le stress |
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Le stress commence à la naissance. Désormais, l'être est séparé. Désormais, entre lui et le milieu, il y aura interaction. Elle se terminera avec la mort. Entre-temps, il lui faudra s'adapter. Vivre, c'est s'adapter. Le stress est au cur du système d'adaptation de l'homme. C'est au Professeur Hans SELYE, scientifique canadien de réputation internationale, que nous devons le concept du stress qui est aujourd'hui passé dans les préoccupations de l'homme de la rue, un peu partout dans le monde. Le Professeur SELYE parle de stress négatif et de stress positif; de la possibilité de transformer un stress négatif en stress positif - c'est surtout, selon lui, une question d'attitude. Si on adopte devant un agent de stress négatif une attitude positive, on peut le transformer en agent de stress positif; par exemple, un travail exigeant. En face d'un agent de stress, l'attitude est souvent déterminante. Les causes de stress sont moins importantes que la façon d'y faire face. Il s'agit de maintenir ce que les biologistes appellent l'homéostasie, la stabilité de l'organisme. Le stress n'est donc pas à éviter. Pas plus qu'on ne doive éviter la température. Il s'agit d'éviter d'en faire trop ou pas assez. Le stress, c'est la réponse de l'organisme à une demande qui lui est faite: le froid, le chagrin, un effort physique, un médicament. Ce sont les stimuli. Le stress est au coeur du mécanisme d'adaptation à tous les stimuli. C'est la réponse qui est le stress et non le stimulus. Si le stimulus est fort, la réponse est forte. Il y a effort de l'organisme pour répondre aux stimuli, afin de maintenir un état d'équilibre. Il y a stimuli, il y a réponses. Comme on dirait: action-réaction. Et quelle que soit la nature du stimulus: que ce soit une bonne ou mauvaise nouvelle, que ce soit un échec ou un triomphe, qu'il s'agisse d'une course à pied ou de l'orgasme... Le stress est une réaction à toute espèce de demande. Il s'agit de maintenir la stabilité de l'organisme. Le stress est une réponse non spécifique que donne le corps à toute demande qui lui est faite. Il y a aussi une réponse spécifique de l'organisme qui réagit au froid en produisant de la chaleur, à l'effort physique en sécrétant une hormone qui stimulera l'organisme... Mais quelle que soit la nature du stimulus, l'organisme répond aussi d'une façon non spécifique, avec des changements biochimiques identiques, destinés à faire face à toute demande accrue imposée à la machine humaine. Les réactions du stress apparaissent également chez les animaux, y compris ceux qui n'ont pas de système nerveux, de même que chez les plantes. Lorsqu'il y a adaptation, il y a stress. Le stress est inséparable de la vie. On peut mener une existence trop riche en stimuli ou, au contraire, pas assez riche. C'est une question d'individu. À chacun de trouver le dosage de stimuli qui lui convient. De trouver son niveau optimum de stress. Le stress est donc bénéfique ou nuisible.. |
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Mais à travers le stress, c'est le procès de notre civilisation qu'on se trouve à faire. On s'entend pour dire qu'à notre époque, les stimuli sont trop nombreux et trop intenses, les demandes faites à l'organisme trop exigeantes. La vitesse, la compétition, l'environnement dénaturé: béton, bruit, éclairage artificiel, pollution; et la surstimulation psychique par trop d'input: informations, messages, radio, télévision, presse et téléphone - sont des agents stresseurs. Collectivement, on fait du stress comme on ferait de la température: la société industrielle a la fièvre. Nous sommes voués à une crise d'adaptation collective si nous n'apprenons pas bien vite à contrôler le rythme du changement dans nos vies personnelles comme dans la société dans son ensemble. L'organisme est maintenu en état d'alerte à l'année longue et il s'use. Aucun organisme ne peut survivre en état d'alerte continuelle. Tout cela exige une énergie d'adaptation considérable. Notre civilisation est exigeante pour l'individu. En Occident, en huit ans, la consommation d'antidépresseurs et de psycho-stimulants a doublé, celle des tranquillisants a quadruplé. Ces drogues, auxquelles il faut ajouter l'alcool et la ''mari'', finissent par rendre tolérable ce qui, autrement, ne le serait pas. Le stress joue habituellement un rôle important dans les maladies suivantes:
