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du Samouraï

 

les neuf principes fondamentaux de Miyamoto Musashi

SIX :

En toutes choses, s'habituer au jugement intuitif

Cité par Frances E. Vaughan dans son ouvrage L’éveil de l’intuition (éd. La Table Ronde).    

"L’intuition peut donner le jour à une théorie mais on n’a jamais vu une théorie donner le jour à une intuition."

Albert Einstein.

"Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie..."   La raison ne suffit pas.

L’intuition est un mode de connaissance directe qui ne passe pas par le raisonnement, la déduction, la logique.

À une étape de l’évolution où la technologie permet, grâce à l’informatique, de prolonger non seulement la mémoire mais d’une certaine façon le raisonnement, la déduction et la logique, il paraît important de rappeler que ce mode de fonctionnement ne suffit pas. Dans la mesure où l’hémisphère gauche du cerveau, qui assure en grande partie ce mode de fonctionnement, se trouve prolongé par la technologie, il faut d’autant plus s’employer à éveiller, à stimuler l’hémisphère droit, qui assure en grande partie le fonctionnement intuitif, afin de ne pas devenir les esclaves de nos machines.

Vaughan, Frances E.;  L’éveil de l’intuition (éd. La Table Ronde).  
Devenir les esclaves de nos machines revient, en définitive, à fonctionner comme elles. "L’organisation mécanique, écrivait Einstein, s’est substituée partiellement à l’homme novateur."
Un développement excessif de la pensée rationnelle finit par atrophier l’intuition. Pour la machine, il s’agit toujours de choisir entre 0 ou 1, blanc ou noir, oui ou non. Il s’agit ici, comme chacun sait, d’un fonctionnement binaire. Mais l’homme se définit aussi au niveau ternaire. C’est même ce qui le distingue essentiellement de la machine. Il y a opposition et complémentarité entre le "oui ou non" de la machine et le "oui et non" de Pythagore, qui est propre à l’homme. Il existe une dialectique, un échange incessant entre les deux modes de fonctionnement, que sont, d’une part, le raisonnement, la déduction et la logique au niveau binaire et, d’autre part, l’intuition au niveau ternaire. Mais il demeure que, dans la complexité, c’est le "oui et non", autrement dit la dimension intuitive, qui permet de fonctionner. Or, le monde devenant de plus en plus complexe, nous devons désormais faire davantage appel à l’intuition.
   
Non seulement l’intuition permet-elle de fonctionner dans la complexité mais aussi dans l’ambiguïté, voire dans la contradiction. La tolérance à l’ambiguïté, à la contradiction, est une des qualités du guerrier d’aujourd’hui, qui doit pouvoir fonctionner en l’absence de valeurs stables et gérer le chaos alors que les repères sont flous. À l’époque où la NASA recrutait ses premiers astronautes, les candidats furent soumis à une batterie de tests particulièrement exigeants. Malgré tout, le nombre de candidats demeura encore trop élevé. Il fallait donc trouver un dernier critère d’admissibilité afin de retenir les plus qualifiés. On soumit donc ces candidats à un test permettant d’évaluer leur tolérance à l’ambiguïté, autrement dit leur aptitude à maîtriser une situation encore indéterminée, qui appelle des jugements contradictoires. En définitive, cela revenait à ne conserver que les candidats capables de faire appel au jugement intuitif. Telle est sans doute aujourd’hui, dans notre monde en crise, la qualité primordiale du guerrier dans l’action.
Mintzberg, Henry; "Planning on the Left Side and Managing on the Right", Harvard Business Review, juillet/août 1976.  
De nombreux entrepreneurs de ma connaissance admettent volontiers qu’il leur arrive souvent, après avoir pesé le pour et le contre, après avoir considéré la décision que leur dictent le raisonnement, la déduction et la logique, d’opter finalement pour celle que leur dicte l’intuition. Comme le fait remarquer Henry Mintzberg, professeur de gestion de l’Université McGill et conseiller très réputé chez les entrepreneurs, le dirigeant de haut niveau, contraint de composer avec des conditions de marché chaotiques et imprévisibles, se doit d’être un "penseur holistique [...] de faire intuitivement confiance à des indices impalpables s’il veut faire face à des problèmes infiniment trop complexes pour relever de l’analyse rationnelle. [...] l’efficacité organisationnelle ne réside pas dans ce concept simplet qu’on qualifie de ‘rationalisme’, mais dans un amalgame de logique clairvoyante et d’intuition pénétrante."
   


