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L'alternative


Une étude faite en Amérique a déjà démontré qu'environ 10% des abeilles meurent empoisonnées par les insecticides utilisés dans l'agriculture industrielle, et que, jusqu'ici, 30% des ruchers ont été touchés. Dans l'écosystème dont nous dépendons, cela constitue une menace pour la vie végétale, puisque les abeilles sont un des agents actifs de la pollinisation, qui consiste à transporter du pollen de l'étamine sur le stigmate, opération nécessaire à la fécondation de la plante. Car les abeilles sont encore plus importantes pour nous comme agents de pollinisation que comme producteurs de miel.

L'alternative se trouve, ici, dans l'effort qui est fait pour découvrir et appliquer des techniques de contrôle des populations d'insectes nuisibles pour les récoltes, qui ne soient pas une menace pour les abeilles dont la fonction est essentielle à notre propre survie : il existe certaines méthodes, mais qui ne sont pas encore au point, comme, par exemple, celle qui consiste à intervenir au niveau génétique de façon à réduire la reproduction des espèces nuisibles, ou encore, celle qui consiste en l'émission de fréquences sonores qui brouillent les signaux chez ces insectes au moment de la reproduction.



Un échantillonnage d'adolescents, en Amérique, a fait l'objet d'une étude sur la forme physique et psychologique, étude qui comportait une projection dans l'avenir : compte tenu des habitudes alimentaires, les adolescents étant de grands consommateurs d'aliments-friandises (junk food), de la consommation d'alcool qui commence très tôt chez les jeunes (dont certains deviennent même alcooliques avant d'atteindre l'âge de la majorité), de même que de l'habitude de fumer, et du manque d'exercice, les chercheurs sont parvenus à la conclusion qu'à l'âge de 40 ans, l'organisme de ces jeunes sera dans un état comparable à celui de vieillards de 70 ans.

L'alternative consiste, ici, par exemple, à trouver une solution au problème des aliments-friandises. Il y a, à ce sujet, deux écoles : en interdire la publicité dans les média, et/ou les remplacer par des aliments vraiment nourrissants déguisés, si je puis dire, en friandises, par la fabrication, par exemple des croustilles (chips) faites de grains entiers. Dans une institution d'enseignement, une expérience a été faite qui démontre l'importance d'une alimentation saine : les aliments-friandises ont été supprimés et remplacés par des aliments nourrissants et un groupe de jeunes, avec l'accord de leurs parents, ont accepté d'étendre l'expérience en dehors de l'école : les résultats scolaires sont aussitôt devenus meilleurs.

Pour ce qui est du manque d'exercice, l'alternative consiste sans doute à rendre l'exercice physique obligatoire au moins deux heures par jour dans toutes les institutions d'enseignement, comportant aussi certains travaux manuels, les jeunes étant de plus en plus coupés du contact avec l'outil : coupés, pour ainsi dire, de leurs mains dont le développement a été un des facteurs déterminants du développement du cerveau - car il existe un rapport étroit entre les mains et la conscience.


 


Un autre exemple de la nécessité de l'alternative, du besoin de nouveaux modèles de vie, individuels et collectifs : nous avons de plus en plus besoin d'énergie. Certains spécialistes croient encore que le nucléaire est la seule façon de satisfaire nos besoins, qui sont, il faut bien le dire, de plus en plus considérables.

Mais il se trouve que les centrales nucléaires produisent aussi des déchets radioactifs. Ces déchets ne sont pas le seul risque que comportent les centrales nucléaires, mais il nous fournissent peut-être l'exemple le plus frappant des limites de notre technlogie : nous ne savons pas nous débarrasser de ces déchets. Jusqu'ici, nous n'avons trouvé aucun moyen qui soit tout à fait satisfaisant. Il n'existe aucun moyen de rendre ces déchets inoffensifs. Les surrégénérateurs sont ainsi nommés parce que fonctionnant au plutonium, ils en fabriquent plus qu'ils n'en consomment. Le plutonium n'existe pas dans la nature. Il lui faut près de 25,000 ans pour perdre seulement la moitié de sa radioactivité. Et dans les 25,000 ans suivants, il ne perd encore que la moitié de la moitié restante. Et ainsi de suite... Le plutonium que nous fabriquons aujourd'hui dans nos centrales, que nous allons sans doute fabriquer en quantité de plus en plus grande, et que nous laisserons peut-être un jour s'échapper, SERA ENCORE MORTEL DANS MILLE SIECLES.

