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du Samouraï

 

les neuf principes fondamentaux de Miyamoto Musashi

CINQ : 

Savoir distinguer les avantages
et les inconvénients de chaque chose

"Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie..."  
Ce principe m’apparaît comme une invitation à voir les situations dans lesquelles on se trouve avec réalisme. Autrement dit, à «voir ce qui est». Les avantages, bien sûr, mais aussi les inconvénients. Et surtout les inconvénients que vont entraîner les avantages, car il n’y a pas d’avantages sans inconvénients, de même qu’il n’y a pas non plus d’inconvénients sans avantages (bien que le dernier terme de cette proposition paraisse en général moins évident...).

Cette vision peut sembler pessimiste mais l’observation la plus élémentaire permet de constater qu’elle est tout simplement réaliste. C’est ainsi, par exemple, qu’à une époque les maladies infectieuses (inconvénients) régressent grâce aux antibiotiques (avantages) ce qui, du fait de l’explosion démographique qui s’ensuit, provoque les plus grandes famines (inconvénients) de l’histoire de l’humanité... Je pourrais poursuivre ad infinitum sur cette lancée : les syndicats (avantages) ont entraîné un alourdissement (inconvénients) du fonctionnement des institutions et des entreprises; la révolution industrielle a contribué au confort (avantages) d’une partie de l’humanité, mais elle est responsable de l’exploitation de l’autre partie et de la pollution sur l’ensemble de la planète (inconvénients); les technologies du transport permettent aujourd’hui à des millions de personnes de découvrir le monde (avantages), mais ce flux de touristes représente une menace grave pour l’équilibre des systèmes, naturels aussi bien que sociaux (inconvénients); l’hygiène de vie, une meilleure alimentation et (encore une fois) les progrès de la médecine sont autant de facteurs qui contribuent à l’augmentation de l’espérance de vie (avantages), mais on découvre que cette augmentation entraîne de nouvelles maladies, des coûts sociaux causés par le vieillissement de la population qui menacent l’économie et, pour un grand nombre de personnes âgées, des conditions de vie qui tiennent davantage du naufrage que de la sérénité... (inconvénients); etc.

   
C’est que nous vivons dans un monde de dualité. Il faut aussi entendre ce mot dans le sens d’ambivalence, de contradiction.
Le yin et le yangSi nous considérons l’énoncé de Musashi en fonction de l’énergie, nous dirions que le positif et le négatif finissent toujours par s’équilibrer. Le taoïsme enseigne que l’énergie cosmique, qui se manifeste à tous les niveaux, comporte deux aspects opposés et complémentaires que sont le yin, la tendance passive, et le yang, la tendance active. Ces deux tendances se manifestent en alternance, l’une se trouvant en puissance dans l’autre. C’est ainsi que dans la symbolique taoïste, on représente ces deux formes d’énergie par un cercle que divise une ligne sigmoïde (en forme de S) avec, de part et d’autre, le yin et le yang : la partie noire comportant un point blanc et la partie blanche un point noir, ce qui signifie que l’une donne naissance à l’autre.
   
Dans ces conditions, où est le progrès? En effet, si "les avantages et les inconvénients de toutes choses" sont indissociables; et si chaque fois que l’on trouve une solution à un problème, elle entraîne un nouveau problème, parfois même plusieurs, où donc est le progrès? Troublante question. Surtout, étant donné l’impossibilité d’échapper à cette tyrannie, comment éviter d’être paralysé dans l’action?

L’évolution procéderait comme une spirale excentrique, qui va s’élargissant petit à petit. Par un processus d’essais et d’erreurs, de nouvelles conditions sont créées qui permettent à la conscience de faire de nouvelles expériences. Rien n’interdit de penser, bien sûr, qu’elles représentent un progrès matériel. On estime volontiers que les conditions de vie actuelles sont relativement meilleures qu’elles ne l’étaient autrefois, du moins pour nous. Il devient évident qu’elles ne sont meilleures que pour quelques privilégiés. C’est ainsi que l’on se trouve très vite devant la dualité. Mais, comme le suggère l’image de la spirale excentrique, à travers ce processus d’essais et d’erreurs, la conscience s’étend. Tel est le véritable progrès.

