On peut dire du burn-out - et des maladies de civilisation en général - qu'il se définit au niveau de l'interaction de l'individu et de son environnement; et plus précisément de l'interaction du fonctionnement psychosomatique de l'individu et de son environnement physique et psychosocial.

Tels sont les deux points de vue que nous allons maintenant examiner:

• Il y a beaucoup à dire des causes extérieures qui découlent de l'environnement physique et psychosocial. Il est certain que notre type de société est à l'origine de beaucoup de nos états de mal-être ou les favorise. Ce qui revient à dire que l'individu n'en porte pas seul la responsabilité.

• Mais l'objet de ma démarche étant surtout de communiquer à des individus certaines informations qui leur permettent de prévenir le burn-out ou de le guérir, je mettrai plutôt l'accent sur les causes qui se définissent au niveau du fonctionnement psychique de l'être.

Sans négliger l'effet synergique - de renforcement - de ces différentes causes les unes sur les autres.

 

AU NIVEAU DE L'INDIVIDU


Si l'environnement physique et psychosocial est à peu près le même pour tout le monde, comment se fait-il que tout le monde ne soit pas atteint ou également menacé par le burn-out?

La réponse à cette question est la même que pour tous les états de mal-être, comme pour toutes les maladies physiques ou psychiques. Si j'écarte les facteurs héréditaires, je dirais que ce sont, ou les conditions particulières dans lesquelles une personne vit aux plans professionnel et personnel qui la rendent plus vulnérable que les autres, ou bien ses habitudes de vie - une mauvaise alimentation ou le manque d'exercice; ou encore et surtout peut-être les conditions particulières de son psychisme. Et sans doute, pour finir, une synergie de tous ces facteurs...

Dans le burn-out, comme dans la plupart des maladies de civilisation, les facteurs psychiques sont très importants. Il est certain que le candidat au burn-out contribue à créer son état de mal-être, le plus souvent à son insu. Bien qu'il soupçonne parfois être engagé par sa faute dans un processus irréversible. Mais il préfère ne pas en prendre vraiment conscience - ce qui remettrait trop de choses en question. Je ne dis pas qu'il n'existe pas de causes extérieures au burn-out: trop de responsabilités, trop d'heures de travail, une charge professionnelle trop lourde, un manque de soutien dans le milieu de travail. Mais au-delà de ces facteurs, il demeure que les causes psychiques sont, en dernière analyse, les plus déterminantes: en particulier l'attitude par rapport au travail, le sens de la "vocation", la volonté de se maintenir à la hauteur d'une certaine image de soi, une trop grande recherche de réussite sociale ou de pouvoir personnel. Ces attitudes et ces comportements déterminent la réponse au stress, contribuant ainsi à susciter et/ou à favoriser un burn-out.

On n'insistera jamais assez sur ce dernier point que je n'ai peut-être pas moi-même exprimé jusqu'ici avec toute la vigueur nécessaire pour être bien compris. Lorsqu'on parle des facteurs de stress, on se reporte généralement à tout ce qui se définit à l'extérieur; mais on doit bien comprendre que l'interprétation par l'individu des événements, des circonstances et des conditions est souvent encore plus déterminante.
PROFIL DU CANDIDAT AU BURN-OUT


Voici quelques traits dont certains se retrouvent souvent chez la victime ou le candidat au burn-out:

•L'ANXIÉTÉ

Le candidat au burn-out vit souvent dans un état d'anxiété. Avec l'impression qu'il n'y arrivera pas, qu'il devrait s'y prendre autrement, qu'il s'engage dans une impasse. Un type d'anxieux pourra par exemple se rendre au travail et se sentir trop agité pour fonctionner, n'accomplir pratiquement rien et pourtant se retrouver complètement épuisé en fin de journée. Un autre type d'anxieux accomplira au contraire beaucoup de travail, mais n'en continuera pas moins à entretenir l'impression qu'il aurait pu faire mieux, qu'il devrait à l'avenir travailler davantage, obtenir de meilleurs résultats.

