes qui aiment trop" - au
sens de mal! - et qui éprouvent le besoin irrésistible de refaire un
homme...
L'altruisme est sans doute une grande vertu, mais les sauveurs auraient
intérêt à devenir plus lucides, en se demandant si leur démarche ne
répond pas en fait à un besoin de se rassurer.
En soi, il n'est pas mauvais d'être un sauveur,
de préférer parfois faire les choses soi-même, de vouloir plaire aux
autres et d'être ambitieux. Ou même de posséder tous ces traits de
caractère à la fois! Mais c'est une question de degré. Pour se donner
à une tâche, à un idéal ou aux autres, il faut d'abord s'appartenir.
C'est aussi une question d'attitude. On peut observer que les candidats
au burn-out dépendent trop du plaisir qu'ils procurent aux autres,
de la satisfaction qu'ils leur apportent. Ils dépendent trop des autres
pour ETRE: Bref, ils ont trop d'attentes. Or, on a toujours les chaînes
de ses attentes... Les candidats au burn-out sont souvent trop dépendants
des autres et du monde en général pour leur satisfaction et surtout
pour assurer leur identité.
Comme on le voit, les candidats au burn-out se recrutent parmi les
éléments les plus valables de la société, quant à leurs intérêts,
leurs capacités au plan professionnel et leurs qualités personnelles.
Ce qui peut sembler paradoxal! Mais j'explique plus loin que plus
la personnalité - le moi - de l'enfant s'éveille tôt, plus il est
réceptif aux messages de l'autorité au moment de la formation de son
parent intérieur - le surmoi. Ce qui se traduit par des modèles exigeants
et de grandes attentes...
Il faudrait à ces candidats, pour diminuer les risques de burn-out,
dépendre moins des autres pour leur estime d'eux-mêmes. Devenir plus
autonomes. Et plus sages...