| L'identification
au parent intérieur Il y a
deux situations où l'identification au parent comporte un risque particulier :
- lorsque le rôle social –
ou la fonction même –
procède de l'image parentale;
- et lorsque
la recherche du pouvoir a surtout pour objet inconscient de magnifier l'aspect
parental au détriment des autres aspects du fonctionnement.
Ce que nous allons maintenant examiner.
- Le poids de l’image parentale
- Le
poids du pouvoir
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LE POIDS
DE L'IMAGE PARENTALE C'est bien souvent
dans les professions ou métiers à image parentale que se recrutent
les candidats au burn-out; alors qu'on incarne l'autorité, ou qu'on est
soi-même une figure d'autorité à laquelle on en vient à
s'identifier –
le personnage social ou " persona " ayant pour ainsi dire
envahi la personnalité. On pourrait aussi parler du risque d'inflation
de l'image " vocationnelle " que renforce la relation de dominant/dominé
favorisée par certaines professions. Ce qui est parfois le cas par exemple
du médecin dans sa relation avec ses patients, de l'enseignant avec ses
élèves, du patron ou du cadre avec ses employés. Alors que
les attitudes et les comportements dans la vie personnelle, à moins qu'on
exerce une certaine vigilance, finissent par être déterminés
par la " persona ". " Je
n'ai rien contre la police. J'en ai peur. " Alfred Hitchcock
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| On
ne se libère pas de l'identification à l'autorité
par le simple fait de retirer son uniforme de policier, encore moins
sans doute sa toge de juge… | L'identification
au rôle ou à la fonction découlant de la pratique d'une profession
ou d'un métier comporte souvent le risque d'envahir la vie personnelle,
de sorte que ceux qui l'exercent deviennent pour ainsi dire prisonniers de leur
personnage. C'est souvent le cas du policier par exemple, ou du juge. Mais aussi
de toute profession ou métier à image parentale qui tend à
déborder, influençant ou déterminant en partie les attitudes
et les comportements dans la vie personnelle. On ne se libère pas de l'identification
à l'autorité par le simple fait de retirer son uniforme de policier,
encore moins sans doute sa toge de juge. Mais on peut en dire autant du sarrau
du médecin, comme aussi de la cravate et de l'attaché-case de l'homme
d'affaires. Ne dit-on pas que " l'habit fait le moine "? On
parvient difficilement à laisser au vestiaire les attitudes et les comportements
dictés par le rôle ou la fonction à image parentale. |
| Cette identification
détermine donc bien souvent les activités de loisirs, comme aussi
bien les relations personnelles. Mais curieusement, on peut parfois observer le
phénomène dans l'autre sens : il suffit de découvrir,
en vacances par exemple, que le jeune homme sympathique avec lequel on converse
depuis un moment exerce le métier de policier pour qu'une certaine censure
commence à intervenir dans les propos. J'allais écrire : dans
les aveux... Cette censure, elle est toujours ressentie par ceux qui font un métier
ou une profession à image parentale. Elle a même un effet de renforcement.
Au point que, pour revenir à mon exemple, un " policier en vacances "
éprouvera souvent de lui-même le besoin... d'avouer qu'il est policier,
afin d'éviter le malaise que pourrait éprouver un interlocuteur
qui découvrirait " trop tard " qu'il s'entretenait
avec un représentant de l'ordre... Qui d'entre nous au cours de son existence
n'a pas été un jour ou l'autre dans l'irrégularité,
pour ne pas dire dans une certaine illégalité? Ou du moins, en dehors
des sentiers de la conformité? Bien que la même réaction puisse
aussi se rencontrer chez celui qui n'aurait rien à se reprocher! Car ce
qui en fait déclenche la réaction, c'est de se trouver en présence
d'une personne qui représente l'autorité. Je parle des policiers.