Tout le monde souffre relativement d'anxiété. Mais ceux qui se définissent comme des anxieux, chez qui cet état prédomine, éprouvent un constant sentiment d'inquiétude, d'insécurité. Ce qui a pour effet à long terme de les rendre inefficaces. Car les états anxieux drainent leur énergie.

•L'ESPRIT D'ENTREPRISE POUSSÉ À OUTRANCE

L'esprit d'entreprise est louable en soi. Mais il s'agit ici de ceux qui sont trop entreprenants: les compulsifs de l'action, les ambitieux excessifs, les hyperactifs. Ceux dont l'emploi du temps ne leur laisse pour ainsi dire aucun répit pour les six mois à venir... Ces candidats au burn-out sont très exigeants pour eux-mêmes: ils entreprennent tout ce qui se présente à eux, tout ce qui offre le moindre intérêt. Cela tient souvent à ce que leur évaluation d'eux-mêmes dépend, non pas de ce qu'ils sont, mais de ce qu'ils parviennent à accomplir. Ils ont le sentiment de n'avoir aucune valeur s'ils ne sont pas en train d'accomplir quelque chose. L'idée de se relaxer ou simplement de se reposer leur apparaît comme une perte de temps. Ils éprouvent même souvent en situation de repos la peur du vide.

• LE DÉSIR DE PLAIRE À TOUT LE MONDE

Ceux qui ne savent pas dire non parce qu'ils ont besoin de plaire à tout le monde pour avoir le sentiment d'exister, sont aussi d'excellents candidats au burn-out. Nous avons pour la plupart été formés à penser qu'il n'est pas bien de s'occuper de soi et de satisfaire ses besoins. Alors qu'en fait s'occuper de soi et satisfaire ses besoins, parfois même en limitant relativement son ouverture au monde, est essentiel pour maintenir un certain équilibre. Sinon, la capacité de s'engager dans le monde s'en trouve de plus en plus réduite et on entretient l'impression d'effleurer seulement les êtres et les choses. C'est ainsi qu'on en vient à éprouver le sentiment d'être dépassé et de ne plus pouvoir plaire à personne.

• LE SENS DE L'AUTOCRITIQUE TROP POUSSÉ

Ceux qui sont enclins à l'autocritique ressentent souvent de la nervosité ou entretiennent une certaine culpabilité si leur fonctionnement n'est pas optimum. Parce qu'ils ont une opinion négative d'eux-mêmes, dont ils sont rarement conscients, ils estiment qu'ils doivent travailler avec opiniâtreté, comme pour se racheter à leurs propres yeux, sans tenir compte du travail déjà accompli. Ces candidats au burn-out n'ont pas le sens de l'équilibre: ils se vident de leur énergie sans se préoccuper d'en recevoir. Ils travaillent comme des forcenés, sans prendre le temps de jouir de ce qui a été accompli. Le résultat n'est jamais assez bon pour eux.

• "...JE VAIS LE FAIRE MOI-MÊME..."

Très souvent, les candidats au burn-out ne font pas confiance aux autres qu'ils estiment incapables de faire le travail correctement... On retrouve derrière cette attitude la vieille pensée que, si on veut qu'une chose soit bien faite, on doit la faire soi-même! Curieusement, ces candidats semblent souvent attirer dans leur sillage professionnel des gens qui, effectivement, manquent de rigueur ou les laissent tomber...(!) En projetant leur méfiance sur les autres, ils se retrouvent souvent dans l'obligation de tout faire eux-mêmes. Et cet effort, accompli dans de telles conditions négatives, les pousse au burn-out.

