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À ceux qui ne seraient pas encore conscients de l'importance du phénomène, je rappelle que selon une statistique de l'OMS (Organisation mondiale de la santé), dans certaines nations industrielles, une personne sur cinq souffre de dépression. Je retiens ici deux points de vue :
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Ce regard sur l'environnement physique et psychosocial devrait nous inspirer de contribuer le plus possible à la transformation du monde dans lequel nous vivons afin de le rendre plus humain; et nous inspirer, au plan individuel, des attitudes nouvelles et des comportements différents dans notre interaction avec ce monde de plus en plus complexe. Il faut donc accorder une grande importance aux causes extérieures qui favorisent le burn-out et en général les maladies de civilisation. Il y aurait même encore beaucoup à dire sur les conditions de travail tant physiques que psychologiques, voire même administratives et syndicales... Mais c'est le point de vue psychologique qui retient davantage mon intérêt. Mais je veux surtout parler de l'individu, de la psyché et de ses mécanismes, de la difficulté d'être heureux, de l'importance de voir sa souffrance pour s'en libérer relativement, de la façon de prévenir le burn-out ou d'en sortir et d'en sortir grandi; de la nécessité de croître et de l'occasion qui s'offre de faire du burn-out, comme de la plupart des maladies de civilisation, une occasion de croissance. Au début d'une démarche qui vise à se libérer du burn-out, il est essentiel d'identifier cette souffrance et de la reconnaître. Ce qui suppose un certain courage, car on n'aime pas s'avouer une "faiblesse", surtout d'ordre psychique. En particulier les hommes les mâles de l'espèce! pour qui toute difficulté de cet ordre apparaît comme l'aveu d'un échec et non pas comme un simple accident de parcours encore moins comme une épreuve nécessaire pour grandir... Il se trouve qu'identifier clairement et reconnaître en soi la présence d'un état de mal-être qu'on éprouve pourtant, mais d'une manière confuse est souvent difficile, et plus particulièrement sans doute dans le cas d'un burn-out. Et ce, pour deux raisons qu'il me paraît d'autant plus important de préciser que cet exercice va nous permettre de poursuivre la description de cette forme de mal-être:
Nous allons également examiner certains moyens de prévenir ou de guérir le burn-out. Il est devenu urgent de transformer l'environnement physique et psychosocial, en particulier de réduire les structures trop normatives d'un système social à intégration poussée, pour le rendre moins pathogène en mettant l'accent sur la qualité de vie des individus. Il est aussi très important, au plan individuel, de redéfinir les attitudes et les comportements par rapport à l'environnement psychosocial, en insistant tout particulièrement sur une plus grande autonomie de l'individu à l'intérieur du système. C'est l'autonomie qui permet de passer d'une adaptation par la soumission à une adaptation par l'action qui, seule, favorise l'épanouissement de l'individu. De l'être au monde, je veux parler ensuite de l'être en soi. Il revient à l'individu d'examiner le rapport des différents aspects de son psychisme et en particulier de se redéfinir en fonction, non plus du surmoi, mais du moi. Cette démarche qui consiste à se retrouver dans son être n'a rien d'égoïste ou de narcissique. Elle permet au contraire de se déterminer davantage en tant qu'être autonome. Car on doit devenir plus autonome, non seulement par rapport au monde et aux autres, mais aussi par rapport à certains aspects de son psychisme. En particulier on doit se libérer relativement des patterns de fonctionnement déterminés par le surmoi. C'est ainsi qu'on passe davantage au contrôle de sa vie. Mais cette démarche suppose d'effectuer un rétablissement qui consiste essentiellement à se redéfinir en fonction de son être véritable et de ses priorités. Autrement dit, de se recentrer. Seul un être centré en lui-même est capable d'une vision juste et de l'attitude juste qui en découle. Ce qui permet, non seulement de prévenir et de guérir un burn-out, mais de faire d'une crise de la vie une occasion de croissance. Cette réconciliation avec le moi ranime la joie de vivre. Car la vie est essentiellement érotique dans le sens d'évolution, de croissance et de dépassement. La mort, il est vrai, nous habite aussi: on la ressent du reste dans certains états de mal-être. Il n'y a pas de