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Je suis un des rares de ma génération, si on excepte les
démographes et autres experts en matière de population, à avoir pressenti limpact
quaurait la montée des boomers. Non seulement limpact sur la société
en général, mais aussi sur mon propre vécu. Si jai survécu à cette menace,
cest que jai pris la décision de me mettre au service de cette génération
exceptionnelle, du point de vue démographique bien sûr, mais aussi parce quelle
est apparue à une étape cruciale de lévolution de lhumanité, alors
que nous sommes placés devant la perspective dune autodestruction massive
ou de la percée de la conscience collective. À lépoque dune crise
sans précédents, (je prends ici le mot crise au sens étymologique de krisis
en grec, ce qui veut dire choix) la suite du monde dépend pour une grande part
de nos choix, plus spécialement, des choix que feront les boomers dans les années
qui viennent.
Les
boomers forment la génération la plus instruite de lhistoire de lhumanité.
Cest comme ça. Ayant fait cette découverte, je me suis dit : " On
va enfin savoir ce que vaut linstruction
" Je cherche encore.
A lhorizon, rien à signaler. Quant à moi, je suis fier dappartenir
à la génération qui a contribué à faire la révolution tranquille ; qui a amorcé
la laïcisation de linstruction publique qui na pas encore été
complétée par les boomers; qui a entraîné notre société dans le virage social-démocrate,
remis en question depuis. Pendant
ce temps-là, les boomers vieillissent. Je me dis que ces anciens jeunes qui se
sont donné lillusion dinventer la vie vont finir, bon gré mal gré,
par découvrir, comme sils étaient les premiers à le faire, le vieillissement
et, éventuellement, la mort ! Car cest un fait quau cours des années,
les boomers ont vécu toutes les étapes de la vie quils ont traversé jusquici
comme si ils les avaient inventées. En particulier, ladolescence, une étape
quils ont réussie comme aucune génération avant eux, au point de sy
attarder sur le tard. Ce dont témoigne, entre autres, le culte des jeans. Nont-ils
pas, à lépoque de leur formation, crié sur tous les toits : " On
ne veut pas porter duniformes! Tout le monde en jeans! ". Ils
auraient pu ajouter : " Pour toute la vie! ". En effet,
jobserve que depuis quelques années, et de plus en plus avec le temps, on
trouve des tailles fortes dans les jeans et même la coupe ample. Sétant
emparé du pouvoir des médias, les boomers ont aussi donné limpression dêtre
les premiers à vivre le couple et à avoir des enfants. La découverte de la maternité
par les boomers a été époustouflante! Personne na oublié, jen suis
certain, lépoque où on pouvait assister à au moins un accouchement par jour
à la télévision. Comme si vous y étiez! La paternité, de même, a fait lobjet
dune telle découverte par les boomers, que javais limpression
de navoir jamais vécu cet état privilégié, moi qui pourtant était père de
famille à 23 ans. Tout
ce que jen dis démontre assez que les boomers forment la première génération
des médias électroniques : celle qui sest regardée vivre comme dans
un miroir. Ce qui était peut-être dautant plus nécessaire que les boomers
navaient aucun modèle de ce quils étaient et surtout de ce quils
allaient devenir. Cest la première génération qui ait rompu avec les modèles
passés : " Jamais comme ma mère! ", ont clamé les filles.
" Jamais comme mon père! ", ont clamé les garçons. " Avec
nous, cest différent! ". Et je dois dire, quant à moi, que cette
affirmation sest avérée tout à fait fondée. Au
bout du compte, il faut bien reconnaître que, si il est vrai que les boomers nont
inventé ni le couple, ni la maternité, ni léducation des enfants
(je pense tout à coup à la découverte quils ont faite ces dernières années
de ladolescence de leur progéniture!), il nen nest pas moins
vrai quils ont dû découvrir sur le tas toutes les étapes de la vie et les
expériences communes de lhumanité, quil leur a fallu vivre différemment,
sans modèles, en cherchant à tâtons comment être et comment devenir, dans des
conditions nouvelles, totalement différentes, quil fallait parfois subir
et, le plus souvent, inventer. Les
boomers, en somme, ont le mérite davoir étrenné pour le reste du monde,
la civilisation post-moderne. Ce nest pas rien. |