•LA MENTALITÉ DE SAUVEUR

On trouve ce type surtout dans les professions de relation d'aide. Ces professions exigent au départ un goût de servir les autres et un certain renoncement à soi. Bien qu'il y ait lieu de s'interroger sur les motivations profondes qui inspirent ce qu'on appelle l'altruisme - ce dont je parle plus loin. Souvent submergés par leur travail, les sauveurs finissent par faire des choses qu'ils ne veulent pas vraiment faire et qui sont le plus souvent loin de l'image qu'ils s'étaient faite de leur profession. On peut en dire autant de ces "femmes qui aiment trop" - au sens de mal! - et qui éprouvent le besoin irrésistible de refaire un homme...

L'altruisme est sans doute une grande vertu, mais les sauveurs auraient intérêt à devenir plus lucides, en se demandant si leur démarche ne répond pas en fait à un besoin de se rassurer.

En soi, il n'est pas mauvais d'être un sauveur, de préférer parfois faire les choses soi-même, de vouloir plaire aux autres et d'être ambitieux. Ou même de posséder tous ces traits de caractère à la fois! Mais c'est une question de degré. Pour se donner à une tâche, à un idéal ou aux autres, il faut d'abord s'appartenir. C'est aussi une question d'attitude. On peut observer que les candidats au burn-out dépendent trop du plaisir qu'ils procurent aux autres, de la satisfaction qu'ils leur apportent. Ils dépendent trop des autres pour ETRE: Bref, ils ont trop d'attentes. Or, on a toujours les chaînes de ses attentes... Les candidats au burn-out sont souvent trop dépendants des autres et du monde en général pour leur satisfaction et surtout pour assurer leur identité.

Comme on le voit, les candidats au burn-out se recrutent parmi les éléments les plus valables de la société, quant à leurs intérêts, leurs capacités au plan professionnel et leurs qualités personnelles. Ce qui peut sembler paradoxal! Mais j'explique plus loin que plus la personnalité - le moi - de l'enfant s'éveille tôt, plus il est réceptif aux messages de l'autorité au moment de la formation de son parent intérieur - le surmoi. Ce qui se traduit par des modèles exigeants et de grandes attentes...

Il faudrait à ces candidats, pour diminuer les risques de burn-out, dépendre moins des autres pour leur estime d'eux-mêmes. Devenir plus autonomes. Et plus sages...

Extrait d'un article
de Huguette O'Neil,
IN "L'Actualité médicale"
(29 janvier 1986).

RECETTE DE BURN-OUT EN MILIEU MEDICAL

À titre d'exemple, voici comment plusieurs éléments de ce profil du candidat au burn-out peuvent se retrouver chez un médecin:

"- Prenez un jeune diplômé fraîchement sorti de l'université (de préférence en médecine)
"- Attribuez-lui une personnalité énergique, entreprenante et qui dégage un charisme certain
"- Remplissez-lui la tête d'un idéal élevé et surtout des rêves que ses pauvres parents n'ont pu réaliser
"- Placez-le dans une grande marmite
(tout grand centre hospitalier peut faire l'affaire)
"- Laissez-le seul pour éviter qu'il bénéficie de l'appui de ses collègues, bref qu'il se tape l'ouvrage tout seul
"- Veillez à ce qu'il développe le sentiment d'être indispensable, omnipuissant et irremplaçable
"- Évitez de le récompenser ou de le gratifier pour son travail
"- Offrez-lui un poste administratif quelconque
"- Laissez mijoter quelques années, après quoi le tout sera prêt à servir."


En examinant de plus près les traits de caractère des candidats au burn-out, on peut se demander quel en serait le dénominateur commun.

Il se trouve en fait dans cet aspect de la psyché, dont j'ai parlé à quelques reprises déjà, qu'on appelle le surmoi ou "parent intérieur".

Les modèles de comportement qu'inspire le parent intérieur représentent sans doute le plus important facteur - INCONSCIENT - de burn-out et des maladies de civilisation en général.

- Avez-vous dit: "inconscient"?

 


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