doute que ces états sont un flirt avec les instincts de mort, avec les forces de réduction et de destruction qui sont en chacun de nous. Renouer avec l'Éros, c'est libérer la vie. Mais comment trouver de la joie à créer sa vie, à participer consciemment à la création de sa vie au lieu de la subir, si l'existence au jour le jour paraît une corvée? Le burn-out peut devenir une occasion d'inventer à son propre usage un nouvel art de vivre. Mais les techniques d'éveil et les pratiques de vie saine, pour importantes qu'elles soient, ne suffiront pas à vous libérer de cet état de mal-être. Aller marcher dans la nature, faire de l'exercice toutes ces pratiques peuvent être utiles ou même nécessaires. Ou encore la relaxation, le taï-chi... Et sans doute vous faudra-t-il recourir à certaines d'entre elles selon votre tempérament ou vos intérêts personnels. Comme aussi à l'occasion de passer une soirée en bonne compagnie ou de faire une sortie intéressante... Mais pour se libérer d'un burn-out, ces pratiques et ces occupations de loisir doivent prendre appui sur une prise de conscience qui passe nécessairement par une démarche. Sans une redéfinition lucide de ses rapports avec l'environnement physique et surtout psychosocial, et une réévaluation de ses priorités en fonction du moi, les nouvelles attitudes face au travail, les techniques d'éveil et les pratiques d'un art de vivre risquent de s'imposer comme une charge additionnelle comme un nouveau diktat du parent intérieur. Si de marcher dans la nature, pour prendre cet exemple, vous paraît une obligation, c'est peut-être que vous avez perdu le contact avec quelque chose d'essentiel en vous... Il faut alors vous demander s'il vous arrive parfois de faire quelque chose qui ne vous paraisse pas une obligation. Avez-vous au moins UNE occupation que vous ne considérez pas comme un devoir? J'en arrive à penser que si le burn-out n'existait pas, il faudrait l'inventer!... Pour ce qui est du moins de l'occasion qu'il représente de faire le point et de repartir plus centré, réconcilié avec soi-même; et en particulier de redéfinir son rapport au monde sur les plans professionnel et personnel afin de trouver entre les deux un nouvel équilibre, puisque c'est souvent à la charnière de ces deux aspects du fonctionnement que se trouve cette difficulté d'être. Le burn-out peut exiger quelques mois de réflexion et de travail sur soi, parfois même davantage. Bien qu'il arrive aussi qu'on franchisse cet obstacle tout d'un coup, comme s'il suffisait pour ainsi dire de se retourner sur soi-même pour que se transforme la vision qu'on avait de l'existence et de son rapport au monde; pour que se révèle le sens caché de la vie qui est essentiellement une occasion de croissance et de dépassement. Mais il ne faut pas chanter victoire trop vite. Car le burn-out, comme je l'ai déjà signalé, est de nature intermittente. Il s'en va, il revient... On peut même le traîner toute une vie comme un boulet. Il peut même finir par s'imposer comme une dimension de soi. Ce qui suppose de prendre le burn-out au sérieux. Non seulement il peut assombrir toute une vie, mais il arrive qu'il se transforme en dépression ou favorise certaines maladies au plan physique en diminuant les défenses de l'organisme. On doit donc aussi considérer le burn-out de l'autre point de vue: non plus comme l'effet de différents facteurs, mais lui-même comme une cause de maladies plus graves. On sait aujourd'hui que les conditions psychiques négatives jouent un rôle déterminant dans l'équilibre physique. La vie apparaît comme un labyrinthe. Chaque étape nous rapproche un peu plus du centre. Mais à chaque étape on a l'impression d'un éclatement de la structure de l'être, comme si tout à coup les divers aspects n'en étaient plus intégrés... C'est alors qu'on doit procéder à une nouvelle intégration, avant de poursuivre son cheminement dans le labyrinthe jusqu'au prochain éclatement... Et ainsi de suite. À chaque étape, on doit s'adapter à des conditions différentes et à de nouvelles priorités, et retrouver son équilibre. Car tout est changement. Il n'y a de permanent que le changement. Le burn-out, que favorise souvent une difficulté d'adaptation à la réalité mouvante, exige pour s'en libérer qu'on fasse de cette résistance une occasion de croissance et de dépassement. C'est avant tout une question de motivation. Toute démarche dépend principalement de la motivation de celui qui l'entreprend et la poursuit. |
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