Le procès du milieu urbain commence à peine. Les gens qui meurent vieux aujourd'hui étaient encore proches de leurs racines paysannes. Il n'est pas du tout certain que, dans les générations qui suivent, on va mourir aussi vieux. Il y a même de bonnes raisons de croire le contraire. Des études faites sur les habitudes de vie des jeunes de 12 à 15 ans en Amérique ont démontré par le passé qu'en général ils mangent mal: trop de gras, trop de sucre, trop de sel, trop d'aliments-friandises comportant des additifs artificiels; un grand nombre d'entre eux fument et consomment de l'alcool sous une forme ou sous une autre. À quoi s'ajoute le stress. Une extrapolation conservatrice permet de croire que, vers la quarantaine, ces jeunes vont souffrir des mêmes maladies dont souffrent aujourd'hui des personnes de 70 ans, comme, par exemple, de durcissement des artères avec ce que cela suppose de troubles cardio-vasculaires. Non, le procès de notre civilisation n'est pas encore commencé. Les effets sur l'homme de la société industrielle commencent à peine à se faire sentir. |
une époque difficile à vivre...''... le changement n'est pas seulement nécessaire à la vie, il est la vie. Et, par conséquent, vivre c'est s'adapter.'' ''Mais les facultés d'adaptation ont des limites.'' ''... il y a des frontières à ne pas dépasser; nous n'avons pas un ressort infini. Chaque réaction d'attention se paie par l'usure progressive des mécanismes physiques qui aboutit à la dégradation sensible des tissus.'' ''Et l'homme est toujours, pour finir, ce qu'il était au commencement: un bio système à la capacité de changement limitée. Au-delà d'un certain seuil, il subit le choc du futur.'' Alvin TOFFLER, |
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pour une solution collectiveLa solution réside d'abord dans une prise de conscience. On se demande parfois si on a raison de rendre tolérable une situation qui, normalement, ne le serait pas. Mais lorsqu'un individu souffre, il faut le soulager. Je pense ici à la consommation d'anti-dépresseurs, de psycho-stimulants, de tranquillisants... Ce qui a pour conséquence de retarder la prise de conscience collective du problème. Aussi longtemps que tout le monde paraît tenir le coup, il n'y a pas lieu de s'alarmer. Et l'on oublie à quel prix certains tiennent le coup... Mais la solution se trouve aussi dans les finalités, dans une interrogation sur le sens de la vie. On prend pour acquis qu'on sait à quoi s'en tenir là-dessus et on se laisse pousser par le système. Pourquoi sommes-nous ici ? Si la réponse est: pour produire et consommer, on ne sera guère soucieux de la qualité de la vie. Mais si, au contraire, la réponse est que nous sommes ici pour nous épanouir, l'homme s'inscrivant dans un ensemble: la Nature, avec laquelle il doit vivre en harmonie; elle-même s'inscrivant dans un ensemble encore plus vaste: le Cosmos, avec lequel l'homme doit aussi, à un autre niveau, vivre en harmonie. L'homme se crée un environnement tout à fait différent selon le sens qu'il donne à sa vie. Ce qu'on appelle le ''bonheur'' dépend en grande partie de la réponse à cette question. |
Le professeur Hans SELYE écrit: ''Il n'existe aucune preuve objective qu'on puisse augmenter son énergie d'adaptation au-delà de ce que les parents nous ont légué.'' |