Dans le contexte d’ateliers de formation destinés à des gestionnaires, je pense être parvenu à démontrer comment, dans les situations complexes, le mode de pensée déductif est insuf-fisant, en recourant au jeu de Tarots.

Les vingt-deux lames (cartes) des Tarots représentent vingt-deux concepts. Elles peuvent toutefois occuper vingt-deux positions différentes, ce qui leur donne un sens particulier : nous voici donc en présence de (22 x 22) concepts. Par ailleurs, le sens de chaque lame change selon qu’elle est à l’endroit ou à l’envers : nous voici maintenant en présence de (22 x 22 x 2) concepts... En dernière analyse, je dirais qu’on arrive à une combinatoire qui serait de l’ordre de (22 x 22 x 2)22 sauf erreur! Soit...

Il est certain qu’une bonne connaissance du sens de chacune des lames et de chacune des positions est nécessaire. C’est la part de la raison. C’est en quelque sorte posséder le mode d’emploi. Mais les Tarots représentent un tel système de variations combinatoires, autrement dit de permutations de sens à l’infini, que leur complexité impose rapidement de faire appel aussi, je dirais même surtout, à l’intuition. Le passage d’un niveau de fonctionnement à l’autre, de l’interprétation déductive à l’interprétation intuitive, si on en est conscient au moment où il se produit, représente une expérience exaltante. Que ce soit à l’occasion de l’interprétation des Tarots ou d’une prise de décision dans l’action, on a soudain l’impression d’une expansion de la conscience. Le cerveau qui jusque-là émettait surtout des ondes bêta émet alors davantage d’ondes alpha.

   

comment s’éveiller à l’intuition?

"Le poète trouve d’abord, il cherche ensuite."

Jean Cocteau

Cette formule – fulgurante! – me paraît s’appliquer à toute démarche intuitive dans quelque domaine que ce soit. Dans les situations complexes, critiques ou confuses, il faut souvent renoncer à chercher... pour «trouver d’abord»!

Chercher et trouver correspondent en fait aux deux modes de pensée fondamentaux. Le poète – dont l’une des fonctions consiste à rendre familier ce qui est étrange et étrange ce qui est familier – suggère ici de renverser l’ordre habituel : de trouver d’abord et de chercher ensuite. Or, cette formule résume très bien le brainstorming, à propos de l’invariant commun. Cette méthode de créativité conçue par Alex Osburn favorise le fonctionnement du mode de pensée intuitif, le générateur d’idées, lui permettant de "trouver d’abord" en réduisant le plus possible, selon la règle dite du jugement différé, le fonctionnement du mode de pensée déductif, qu’il appelle le filtre à idées.

Il s’agit donc de mettre en veilleuse l’esprit critique, car nous avons tendance à évaluer une nouvelle idée, à l’analyser, à soulever des objections et à conclure prématurément. Lorsque l’on se soumet à la règle du jugement différé, on reporte à une étape ultérieure l’intervention du mode de fonctionnement déductif de la pensée, s’accordant ainsi un délai avant de peser le pour et le contre. Sans se soucier de la pertinence des idées ou de leurs possibilités de mise en pratique, les participants auxquels on propose une suite de stimuli expriment toutes les idées qui leur viennent à l’esprit. Ces idées émergent parfois par associations, formant comme une suite de la même famille; parfois, au contraire, elles n’ont aucun rapport les unes avec les autres. Un meneur de jeu qui a préparé la séance énonce les règles à respecter et veille à leur application. À l’occasion, il imprime une nouvelle orientation à la recherche en soumettant de nouveaux stimuli. Une autre personne joue le rôle de greffier, qui consigne les idées au fur et à mesure qu’elles sont émises. La séance doit se dérouler avec une certaine rigueur mais dans un climat ludique.