Mais je pourrais en dire autant des juges. Ou des médecins devant lesquels
on se demande si on peut fumer. Ou des entrepreneurs de pompes funèbres
avec qui il paraît difficile au premier abord de blaguer... Ne sont-ils
pas les exécuteurs des hautes œuvres de la Grande Autorité? Etc.
Cette identification, qui influence les attitudes et les
comportements en général, est souvent déterminante dans
la vie personnelle et jusque dans la vie intime. Du
point de vue psychologique, l'identification se fait avec le parent intérieur.
Ce qui laisse peu de jeu à l'enfant intérieur : il n'y a guère
dans ce cas que l'enfant docile qui puisse s'exprimer, jamais l'enfant rebelle.
Et c'est ici qu'apparaît la difficulté : plus précisément
dans la nécessité où se trouvent ceux qui assument de telles
fonctions de compenser pour les rigueurs imposées par le personnage, en
se rebellant. Ce qu'ils sont dans l'impossibilité de faire ouvertement...
sauf exception! Les exutoires sont donc généralement aussi discrets
que possible. On constate par exemple que l'alcoolisme est relativement élevé
dans la plupart des professions à image parentale. Et pour ce qui est de
l'enfant naturel –
ni docile, ni rebelle –
dont je vais parler plus loin, il est évident que l'identification à
l'image parentale l'empêche de s'exprimer, alors que sa libération
représente justement la meilleure thérapie dans le cas d'un burn-out.
L'identification à
l'autorité peut aussi entretenir un sentiment de rejet et de frustration
qui est à l'origine d'états dépressifs et peut
inspirer par réaction certaines manifestations d'autoritarisme.
On observe donc que l'identification au parent intérieur chez ceux qui
exercent une profession ou un métier à image parentale, avec les
attentes et les frustrations qu'elle entraîne, favorise bien souvent le
burn-out. |
| LE
POIDS DU POUVOIR |
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Sans compter que le désir inconscient de s'identifier à
l'autorité par la recherche du pouvoir cache aussi parfois un sentiment
d'infériorité ou de culpabilité
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Le désir inconscient de s'identifier
au parent intérieur est l'une des grandes motivations obscures qui poussent
certains individus à rechercher toujours plus de pouvoir personnel. |
| On trouve généralement
dans la recherche du pouvoir un désir inconscient de répondre aux
attentes du parent intérieur en se rapprochant le plus possible de l'image
de la réussite héritée des conditionnements de l'enfance.
Ce n'est pas nécessairement la seule motivation, mais elle entre toujours
pour quelque chose dans la recherche du pouvoir. Elle exprime en fait une volonté
inconsciente de s'identifier encore davantage au parent, en devenant soi-même
l'autorité. Ce qui permet par ailleurs de satisfaire à la fois le
besoin de sécurité et celui de stimulation. Mais les attentes du
parent intérieur sont de l'ordre pour ainsi dire de l'absolu, donc impossibles
à satisfaire quoi qu'on fasse. Il faudrait accéder à toujours
plus de pouvoir... Sans compter que le désir inconscient de s'identifier
à l'autorité par la recherche du pouvoir cache aussi parfois un
sentiment d'infériorité ou de culpabilité. Et plus le besoin
d'identification est grand, plus les affrontements avec soi-même entre les
divers aspects de la personnalité sont dramatiques; de même qu'avec
l'entourage par suite de la projection que l'on fait de ces aspects sur les autres.
Pour
occuper une position de pouvoir avec un minimum de tension, il faut que d'autres
mobiles que l'identification au parent entrent pour beaucoup dans la motivation.
Ces autres mobiles ne peuvent venir que du moi : à partir d'une démarche
visant à se définir en fonction de l'adulte. Ce qui suppose déjà
une certaine autonomie, et que la recherche ou l'exercice du pouvoir ait cessé
d'être un moyen de régler ses problèmes psychiques. Autrement
dit, de ne plus avoir à prouver quelque chose aux autres et surtout à
soi-même. De sorte qu'on exerce le pouvoir avec une certaine aisance.