L'alternative, ici, consiste sans doute à trouver une façon d'utiliser l'énergie nucléaire qui ne comporte pas un risque aussi absurde, ou de faire appel à de nouvelles sources d'énergie, à ce qu'on appelle, en particulier, la technologie douce : le vent, l'eau et, surtout, le soleil - qui sont des sources renouvelables. Ce qui ne suffira pas à la demande croissante d'énergie. Nous devons donc aussi inventer un type de société qui soit moins énergivore. Nous n'avons pas le choix : nous aurons épuisé les sources d'énergie actuelles d'ici peu.


 


Il n’y a pas d’alternative à l’alternative

L'alternative, c'est la recherche de nouveaux modèles de vie, individuels ou collectifs, ce qui suppose une redéfinition des valeurs - à quoi on attache de l'importance dans la vie.

Je prends le mot alternative dans le sens le plus large. Je regrette, du reste, qu'il soit parfois associé à une certaine forme de marginalité. Car notre civilisation traverse une crise. Et nous avons besoin de nouveaux modèles dans tous les domaines de l'activité humaine : dans la vie à deux et familiale; dans la façon de s'alimenter; de vivre en ville; dans l'énergie pour nos moteurs; dans la façon de nous chauffer, de nous amuser, de nous gouverner; dans la façon d'évaluer le fonctionnement du système socio-politique; et même, pour chacun d'entre nous, dans la façon de vivre avec soi et d'envisager ses rapports avec le cosmos. Nous n'avons pas le choix.

Il n'est pas question de choisir entre le statu quo et l'alternative. Autrefois, à certaines époques, la vie a pu continuer dans le sens où elle s'était engagée depuis un certain temps : le lendemain était à peu près la suite de la veille. La recherche de nouveaux modèles de vie était moins impérieuse.

Mais, aujourd'hui, la situation dans laquelle nous sommes est différente. Elle est même sans précédent - pour autant qu'on sache. Non seulement notre espèce est menacée d'extinction, mais aussi toute forme de vie sur cette planète. Il n'est absolument pas question de poursuivre dans le sens où nous nous sommes engagés, parce que dans quelques années, l'air sera devenu toxique, l'eau sera polluée, les ressources seront épuisées : dans vingt ans, il n'y aura plus de papier; dans trente ans, il n'y aura plus de pétrole.

L'alternative est devenue, sans qu'on s'en rende compte, ce qu'il y a de plus important dans nos vies : la recherche de nouvelles façons de vivre, individuelles et collectives. Dans les années qui viennent, dans tous les secteurs d'activité, nous serons de plus en plus engagés dans la recherche de nouveaux modèles. Il ne s'agira plus d'un phénomène marginal : c'est toute la société qui sera, dans un proche avenir, engagée dans l'alternative. Qu'on le veuille ou non.

Les jeunes qui ne débouchent pas sur le marché du travail tel que nous le définissons aujourd'hui et qui n'y déboucheront sans doute jamais, se retrouvent, malgré eux, dans l'alternative, à la recherche de nouveaux modèles. Et avec eux, vous et moi. Qu'on en soit conscient ou non. Mais il vaut mieux s'engager dans l'alternative en pleine conscience : savoir que notre tâche consiste maintenant à inventer un nouveau type de société. C'est une question de survivance pour l'espèce.

Je m'arrête un moment pour me demander si je n'exagère pas, si je ne me laisse pas emporter par la rhétorique, si je ne donne pas dans un certain alarmisme, mais je ne le crois pas. 

La crise de civilisation

La crise de civilisation que nous traversons peut s'illustrer par une courbe : la courbe de la croissance de la population, de l'explosion démographique. Je ne dis pas qu'on peut ramener cette crise de civilisation à la seule explosion démographique; on ne peut pas trancher la question d'une façon aussi simpliste, puisqu'il y a des régions du globe où, au contraire, la dénatalité menace la survie de certaines ethnies - au Québec par exemple - et que la qualité de la vie planétaire suppose la plus grande diversité possible.

" Il convient de faire trois remarques sur la crise dans son ensemble :

  • nous sommes confrontés au spectre de nombreuses technologies différentes, s'effondrant ou se développant hors de notre contrôle, presque en même temps;
  • les crises sont souvent plus importantes que par le passé;
  • la technologie et la pollution ayant tendance à croître exponentiellement, nous ne sommes souvent avertis des problèmes que lorsqu'il ne nous reste que très peu de temps pour le traiter. "

    Herman KAHN. À l'assaut du futur.

