la Voie du Milieu |
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On raconte que le Bouddha Shâkyamuni, cest-à-dire le Bouddha historique, celui de notre ère, après avoir mené pendant des années une existence ascétique, dans sa quête de léveil, aurait un jour connu le découragement. Renonçant à leffort, il se serait assis sans penser au pied dun figuier. Or, cest précisément là, au pied de cet arbre appelé depuis l" Arbre Bodhi de lÉveil ", dans une attitude de non-effort, quil serait parvenu à lIllumination parfaite. Autrement dit, après des années deffort, à létape ultime, le non-effort était nécessaire pour que se produise lÉveil, que se révèle à Lui sa nature profonde. Cette légende évoque les deux aspects de la démarche sur la Voie consciente que sont la purification et la réalisation, que lon retrouve dans tous les enseignements authentiques. La purification, qui consiste à nettoyer le cur et le mental, à mettre de lordre dans sa vie, à corriger les écarts, représente laspect qui exige un effort; la réalisation proprement dite, conçue comme une expérience unique et spontanée par certains, et progressive par dautres représente laspect associé au non-effort. Mais cette division en deux étapes est arbitraire. La purification, qui est la tâche principale du cheminement, contient déjà la réalisation (progressive cette fois), à la condition de cheminer en pleine conscience. Car là où est la conscience se trouve la Réalité, donc la réalisation. Il en va de même à chaque étape de la démarche: leffort doit être suivi du non-effort. De même quà chaque étape à lintérieur de chaque étape et à chaque étape à lintérieur de chaque étape de chaque étape et ainsi de suite... Et ce, jusquà vivre les deux aspects de la démarche, correspondant respectivement à leffort et au non-effort, de plus en plus rapprochés lun de lautre, jusquà les vivre, pour ainsi dire, simultanément. Doù la Voie du Milieu conçue par le Bouddha, ni trop ni trop peu. Et doù limage du fil dun rasoir, qui suggère que lon doit progresser sur cette voie très étroite et très périlleuse, sans tomber ni dun côté ni de lautre, ni dans leffort ni dans le non-effort. Comme entre ce que " je suis " et ce que je deviens, labsolu et le relatif, léternité et le temps, en assumant la contradiction apparente. |
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D'après le Dictionnaire de la sagesse orientale,
Éd. Robert Laffont
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