Pour n'être pas une source de frustrations, de tensions
et de conflits, la recherche ou l'exercice du pouvoir exige la capacité
de maintenir une certaine distance, une bonne dose d'humour et de l'équanimité –
qui ne sont pas des qualités du parent, mais de l'adulte. |
| Le
pouvoir fait aussi des victimes, en particulier dans deux situations :
-
chez les " incompétents "
Les victimes du burn-out se recrutent aussi parfois parmi ceux dont le stress
professionnel résulte surtout de l'écart entre leurs aptitudes et
les exigences de leurs fonctions. Mais la question de la compétence est
complexe. Ces exigences peuvent être en effet aussi bien d'ordre personnel
que professionnel. On peut être compétent au plan professionnel,
posséder le savoir technique, sans l'être pour autant au plan personnel,
c'est-à-dire ne pas avoir par exemple les qualités nécessaires
pour diriger les autres. C'est rarement dans la compétence technique, mais
plutôt dans les rapports qu'on doit entretenir avec les autres que le stress
professionnel trouve sa principale source. Il est évident que ceux
qui, sur un plan ou sur l'autre, sont parvenus à leur " niveau
d'incompétence ", pour reprendre la formule de Peter,
rendent le milieu de travail stressant, non seulement pour les autres, mais aussi
pour eux-mêmes. Or, à en croire le même Peter, on trouverait
à tous les niveaux de fonctionnement de nos institutions, des personnes
qui ont du mal à assumer leurs responsabilités, qui n'arrivent pas
à fonctionner avec une certaine aisance. Autrement dit, qui sont "incompétents".
* Dr Laurence J. Peter,
Le Principe de Peter, Éd. La Presse/Stock.
On peut alors se demander pour quelles raisons ces personnes ont accepté
de telles responsabilités? Ou encore pour quelles raisons ont-elles bien
souvent poursuivi avec un si bel acharnement des démarches pour accéder
à des responsabilités pour lesquelles elles n'ont pas la compétence
voulue. C'est qu'il entre souvent dans la recherche du pouvoir une volonté
inconsciente de sortir de l'anonymat aliénant où l'on se trouve
dans la plupart des institutions typiques de notre société. La seule
solution pour donner plus de contour à l'identité paraît alors
de s'élever dans la hiérarchie. Donc, de devenir l'autorité
en s'identifiant toujours plus au parent intérieur. -
et chez ceux qui occupent des postes de " responsabilité
sans le pouvoir " :
Les victimes du burn-out se recrutent
aussi bien souvent parmi ceux qui occupent des postes de direction à un
niveau intermédiaire d'une entreprise ou d'une institution, sans détenir
le pouvoir de la changer ou de la transformer. Ce n'est donc pas parmi ceux qui
occupent des postes de grandes responsabilités, contrairement à
ce que l'on a pu penser à un moment, que se recrutent le plus souvent les
candidats au burn-out. Dans la mesure où ceux qui occupent des postes de
grandes responsabilités détiennent le pouvoir, ils sont donc rarement
en inhibition
de l'action : ils s'adaptent par l'action et
non par la soumission. Ce sont plutôt ceux qui occupent des postes intermédiaires
qui sont le plus menacés. Il en va de même du reste pour ce
qui est des caractéristiques individuelles. On constate en effet que ceux
qui exercent une certaine maîtrise sur leur vie en général,
qui ont un sentiment de responsabilité personnelle (et non de culpabilité),
sont moins susceptibles de se retrouver en burn-out que ceux qui ont le sentiment
que leur vie dépend surtout des autres et des conditions extérieures,
autrement dit du destin. Ceux qui éprouvent un sentiment d'impuissance
face au monde extérieur et face à eux-mêmes sont en général
plus vulnérables. Ce sentiment d'être au contrôle de sa
vie et relativement responsable est aussi le propre de l'adulte. |
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