Cela dit, l'explosion démographique sur l'ensemble de notre planète constitue un des facteurs importants de la crise de civilisation. Il suffit de considérer le nombre décroissant d'années nécessaires pour que la population augmente d'un milliard : à un moment, il a fallu 100 ans pour que la population de la planète augmente d'un milliard, c'était de 1800 à 1900; puis, il a fallu 30 ans seulement; puis 15 ans; et, plus récemment, 9 ans. En extrapolant, on peut dire que si la croissance se poursuit au même rythme, il faudra, bientôt, cinq années seulement pour que la population augmente d'un autre milliard.

La crise que nous traversons consiste en l'explosion de notre civilisation, à l'échelle planétaire : il est possible de ramener à cette courbe à peu près tous les phénomènes de croissance que connaît la planète : par exemple, l'augmentation des besoins en énergie; ou même, si on considère la question de l'autre point de vue : la vitesse à laquelle diminuent les ressources non renouvelables de la planète; ou encore, l'augmentation de la pollution.

Les divers phénomènes, bien sûr, ne se trouvent pas tous au même point de la courbe : certains se trouvent à un point de la courbe où la croissance est plus lente. D'autres, à un point où la croissance est plus rapide : c'est ainsi que la pollution de l'eau douce sur l'ensemble de la planète progresse un peu moins vite que la pollution du bruit dans les villes où le niveau de pollution sonore double tous les trois ans.

Il existe aussi des cas où certains phénomènes ont atteint le sommet, qui serait, dans notre échelle, l'irréversibilité : il existe, par exemple, sur notre planète, des lieux où la radioactivité est tellement élevée qu'ils sont interdits (off-limits, comme on dit) pour 25,000 ans - ce qui, à l'échelle humaine revient à dire, pour toujours... Je pense à certains atolls du Pacifique où ont eu lieu des explosions atomiques. Mais il y a bien d'autres exemples d'irréversibilité : de nombreuses espèces animales et végétales disparaissent chaque année, ce qui constitue un appauvrissement systématique de la vie terrestre.

Cette courbe permet d'illustrer aussi bien l'augmentation des budgets de la défense que ceux du bien-être social dans les États providence; la famine dans le monde aussi bien que les maladies causées par une alimentation trop riche dans les pays d'Occident; la consommation de tranquillisants, le nombre d'appareils de télévision devant lesquels on se branche, les actes de terrorisme, le nombre de consultations, internes ou externes, dans les services psychiatriques, le nombre de divorces ou de suicides aussi bien que l'insomnie, la solitude, la fatigue.

Il y a de cela des années, en Amérique du Nord, les autorités compétentes ont avisé les mères de notre espèce de cesser pour un temps indéterminé d'allaiter leurs enfants car leur lait était " impropre à la consommation ". Le lait de nos mères, de nos épouses, de nos filles était pollué, condamné, interdit; et il s'en trouve pour dire qu'on exagère quand on parle de crise de civilisation...

Cette courbe me paraît comme un symbole : on devrait la reproduire comme un rappel, afin de susciter un éveil, de stimuler la recherche de nouveaux modèles de vie, individuels et collectifs, d'inspirer l'alternative.

 


Un modèle biologique de l'alternative

Selon l'hypothèse d'un grand scientifique, il existerait un modèle biologique de l'alternative. Autrement dit, il y aurait dans le programme de la vie, des mécanismes de régulation qui devraient nous permettre de corriger la situation explosive dans laquelle nous sommes, à la condition de les laisser opérer et, de préférence même, d'en favoriser la manifestation.

Nous devons cette théorie fascinante au célèbre biologiste Jonas SALK qui, avec ses collaborateurs, devait mettre au point dans les années 1950, un vaccin contre la poliomyélite. Avant le vaccin SALK, il y a eu près de 60 000 morts causées par cette maladie aux États-Unis dans la seule année 1952. Dix ans plus tard, le chiffre était tombé à moins de 100 cas par année. C'est une des grandes victoires de la médecine moderne.

Parti de réflexions démographiques, le docteur SALK émet l'hypothèse d'une rupture de continuité dans l'histoire de l'homme : il y eut la phase A hier; il y aura la phase B demain. Et nous sommes aujourd'hui au point critique : au point de rupture entre notre passé et notre avenir. Le docteur SALK nous invite à considérer une autre courbe qu'on trouve aussi dans la nature : la courbe en forme de S, ou sigmoïde.  

   
 

Cette courbe est aussi une courbe de croissance : elle commence comme celle qui décrit l'explosion démographique sur la planète; elle tend donc, dans un premier temps, de plus en plus vers la verticale, mais, tout à coup, dans un second temps, elle se retourne, comme si le phénomène qu'elle décrit obéissait à un mécanisme correctif, pour tendre de plus en plus vers l'horizontale.