Ce principe, si on l’applique au domaine de l’action, suppose donc qu’il est impossible de prendre des décisions, d’arrêter des politiques, qui ne comportent que des avantages : elles vont nécessairement entraîner aussi des inconvénients. Dans le monde de la dualité où nous sommes, les deux aspects positif et négatif de l’énergie que représentent les avantages et les inconvénients tendent vers un équilibre dans le temps. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’une telle vision oblige à considérer les situations dans leur complexité et à prévoir autant que possible les inconvénients qu’entraîneront nécessairement les avantages obtenus. Il s’agit toujours, partagés que nous sommes entre "les avantages et les inconvénients de toutes choses", d’orienter l’énergie avec lucidité.

J’ai eu l’occasion d’exposer ce principe à des groupes de gestionnaires dans le cadre d’ateliers de formation. Les témoignages recueillis par la suite me permettent de penser que la compréhension de ce principe inspire des décisions, des politiques, plus justes.

IN Promesses et menaces à l’aube du XXIe siècle (éd. Odile Jacob).    

Le "syndrome de Dédale"

La tyrannie de ce principe a été reconnue par quelques scientifiques, dont Baruch S. Blumberg, Prix Nobel de médecine (1976), qui l’a baptisée "syndrome de Dédale".

"[...] lorsqu’un problème est résolu, il soulève d’autres problèmes, et leur solution crée à leur tour d’autres problèmes. Le mythe de Dédale constitue une bonne métaphore de ce processus.

"Dédale était architecte, sculpteur, ingénieur, artisan et particulièrement doué pour résoudre les problèmes. Or, chaque fois qu’il résolvait un problème, d’autres surgissaient. Lorsqu’il travaillait à la cour du roi Minos, il trouva la solution du problème posé par l’amour de la reine Pasiphaè pour le grand taureau blanc sacré. Il dessina et fit construire une vache creuse, grandeur nature. On installa la reine à l’intérieur, elle fut inséminée, et son problème fut résolu. Mais cela créa un autre problème, car cette union donna un fruit, le Minotaure. Dédale résolut ce problème-là en construisant un labyrinthe où l’on pourrait enfermer le Minotaure. Ce qui créa encore un autre problème, car de jeunes Athéniennes et Athéniens devaient être offerts en sacrifice au Minotaure tous les ans, et cela affligeait Dédale, qui était lui-même Athénien. Pour résoudre ce problème, il aida Thésée et Ariane (fille du roi et de la reine, donc demi-sœur du monstre) à tuer le Minotaure et à s’échapper du labyrinthe. Mais cela conduisit à l’emprisonnement de Dédale dans le labyrinthe avec son fils Icare. La solution de ce problème – la fuite de Dédale et d’Icare grâce à des ailes faites de plumes et de cire – conduisit à la mort d’Icare. Dédale s’envola vers d’autres aventures et vers la solution et la création de nouveaux problèmes. Ainsi, un des résultats de la créativité scientifique et de la résolution de problèmes est souvent de donner naissance à de nouveaux problèmes, même si la situation est meilleure qu’au départ. Il faut garder cette idée en tête lorsqu’on utilise la science pour résoudre des problèmes technologiques et sociaux."

Témoignage de Jacques Languirand : "Pas tant "tant pis!" pas tant "tant mieux!"

 

 

Les principes de Musashi

1 - Éviter toutes pensées perverses
2 - Se forger dans la voie en pratiquant soi-même
3- Embrasser tous les arts
4 - Connaître la voie de chaque métier

5 - Distinguer les avantages et les inconvénients
6- S’habituer au jugement intuitif
7 - Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas
8 - Prêter attention au moindre détail
9 - Ne rien faire d’inutile

"Sur le chemin le plus long on avance pas à pas. Réfléchissez-y sans vous hâter. Prenez la pratique de ces règles pour fonction de samouraï. [...]

"Forgez-vous par l’étude de mille jours et polissez-vous par l’étude de dix mille jours. Il faut bien y réfléchir."

 

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