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pour une solution individuelleIl faut prévenir et prévoir. Il faut apprendre à éviter les situations stressantes. Ce qui revient à dire qu'il faut vivre éveillé. C'est bien difficile. En particulier, il faut simplifier sa vie. Ne pas être trop perfectionniste. Si on a pour objectif d'atteindre à la perfection, il est évident qu'on va vers des déceptions. Faire son possible, c'est suffisant. Et puis, on passe à autre chose. Ne pas se laisser déborder par les êtres, non plus que par les événements. Dès qu'on commence à se sentir débordé, il faut passer à autre chose. Aller marcher. Prendre le thé. Écouter de la musique... Ne pas remettre les choses qui nous pèsent. Même si on croit n'y plus penser, elles s'accumulent et, avec elles, le stress. Apprendre à dire non. Afin de ne pas être débordé, de ne pas se trouver dans une situation où on a l'impression d'être envahi de toutes parts. Apprendre à vivre plus lentement. Faire une place à la détente dans sa vie. À la relaxation. Ce sont de petites règles. Elles supposent une certaine attention. Mais il y a aussi de grandes règles qui, elles, exigent un peu plus que de l'attention: une certaine réflexion. Une recherche a été faite afin de déterminer les moyens d'éviter et/ou de diminuer les migraines causées par le stress. Nous savons aujourd'hui qu'une bonne partie des migraines sont causées par le stress. Le programme préventif comportait quatre phases: Tout d'abord, les sujets devaient prendre conscience de la fréquence de leurs maux de tête, de leur régularité, de leur intensité. Cette simple prise de conscience est généralement bénéfique. À la seconde phase, il fallait identifier les causes de stress, les facteurs et les agents de stress. Ce sont des lieux, des situations, souvent même des gens qu'il faut reconnaître comme agents de stress. Reconnaître les causes, c'est déjà agir sur elles. Les gens qui se sont imposés cette seconde phase ont vu leurs maux de tête diminuer encore un peu en fréquence et en intensité. La troisième phase consistait en un entraînement à certaines techniques de relaxation physique et mentale. C'est à cette étape que l'être s'assume vraiment: il prend sa vie en main. C'est, au-delà de la réflexion, le début du travail sur soi. Cette phase est décisive: ceux qui pratiquent régulièrement la relaxation, ou ce qu'on appelle la méditation, qui est une forme de relaxation physique et mentale, diminuent considérablement leur stress. La quatrième phase consistait en une interrogation plus profonde sur soi-même: sur les motivations obscures, les blocages. Il s'agissait d'en savoir plus long sur le fonctionnement, de façon à prévoir les réactions face au stress et exercer sur les motivations profondes un certain contrôle. Chez les sujets, les maux de tête causés par le stress ont diminué en fréquence et/ou en intensité dans la proportion même du travail qu'ils ont fait sur eux-mêmes: chez ceux qui n'avaient franchi que la première phase, les maux de tête causés par le stress étaient un peu moins fréquents et/ou un peu moins intenses, pour pratiquement disparaître tout à fait chez les sujets qui avaient traversé les quatre phases du programme. J'ai personnellement fait l'expérience d'une démarche comparable à celle que je viens de décrire. Et je n'ai pratiquement plus de ces migraines causées par le stress. |
''Dans notre société actuelle, le ''cours naturel des choses'' veut que le rythme du changement continue à s'accélérer, et ce, jusqu'à pousser l'homme et les institutions à la limite extrême de leurs facultés d'adaptation.'' Erik ERIKSON, |
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certaines règles de vieCertaines règles de vie découlent de la biologie. Il s'agit d'observer le fonctionnement de l'organisme et s'en inspirer. On a alors la certitude d'agir selon l'instinct. C'est la démarche que suggère le Professeur Hans SELYE. Dans le cas, par exemple, d'une agression chimique, l'organisme a le choix entre deux attitudes:
À propos d'agression chimique, on parle d'un mécanisme catatoxique - contre l'agent toxique, qui déclenche l'attaque; et d'un mécanisme syntoxique - avec l'agent toxique, qui suscite la tolérance. On peut s'inspirer de cette loi biologique dans la vie de tous les jours. Lorsqu'une situation est cause de stress, il faut se demander si on attaque ou si, au contraire, on accepte de vivre avec. C'est l'indécision qui est la plus exigeante pour l'organisme: entre l'attaque et la tolérance, on peut se vider de son énergie. Dans les rapports interpersonnels, en particulier lors de conflits, on éprouve souvent à la fois des impulsions d'attaque et des impulsions de tolérance. On peut même entretenir les deux durant des jours, des mois, voire des années. Et vivre déchiré entre les deux impulsions. Il faut choisir. Si on croit utile et surtout possible de passer à l'attaque, il faut le faire; mais si, au contraire, l'attaque ne ferait qu'aggraver la situation, créer de nouvelles tensions ou placer l'individu devant des choix encore plus difficiles, il faut alors obéir à l'autre impulsion: celle de la tolérance et accepter de vivre avec - qu'il s'agisse de circonstances ou d'individus. Dans l'art de vivre, c'est une règle importante qui s'inspire de la biologie et, en particulier, de l'observation du mécanisme d'adaptation. |
''Bien que nous n'ayons pas de méthode scientifique précise pour mesurer l'énergie d'adaptation, des expériences faites sur les animaux prouvent de façon convaincante que la capacité d'adaptation est limitée.'' Professeur Hans SELYE, |
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| On assiste ces temps-ci à un ralentissement du rythme de vie. Cela se traduit par une lourdeur des mécanismes sociaux, qu'on peut facilement observer dans la vie de tous les jours. On a le sentiment que tout va de plus en plus mal. Je ne sais pas si tout va de plus en plus mal. Mais je suis certain que nous assistons à un ralentissement qui paraît dû à une action inconsciente de freinage de la part des individus. Une lettre à laquelle on aurait répondu le jour même, on la met de côté. Un appel téléphonique, on reporte le moment de le faire. C'est une forme de contestation. Comme une recherche d'autonomie de la part de l'individu. Qui tente de reprendre possession de son temps. D'échapper à la programmation, aux horaires décidés par les autres, à la vitesse. C'est la revendication du "droit à la lenteur". Le droit de recomposer le temps en fonction de ses propres rythmes et non en fonction des nécessités de la production. |
''Il est indubitable que l'on peut dépasser les limites dans lesquelles le système nerveux endocrinien tolère la stimulation et que cela a des conséquences physiologiques qui persistent durant toute la vie de l'organisme.'' René DUBOS, citation tirée de son discours prononcé au congrès Nobel, intitulé "Adaptation to the Environment and Man's Future". |
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le wu-wei
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"Rien ici-bas n'est plus souple, moins résistant que l'eau, pourtant il n'est rien qui vienne mieux à bout du dur et du fort." LAO-TSEU |
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![]() La sélection naturelle a joué dans l'évolution de l'humanité un rôle essentiel: les plus faibles, ceux qui ne parvenaient pas à s'adapter à de nouvelles conditions de vie, se trouvaient éliminés. Aujourd'hui, la science permet à des individus qui autrefois
auraient été éliminés, de survivre. Mais rien ne nous dit que la sélection ne se
poursuit pas d'une autre façon - avec autant de rigueur. Il s'agirait alors d'une
pression sélective exercée non pas par des facteurs naturels, mais par des facteurs
culturels: ce n'est plus la faim, le froid, les animaux ou certaines maladies qui
attaquent; mais la surpopulation, la pollution, le bruit, le rythme de vie, les agents
stresseurs de la civilisation. Certains ne survivront pas à cette pression. Dans le passé, ne survivaient que les plus forts; dans l'avenir, ne survivront que les plus sages. |
"...
c'est la nature, et non les hommes, qui aura le dernier mot. C'est
pourquoi nous parlons du besoin de conscience, d'une attitude de
sagesse, de la part de ceux qui voudraient durer..."
Jonas SALK, |
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