Cette courbe sigmoïde, telle qu'on la trouve dans la nature, correspond, par exemple, à la croissance et à la stabilisation d'une population de mouches à fruits en milieu fermé : la croissance est d'abord rapide, puis elle ralentit, pour finir par atteindre un palier et se stabiliser. Cette courbe est également observable dans les croissances de micro-organismes, cellules ou molécules. La courbe sigmoïde reflète les opérations de contrôle et les mécanismes de régulation qui semblent associés à la survie de l'individu et de l'espèce. Selon le docteur SALK, elle s'applique à l'espèce humaine.

Et nous serions aujourd'hui à la jonction des deux portions de la courbe, au point d'inflexion où il y a passage d'une accélération progressive à une décélération progressive. Ce qui expliquerait la crise que nous traversons : partagés que nous sommes entre les deux tendances, entre les deux systèmes de valeurs, celui de l'accélération et celui de la décélération.

Selon SALK, le renversement des valeurs auquel nous assistons accompagne naturellement le passage de l'accélération à la décélération : les valeurs de la première portion vont dans le sens de la contrainte, de la compétition, du pouvoir; celles de la seconde portion, dans le sens de l'empire sur soi, de la coopération, des avantages mutuels. À une étape de son évolution, l'espèce favorise les valeurs associées à la contrainte, à la compétition, au pouvoir; à une autre étape, elle favorise plutôt celles qui sont associées à l'empire sur soi, à la coopération, aux avantages mutuels. Dans les deux cas, il s'agit toujours pour l'espèce de survivre. Mais les facteurs de survie ne sont pas les mêmes d'une époque à l'autre. Nous allons maintenant vers la survivance des plus sages.

Ces deux tendances, explique SALK, sont en nous : elles se réalisent plus ou moins selon le type auquel l'individu appartient; selon, aussi, les pressions qui sont exercées par le milieu. Une culture favorise un système de valeurs plutôt que l'autre - qui est alors considéré comme marginal. Quant à l'espèce, selon ses besoins au plan de la survivance, à un moment donné, elle favorisera un type plutôt que l'autre, une culture plutôt que l'autre, une tendance plutôt que l'autre.

Aujourd'hui, il s'agit pour l'homme de décider de coopérer ou non avec le processus; de laisser agir ou non les mécanismes de régulation; d'aller ou non dans le sens où paraît nous entraîner l'espèce, guidée par l'instinct de survivance. Nous sommes à un tournant : il nous faut non seulement remettre en question les valeurs de la civilisation actuelle afin de nous redéfinir collectivement, mais il nous faut aussi nous redéfinir en fonction des valeurs de survie au plan individuel - favoriser en chacun de nous la naissance de l'homo sapiens.

L'alternative est, à l'étape actuelle, un fourre-tout d'idéologies contradictoires, de mouvements, de courants, de modes... Elle recouvre aussi un certain nombre de démissions : elle sert de justification à maintes entreprises discutables. La crise que nous traversons fait des victimes. Mais depuis les années 1960, certaines lignes de force se dégagent. Je n'en retiens que quelques-unes.

MOSCOVICI, Serge;  Hommes domestiques et hommes sauvages (10-18).  

Vivre en harmonie avec la nature

Dans le cadre du naturalisme devenu actif (...), trois idées principales s'imposent :

a) L'homme produit le milieu qui l'entoure, il est lui-même son propre produit.
b) La nature fait partie de l'histoire, les transformations de la nature et celles de l'histoire vont de pair.
c) La société n'est plus hors ou contre nature, elle est dans la nature, par la nature. "

Serge MOSCOVICI


L'alternative se trouve en particulier dans la recherche d'une vie harmonieuse avec la nature, ce qui ne suppose pas un retour à la vie rurale de la fin du XIXe siècle; mais plutôt d'inventer une nouvelle façon de vivre avec/dans la nature.

Nous savons maintenant que 90 % des cancers sont provoqués et/ou favorisés par l'environnement. Cette découverte n'est pas très populaire. C'est une de ces informations qu'on cherche à faire disparaître sous le tapis, car elle se trouve au coeur du procès de notre société. Ce n'est pas une question de goût, mais une question de vie ou de mort. Il ne s'agit pas de dire : moi, je suis pour la nature... Comme si on pouvait être contre. On aurait préféré un ennemi plus circonscrit, qu'on aurait pu vaincre, par exemple, au moyen d'un vaccin. Alors que l'ennemi, c'est l'environnement que nous avons créé... C'est notre mode de vie.