Cette méthode a été conçue pour stimuler la créativité en groupe. C’est à cette condition qu’elle se révèle la plus fructueuse, l’interaction des participants ayant un effet d’entraînement. Mais, comme le fait remarquer Philip Goldberg : "Les règles à observer sont fort simples, et les principes de base aisément adaptables, de sorte que la technique peut aussi s’appliquer individuellement. Ces règles sont au nombre de quatre :

Goldberg, Philip; L’intuition (éd. de l’Homme).  
  1. Quelles que soient les idées proposées, on ne doit ni les discuter, ni les juger. Leur analyse critique fera l’objet d’une séance ultérieure.
  2. Abondance d’idées ne nuit pas, bien au contraire. Comme le dit un proverbe chinois : ‘Qui veut prendre un poisson doit tendre plusieurs lignes.
  3. Aucune idée ne doit être considérée a priori comme étrange, farfelue ou totalement hors du sujet. Le but recherché n’est pas d’être dans le vrai, mais d’amorcer un processus générateur de solutions de rechange neuves.
  4. On s’efforcera au maximum d’amalgamer entre elles les différentes idées émises, de les modifier ou de les perfectionner." 

Le brainstorming est une tactique du guerrier sur la Voie de l’action.

Harman, Willis PH. D. et Howard Rheingold, Créativité transcendante – Devenir le cocréateur de sa vie (éd. de Mortagne)    

question de channeling

"[...] ne plus limiter à un petit nombre le spectre le plus élevé du potentiel humain. L’état actuel de la connaissance le permet et les circonstances planétaires présentes l’exigent."

Willis Harman Ph. D. et Howard Rheingold

   
Le mot channeling fait recette. Il aura mis une vingtaine d’années à s’imposer. On l’entend aujourd’hui le plus souvent dans le sens d’une expérience de communication avec l’au-delà par l’entremise d’un channel, d’un canal ou médium qui agit comme intermédiaire. Mais dans le sens originel du mot, le channeling signifie simplement que "l’image ou l’information" provient par l’entremise d’un channel "non précisé, d’une source non spécifiée en dehors de la perception consciente", ce qui revient à dire que cette image ou cette information peut aussi provenir de l’intuition. C’est dans ce sens surtout, celui d’une communication avec le surconscient, que le mot est pris par Harman et Rheingold : "À peu près tout le monde a fait l’expérience d’un channeling de vision créatrice, d’une percée d’intuition profonde, d’un moment de connaissance qu’il savait provenir d’en dehors de la partie habituelle de l’esprit cognitif."

De nombreux témoignages permettent d’affirmer que de telles expériences possèdent une puissance transformatrice. Des expériences de channeling, au sens où on l’entend ici, peuvent mener à une croissance et à une transformation aux plans psychologique et spirituel. Car l’intuition est la faculté qui permet d’entrer en rapport avec le Soi, le guide intérieur en chacun de nous. C’est ainsi que Krishnamurti l’entendait : "[...] l’intelligence très éveillée, c’est l’intuition; c’est le seul guide véritable dans la vie." Être à l’écoute de son guide intérieur, de son intuition, permet de créer sa vie, en trouvant en soi les réponses aux grandes questions : "Que devrais-je faire de ma vie? Comment puis-je devenir moi, le plus parfaitement possible? Comment éveiller et exploiter pleinement mon potentiel? À quoi devrais-je employer le moment qui vient?, etc." Trouver en soi des réponses à de telles questions revient effectivement à créer sa vie. Tel est sans doute l’objet ultime de la créativité. La percée ultime de l’intuition.

