De l’entraide et de la coopération...
ou ce qu’il faut favoriser

De nombreuses recherches récentes ont aussi été faites sur l’effet de l’interaction sociale considérée de l’autre point de vue : l’entraide et la coopération considérés comme facteurs de santé et de bien-être.

On peut affirmer aujourd'hui qu'il a été démontré hors de tout doute que les personnes qui s’emploient à rendre service aux autres, par exemple dans les organisations communautaires, sont en général moins sujettes à la maladie et vivraient plus vieilles... et plus heureuses!

L’effet bénéfique de l’altruisme n’est pourtant pas pour nous surprendre. De tout temps on a observé que pendant les épidémies, ceux qui s’occupent des autres paraissent augmenter leurs chances de n’être pas eux-mêmes atteints par le mal. Il est rare en effet que les médecins, les infirmières, les intervenants en général... soient parmi les victimes. On trouve des exceptions, bien sûr, mais tout porte à croire que, dans de telles circonstances, plus on s’occupe des autres moins il y aurait de risque pour soi. On attribuait dans le passé ce phénomène à l’effet magique, religieux, surnaturel du service aux autres, considéré comme une grâce d’état. Mais on est aujourd’hui en mesure d’en proposer une explication plus satisfaisante du point de vue scientifique. Des recherches récentes montrent que les attitudes et les comportements altruistes se traduisent en fait par un fonctionnement neurohormonal optimal qui aurait pour effet de renforcer le système immunitaire et, en général, de favoriser un meilleur fonctionnement de l’organisme.

Voici le résultat sommaire de certaines de ces recherches :

 

L’altruisme, comme facteur de mieux-être et de longévité

Le Centre d’étude et de recherche de l’université du Michigan a suivi pendant quatorze ans plus de 2 700 habitants de la ville de Tecumseh, afin de savoir si les relations sociales avaient une incidence sur les taux de mortalité. Or, pour la période étudiée, le taux de mortalité était deux fois et demie plus élevé chez les personnes qui n’entretenaient pas de relations sociales suivies.

Un groupe d’épidémiologistes de l’université Yale, au Connecticut, et de l’université de Berkeley, en Californie, ont étudié sur une période de neuf ans plus de 7 000 habitants du comté d’Alameda. Ils ont observé que les personnes vivant seules, ayant peu de parents ou d’amis et fuyant les activités communautaires, avaient un taux de mortalité au moins deux fois plus élevé, indépendamment de la race, des revenus ou du mode de vie.

Des chercheurs ont aussi tenté de déterminer ce qui peut faire d’une vie sociale active un facteur de santé et de mieux-être. Ils en ont découvert l’effet bénéfique sur le fonctionnement neurohormonal, par la stimulation en particulier de l’endorphine, analgésique naturel du cerveau.

(Le pionnier de la recherche sur le stress, Hans Selye, pensait déjà dans les années cinquante que l’affection, la chaleur des liens qui se créent avec les gens que l’on aide avaient pour effet de diminuer les tensions.)


En conclusion, il ressort de ces recherches que si le sentiment d’interdépendance de l’animal social que nous sommes se traduit par le service aux autres et une participation au plan social, que ce soit par une activité communautaire ou une relation d’aide et de soutien, cette démarche aura des effets bénéfiques sur la santé physique et psychique.

Le service aux autres ou la participation sociale a non seulement pour effet de réduire les tensions occasionnées par le stress et de diminuer l’angoisse, par le simple fait de détourner de soi une attention souvent névrotique, mais aussi d’alimenter l’estime de soi et de renforcer l’identité.

Je dois préciser ici que des recherches ont toutefois montré que les dons d’argent n’ont pas d’effet positif sur le fonctionnement de l’organisme... Je ne dis pas qu’il faille pour autant renoncer à cette forme de générosité! Elle n’est certes pas sans effet sur d’autres plans. Mais il demeure que le contact humain est nécessaire, indispensable même, pour que l’effet positif de l’altruisme sur l’organisme soit ressenti.


Le phénomène que l’on définit aux États-Unis comme le "syndrome de la compassion" (compassion syndrome) serait aussi, curieusement, l’effet de la participation sociale et du service aux autres, et la cause de bien des états de mal-être tels que le burn-out... Cette question est importante car on se trouve ici devant ce qui peut apparaître comme une troublante contradiction. J'ai ressenti le besoin d’éclairer cette question, sur laquelle j’ai buté à l’époque de mes recherches sur le phénomène du burn-out.

Jacques Languirand

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