Retour à la section "INDIVIDU"La Voie
du Samouraï

 

les neuf principes fondamentaux de Miyamoto Musashi

SEPT : 

Connaître d'instinct ce que l'on ne voit pas

     

Ce principe se rapporte à la nature animale de l’homme.

Il me paraît significatif que Musashi fasse une distinction entre l’intuition, qui est l’objet de son sixième principe, et l’instinct dont il parle ici. Cette distinction est d’autant plus importante que l’on a souvent tendance à confondre ces deux termes.

     

INSTINCT : "Impulsion qu’un être vivant doit à sa nature; comportement par lequel cette impulsion se manifeste. [...] D’instinct : d’une manière naturelle et spontanée."

INTUITION : "Forme de connaissance immédiate qui ne recourt pas au raisonnement."

Le Petit Robert.

"Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie..."    

Selon la pensée traditionnelle, l’être humain se définit en fonction d’une polarité fondamentale :

• l’intuition, qui correspond au pôle supérieur, celui de la divinité, de la conscience cosmique;

• et l’instinct, qui correspond au pôle inférieur, celui de l’animalité, de l’énergie vitale.

L’instinct est la tendance innée, commune à tous les êtres vivants. C’est par l’instinct que nous participons de la nature, en nous comme à l’extérieur de nous.

L’instinct représente la nature en nous par rapport à la culture.

Depuis peu, j’ai pour moi-même regroupé l’enseignement traditionnel en fonction de la représentation suivante :

  • ce qui concerne le mental, la raison, l’imagination, l’intuition, par rapport à la tête;
  • ce qui concerne les émotions, les sentiments, par rapport au cœur;
  • ce qui concerne les sensations, l’instinct, le corps, l’animalité, par rapport au ventre.

L’instinct correspond donc au ventre.

     

LE HARA

Que ce soit dans les arts martiaux ou dans la pratique de zazen (technique de méditation zen), la tradition japonaise enseigne que le centre de l’instinct est le hara.

Le mot japonais hara signifie "ventre". Mais il est souvent employé pour parler du centre de gravité, le point d’équilibre du corps, où sont concentrées les forces vitales.

Ce centre se trouve à l’intérieur de l’abdomen : entre, d’une part, quatre centimètres environ (deux ou trois doigts) sous le nombril et, d’autre part, la cinquième vertèbre lombaire.

Le hara est le noyau de l’énergie vitale, de la force instinctive ou ki.

     

de la conscience du corps...

Dynamiser l’instinct commande de vivre en harmonie avec la nature, en chacun de nous comme à l’extérieur, car je suis dans la nature et la nature est en moi.

La nature en moi est le corps.

"Connaître d’instinct" prend appui sur le corps.

Tout exercice physique permet de dynamiser l’instinct. Mais l’attention au corps, lorsque le genre d’exercice le permet, a pour effet de développer aussi la conscience du corps, en ajoutant une dimension importante : le maîtrise du mental. Il s’agit par cette pratique – comme dans les arts martiaux qui doivent être pratiqués non pas mécaniquement mais en étant conscient de la posture, du mouvement du corps – d’étendre ainsi la conscience, qui est le plus souvent logée dans la tête, à l’ensemble du corps. Autrement dit, d’incarner la conscience dans tout le corps.

L’attention au corps fait de tout exercice une forme de méditation, une méditation dynamique.

La respiration abdominale permet aussi de développer la conscience du corps. L’attention est d’abord tournée vers l’abdomen, le hara : inspiration/expiration... Puis, petit à petit, elle s’étend à tout le corps jusqu’à inclure éventuellement le rapport du corps à l’environnement.

D’autres pratiques telles que, encore une fois, les arts martiaux mais aussi, par exemple, le ski – comme je l’ai souligné dans mon commentaire du premier principe – permettent (relativement) de développer la conscience du corps et de l’étendre à son rapport à l’environnement.

     

... à la conscience de soi

La conscience du corps, que ce soit par l’attention aux sensations tactiles (et auditives), aux mouvements ou à la respiration abdominale, permet d’accéder à la conscience de soi, la conscience d’être.

Il n’y a pas de fonctionnement harmonieux sur les autres plans qui ne prenne appui sur l’instinct, fondement de l’être. "Connaître d’instinct", pour reprendre la formule de Musashi, c’est prendre conscience de soi, de l’être dans sa globalité.

Témoignage de Jacques Languirand : "Joyeux Noël".

 

 

Les principes de Musashi

1 - Éviter toutes pensées perverses
2 - Se forger dans la voie en pratiquant soi-même
3- Embrasser tous les arts
4 - Connaître la voie de chaque métier

5 - Distinguer les avantages et les inconvénients
6- S’habituer au jugement intuitif
7 - Connaître d’instinct ce que l’on ne voit pas
8 - Prêter attention au moindre détail
9 - Ne rien faire d’inutile

"Sur le chemin le plus long on avance pas à pas. Réfléchissez-y sans vous hâter. Prenez la pratique de ces règles pour fonction de samouraï. [...]

"Forgez-vous par l’étude de mille jours et polissez-vous par l’étude de dix mille jours. Il faut bien y réfléchir."

 

    Retour au début