Aussi bien dire que l'ennemi, c'est nous. C'est notre progrès technologique désordonné. C'est notre volonté troublante de conquérir la nature... Comme si nous étions en dehors d'elle. C'est aussi notre éducation abstraite, coupée du travail manuel, coupée de notre corps, coupée de nous-mêmes.

DAUBER, H., E.VERNE. L'école à perpétuité, Le Seuil.  

L'autosuffisance

" ... tout se passe comme s'il s'agissait d'étendre l'institution de l'enfance à l'âge adulte. "

H. DAUBER, E. VERNE

LABORIT, Henri; L'homme et la ville, Flammarion


Parmi les grands thèmes de l'alternative, on trouve l'autosuffisance. Il s'agit d'une volonté d'affirmation de l'individu contre les besoins, les comportements et les concepts créés par la publicité et l'information, contre le conditionnement d'un peuple de plus en plus automatisé, uniformisé, incapable de penser par lui-même, enchaîné par des besoins créés de toutes pièces, " mais d'un peuple, nous dit le biologiste Henri LABORIT, malléable, aliénable au profit et à l'expansion, soumis, aimant cet ordre nouveau, sans vague, mais aussi sans horizon ". Le sentiment que l'individu est incapable de faire quoi que ce soit par lui-même est de plus en plus répandu. On donne parfois l'exemple de la médicalisation de la vie : la médecine moderne a fait de la vie un objet de soins. On a médicalisé jusqu'à l'angoisse. La vie est de plus en plus considérée comme une maladie : on naît et on meurt à l'hôpital.

Dans tous les domaines, il n'y a rien qu'on puisse faire désormais sans l'assistance d'un spécialiste : la sur-spécialisation des fonctions réduit les individus à la dépendance de l'enfant. C'est contre ce processus d'infantilisation que réagit l'alternative qui préconise l'autosuffisance. Autrefois, sur sa terre, le paysan savait tout faire. Il devait avoir le sentiment de s'appartenir. Il devait sentir ses racines. Mais il n'en était sans doute pas conscient. Comme, aujourd'hui, la plupart des gens ne sont pas conscients d'être aliénés. Ils éprouvent seulement un malaise indéfinissable... Comme d'être vaguement coupés d'eux-mêmes.

   

L'attitude post-matérialiste

L'alternative se trouve aussi dans ce qu'on appelle l'attitude post-matérialiste, qui met l'accent sur les valeurs humaines plutôt que matérielles : le résultat d'un récent sondage HARRIS indique peut-être une tendance : il semble démontrer, en effet, qu'un nombre de plus en plus grand de gens en Amérique du Nord sont devenus sceptiques quant à la capacité de notre société de poursuivre sa croissance économique au rythme actuel; sceptiques aussi quant aux bénéfices que les individus sont censés retirer, à en croire les politiciens et les porte-parole des grandes coopérations, de cette croissance.

Ce que semblent indiquer les résultats de cette enquête, que l'on peut résumer ainsi :

  • 76 % des gens interrogés pensent qu'il est préférable d'apprendre à tirer son plaisir d'expériences non matérielles;

  • 17 % qui croient qu'il faut continuer de satisfaire les besoins par encore plus de choses (d'objets de consommation) et de services;

  • 79% pensent qu'il faut apprendre à mettre l'accent sur la façon de mieux vivre tout en se contentant de l'essentiel;

  • 17% qui croient qu'il faut continuer d'élever le niveau de la vie;

  • 63% pensent que l'intérêt collectif serait mieux servi si on mettait l'accent sur les valeurs humaines plutôt que sur les valeurs matérielles;

  • 29% qui croient qu'il faut créer de nouveaux emplois et produire encore davantage.

Des experts estiment qu'il s'agit d'une indication de ce qu'ils appellent l'attitude post-matérialiste.

 

Le travail sur soi

Dans l'alternative, on accorde une grande importance au travail sur soi.

L'homme ne parviendra à transformer la société en profondeur que s'il parvient à se transformer lui-même. " Le médium est le message ", dit Marshall McLUHAN, c'est-à-dire que le messager est le message. On ne peut véhiculer que soi-même. D'où l'importance d'être centré. L'homme qui connaît son centre, connaît le centre du monde. Voilà peut-être l'explication de la crise que nous traversons. Nous ne savons plus où est le centre du monde. D'où l'importance du travail sur soi : d'une démarche de l'individu vers le centre, car le centre du monde, est au centre de l'homme.

   
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