Ces expériences de révélation et d’illumination peuvent aussi favoriser une transformation au plan social. Comme le soulignent les auteurs : "Le point de rencontre entre la conscience humaine et la transformation de la société, dans l’histoire, semble se trouver dans cette percée individuelle vers des potentiels encore inexploités." La physique moderne enseigne que rien n’est séparé, tout est interrelié. Sir James Jeans, physicien de réputation mondiale, résumant les effets de la découverte de la mécanique quantique, disait : "L’univers commence à ressembler davantage à une grande pensée qu’à une grande machine." Commentant cette déclaration, "à la fois poétique et scientifique, mais des plus troublantes", Harman et Rheingold font état d’une étude récente portant sur l’opinion qui se fait jour actuellement chez les scientifiques américains, opinion selon laquelle la réalité émergerait d’un "champ unifié de conscience." C’est à l’exploitation de notre capacité de faire de telles percées vers des ressources jusqu’ici peu explorées que nous invitent Harman et Rheingold. Ce sont là en effet, précisément, "des ressources qui nous permettront de régler nos plus grandes difficultés. Surtout les plus grandes, y compris la plus considérable de toutes : notre autodestruction."

Pour amorcer cette transformation nous devrons, d’abord et avant tout, changer certaines de nos croyances. Car ce sont nos croyances qui créent la réalité : notre perception de l’univers, de la nature humaine, de nous-mêmes. Nous devons changer parmi ces croyances celles qui se rapportent aux capacités humaines, et plus spécialement aux limites de ces capacités, telles qu’elles sont encore aujourd’hui perçues par la société. Ces fausses croyances sont fondées sur une série de postulats qui n’ont été contestés que tout récemment, parmi lesquels : l’esprit est une fonction des composantes du cerveau et uniquement une fonction du cerveau; l’individu moyen possède peu ou pas de génie ou de talent, et son aptitude à l’inspiration est proportionnelle au quotient intellectuel qu’il a eu la chance (ou la malchance) de recevoir à la naissance; etc. Ce sont de telles croyances qui déterminent nos limites et qui nous empêchent de réaliser notre potentiel. Changer radicalement nos croyances, conscientes et inconscientes, revient à repousser nos limites personnelles. Ce qui représente une entreprise considérable, il ne faut pas se le cacher. Car les croyances qui sont les moins senties au niveau conscient se forment très tôt dans la vie et peuvent ne jamais changer. Ce sont celles qui nous intéressent le plus ici : "les croyances fondamentales se rapportant à notre identité en tant qu’être humain et à notre relation avec le reste de l’univers". Pourtant, comme le rappellent les auteurs : "L’histoire nous a montré à maintes reprises l’évolution possible de l’opinion sur les limites humaines et que ces limites elles-mêmes peuvent changer de façon radicale." Ils n’hésitent d’ailleurs pas à affirmer qu’il est "possible de reprogrammer de façon délibérée nos croyances".

Telle est la tâche du nouveau guerrier aujourd’hui : explorer son espace intérieur et repousser ainsi ses propres limites.

   

 

Je suggère sur l’intuition les trois livres suivants :

Philip Goldberg, L’intuition (éd. de l’Homme), ouvrage orienté en fonction de l’action;

Frances E. Vaughan, L’éveil de l’intuition (éd. La Table Ronde), ouvrage qui met l’accent sur la démarche psychospirituelle;

Willis Harman, PH. D. et Howard Rheingold, Créativité transcendante – Devenir le cocréateur de sa vie (éd. de Mortagne, coll. "Par 4 chemins"), ouvrage d’information mais aussi outil de transformation de soi et du monde, qui nous propose une nouvelle image de l’homme.

 

Témoignage de Jacques Languirand : "La Belle au Bois dormant".

 

Les principes de Musashi

1 - Éviter toutes pensées perverses
2 - Se forger dans la voie en pratiquant soi-même
3- Embrasser tous les arts
4 - Connaître la voie de chaque métier

5 - Distinguer les avantages et les inconvénients
6- S’habituer au jugement intuitif
7 - Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas
8 - Prêter attention au moindre détail
9 - Ne rien faire d’inutile

"Sur le chemin le plus long on avance pas à pas. Réfléchissez-y sans vous hâter. Prenez la pratique de ces règles pour fonction de samouraï. [...]

"Forgez-vous par l’étude de mille jours et polissez-vous par l’étude de dix mille jours. Il faut bien y réfléchir."

 

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